TABLES A JEU
On ne connaît pas non plus, au xvme siècle, notre table de salon. En dehors des tables consoles, fixées à une place invariable le long des murs et qui font pour ainsi dire partie de la décoration, les seules tables mobiles de cette pièce sont les tables à jeu. Leur nombre et leur variété sont assez considérables. Comme on les fait toujours à bois apparent, l'exécution en est soignée. On emploie des bois de rapport, on les rehausse de filets de cuivre ou de bronze. Les principales sont les tables à quadrilles, brisées ou non brisées, les tables de brelan, les tables de tri ou triangulaires.
Les tables « à quadrilles » sont carrées, et servent, comme leur nom l'indique, à jouer à quatre personnes. Le dessus, garni de drap et à angles arrondis, mesure environ om8io sur chaque face. Le pied, élevé de om70, est formé de quatre
TABLES — BUREAUX — GUÉRIDONS — ÉCRANS
pieds de biche très légers et de traverses dans lesquelles s'ouvrent quatre petits tiroirs. Comme ces tables ne servent pas toujours et deviennent embarrassantes hors le temps du jeu, on imagine de briser le dessus en deux sur la largeur, et de disposer le bâti du pied à coulisse, comme on fait encore de nos tables de jeu. Remarquons que la cambrure des pieds, donnant plus de liberté aux jambes des joueurs, résiste à la mode des formes droites qui s'empare des tables vers 1770, et que les tables à jeu Louis XVI aussi bien que les petites tables de dame, les tables de toilette, etc., conservent le pied de biche jusqu'à la Révolution. On en trouve la preuve dans La Partie de Wist, de Moreau le Jeune (1776).
Le dessus des tables « de brelan » est circulaire et d'environ imi35 de diamètre. Au milieu, dans un trou rond d'environ om270 à om295 de diamètre, on ajuste un corbillon avec cassetin où l'on place le flambeau et tout autour des jeux de cartes dans des cases. On fait généralement ces tables brisées.
Les tables « de tri » représentent un triangle équilatéral de imi35 de diamètre. Elles n'ont que trois pieds et peuvent parfois se replier en suivant la ligne médiane. Le dessus prend alors la forme d'un triangle rectangle.
Vers 1780, on fait de petites tables, avec damier en marqueterie sur le dessus, et de grandes tables aménagées pour le trictrac de im30 de longueur. Les pieds sont droits et dans le goût du jour. Comme pour toutes les tables à jouer, l'exécution en est soignée et met en œuvre des bois de rapport.