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LAQUAGE ET VERNIS-MARTIN

Un autre décor, très usité pour les meubles, est le laquage ou imitation des vernis de la Chine.

La mode commence par l'emploi de véritables laques

PEINTURE, DORURE ET LAQUE

rapportées de la Chine ou du Japon à la fin du xvne siècle. On en revêt des commodes, des secrétaires. L'ébéniste sacrifie des panneaux de cabinets ou des feuilles de paravent, venus d'Extrême-Orient, qu'il refend à moitié de leur épaisseur pour les diminuer ensuite au rabot jusqu'à om02io. Il les plaque ensuite sur son bâti, en les entourant avec des ornements ou des cadres de bronze pour dissimuler les éclats inévitables.

Une matière aussi rare, et qu'on paie au poids de l'or, ne peut suffire à satisfaire les caprices du jour. Dès le second quart du XVIIIe siècle on fabrique des ouvrages en imitation des vernis de la Chine. Voici comme on procède.

On emploie des panneaux de tilleul, d'érable, de buis, de poirier, bien secs et soigneusement polis. On y colle une mousseline très tendue pour empêcher le bois de se tourmenter (pour les grands ouvrages, on étend de la niasse), et on donne cinq ou six couches de blanc de Bougival, détrempé à la colle de peau et attiédi. Cet apprêt bien sec, poli à la prêle, puis à la pierre ponce et au tripoli, on prépare le fond noir avec du noir d'ivoire détrempé au vernis gras, au karabé ou au vernis de gomme-laque à l'alcool. On donne de huit à vingt couches de noir, en les faisant sécher au four pour le vernis gras, à une chaleur douce pour le vernis à l'alcool, et on polit. La pièce ainsi préparée est prête à recevoir le dessin qui s'exécute à la pointe de bois très dur ou même à la pointe de fer, puis le décor, qui se fait à plat ou en relief.

Pour le décor à plat, le laqueur repasse au pinceau

tous les objets dessinés, avec un mordant composé du même vernis que le fond, mais additionné de vermillon pour servir d'indication. Lorsque le mordant est aux trois quarts sec, on le saupoudre d'or ou d'argent. Quand tout est sec, on brunit.

Pour le décor en relief, on se sert d'une pâte composée de blanc d'Espagne et de terre d'ombre détrempés au vernis gras, suffisamment malléable pour pouvoir être distribuée au pinceau. On modèle ainsi en bas-relief : figures, animaux, paysages, montagnes, terrasses, maisons. Lorsque la composition est parvenue à l'épaisseur désirée, on laisse sécher la pâte, soit au soleil, soit à l'étuve ; on prêle, on polit, on ajoute au burin les plis de draperies, les traits des visages, les détails des paysages, on repolit et on passe sur les reliefs une couche ou deux de vernis de gomme-laque à l'alcool, dans lequel on a mis du noir d'ivoire. Pour les draperies, on emploie du vermillon. L'ouvrage ainsi disposé est prêt à recevoir l'or ou l'argent qui s'applique, comme nous l'avons dit, en poudre sur un mordant, et se brunit au brunissoir.

Laques à plat, laques en relief peuvent se faire en faux. Les opérations sont les mêmes, mais au lieu d'or, on se sert de bronze. On laque ainsi en diverses couleurs : rouge, vert, jaune.

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