POLISSAGE ET VERNISSAGE
Tous les ouvrages de placage, quelle que soit leur nature, doivent subir, quand ils sont parfaitement secs, un certain nombre d'opérations délicates dont le but est de faire ressortir leur veinage et de leur donner un brillant qui ajoute à la richesse de leur coloration.
Le replanissage s'effectue à l'aide d'un rabot de fer à dents et peu saillant. Il a pour effet d'enlever les souillures de colle qui peuvent rester à la surface de l'ouvrage et de le rendre tout à fait plan. Puis on exécute le polissage comme nous l'avons indiqué pour les ouvrages communs, mais avec plus de soin. Le racloir commence le travail. On passe ensuite la peau de chien de mer et la prêle. Le placage parfaitement uni, on en frotte toute la surface avec de la cire jaune, à l'aide d'un polissoir fait d'un faisceau de joncs imprégné de cire. La cire bien étendue, on en enlève le
superflu au racloir et on achève le polissage avec un frottoir de bois. Pour les placages de bois rougeâtres, palissandre, amarante et autres, on sème sur la cire de la gomme laque en poudre qui avive la couleur. Pour les bois noirs, on emploie la colophane fondue avec du noir de fumée.
Comme les couleurs des bois des îles et des bois teints perdent leur éclat avec le temps, il est bon de les protéger par une couche de vernis. Pour cela, après avoir fini le meuble à la prêle et au tripoli, on le recouvre de vernis blanc ou vernis de Venise, ainsi formulé par Roubo :
Alcool 93 centil.
Sandaraque 152 gr. 95
Mastic en larmes 61 — 18
Gomme d'élémi 30 — 59
Huile de lavande 30 — 59
On peut mettre jusqu'à six couches de ce vernis sans obscurcir les couleurs. Quand la dernière couche est parfaitement sèche, on polit avec un tampon fait de lisières de drap roulées ou avec du buffle, sur lequel on met un peu de tripoli détrempé dans l'eau. On lave ensuite à l'eau claire et on essuie avec des linges blancs et fins.
PEINTURE, DORURE ET LAQUE
La révolution opérée par l'architecte dans l'appartement du xvme siècle est toute en élégance et en grâce. A la gravité des ornements dont on surchargeait les murs succèdent, dit Blondel, « toutes sortes de décoration de menuiserie légère, pleines de goût, variées de mille façons diverses ». Les sombres lambris, les énormes bas-reliefs de pierre ou de stuc ont fait leur temps.
Ce qu'il faut, ce sont des glaces, des murs peints en tons unis et clairs, encadrés de moulures et de baguettes sculptées et rehaussés d'or, décoration d'une distinction suprême dont le dessin de l'architecte fait tout le prix. « On colore presque tous les lambris en blanc, en couleur d'eau, en jonquille, en lilas... dont on dore les moulures et les ornements, ou bien l'on peint seulement les fonds d'une de ces couleurs, et la sculpture et les cadres d'une teinte plus pâle que le reste. »
Le mobilier se met à l'unisson et dans les intérieurs luxueux, le bois naturel est pour ainsi dire banni. Quand il ne se présente pas revêtu d'un placage de bois des îles, il figure sous un travestissement de peinture, de dorure ou de laque.
PEINTURE A LA DETREMPE
Les couleurs usitées pour peindre les meubles, et principalement les sièges, au xvme siècle sont beaucoup plus variées qu'on ne pourrait croire. On emploie le blanc, le vert d'eau, le gris, le brun. On fait les ornements de sculpture et les moulures d'une couleur différente des champs : bleu sur blanc, jonquille sur vert, bleu sur jonquille, et ainsi de suite. Comme pour les lambris, on peint en « rechampi », c'est-à-dire qu'on détache les sculptures et les moulures en clair, et qu'on fait les champs de la même couleur, mais plus foncés.
Le procédé le plus en honneur pour les meubles soignés est une peinture à la détrempe que l'on revêt de vernis. Watin lui donne le nom de « chipolin », de l'italien cipolini, peinture imitant le marbre à taches grisâtres dont on revêt les vestibules, les galeries, les escaliers. Résumons les opérations très minutieuses de ce chef-d'œuvre de la peinture industrielle.
Il faut encoller le bois avec de la colle de peau bouillante, mélangée avec du bouillon d'ail et d'absinthe, et additionnée de sel et de vinaigre, en ayant soin de bien imbiber les détails de sculpture. Puis on donne un apprêt de blanc, avec du blanc d'Espagne délayé dans de la colle chaude et non bouillante. On passe sept, huit ou dix couches de blanc, en ayant soin, pendant que les couches sèchent, de réparer les défauts avec un mastic composé de blanc et de colle. La dernière couche donnée, plus claire que les autres, on ponce l'ouvrage en mouillant, à l'eau très
PEINTURE, DORURE ET LAQUE
fraîche, la partie sur laquelle on opère. Il faut avoir soin d'atteindre le fond des moulures et des sculptures pour bien les vider. On achève ce nettoyage avec un fer à réparer et l'on dégorge tous les refends remplis de blanc, sans aller trop avant, de peur de faire des barbes au bois. L'ouvrage ainsi réparé, on pose la teinte choisie, détrempée à la colle, en l'étendant très uniment. On donne deux couches de couleur, puis deux couches d'encollage, d'une colle très faible, belle et claire, d'où dépend tout le succès du travail. Il ne reste plus, lorsque ces encollages sont secs, qu'à vernir à deux ou trois couches avec un vernis à l'alcool qui met la détrempe à l'abri de l'humidité.