VERNIS-MARTIN
C'est par cette imitation en faux des laques de la Chine et du Japon que commence la réputation du fameux Martin et de ses frères. Mais ils y joignent l'exécution des
PEINTURE, DORURE ET LAQUE
ouvrages de peinture vernissée, à motifs français, du genre Boucher ou Pillement qu'on désigne du nom générique de Vernis-Martin.
Comme tous les artisans d'autrefois, les Martin ont leurs secrets d'atelier, leurs « tours de main », qui donnent l'excellence à leurs travaux. Mais ils ne méritent pas, à proprement parler, le nom d'inventeurs. Leurs procédés ne diffèrent guère de ceux que nous venons de décrire. Ils en font cependant mystère et l'arrêt en faveur de leur industrie, rendu en 1753, tout en prétendant les décrire, ne nous renseigne guère à leur sujet :
« Quand les ouvrages (ceux qu'on se propose de décorer) ont acquis leur premier état (c'est-à-dire la forme et la consistance nécessaires), on les polit et unit avec la lime ou la râpe pour recevoir les couleurs qu'on veut leur donner; ensuite, on les vernit. On peut appliquer les couleurs de différentes manières, soit en les alliant et les mêlant avec le vernis, soit en les appliquant par compartiment, en façon de guilloché, ou autrement, en y passant par dessus un vernis poli, soit enfin en mêlant avec un vernis gommeux des poudres et limailles de métaux qui s'incorporent avec le vernis, et par l'arrangement desquelles le peintre fait sur cet ouvrage tel dessin que son goût lui fait inventer. »
Tâchons de préciser. Le Vernis-Martin se fait sur panneaux de bois, préalablement recouverts d'un apprêt et poncés minutieusement. On peint sur fond de couleur, ou plus souvent, sur un fond métallisé en poudres d'or, de bronze ou d'aventurine, appliquées à la mixture selon les
procédés que nous avons décrits. Les couleurs, délayées au vernis, sont ensuite recouvertes d'un vernis, secret de Martin, mais que le peintre-doreur Wattin, après de longues recherches, prétend composé d'après la formule suivante :
« Sur 500 grammes de copal fondu, jettez 125, 184 ou 250 grammes d'huile de lin cuite et dégraissée. Quand l'incorporation est faite, retirez du feu en remuant toujours. Après que la chaleur est apaisée, jetez y 500 grammes d'essence de térébenthine. Si vous voulez qu'il se perfectionne, passez le par un linge et le gardez : plus il est conservé, plus il prend de qualité en se clarifiant. »
Le Vernis-Martin s'applique surtout aux équipages et aux menus objets, tels que tabatières, boîtes ou étuis. Mais on rencontre souvent certaines formes de meubles laqués par ce procédé, telles ces demi-commodes bombées et ventrues, de dimension restreinte, à deux tiroirs, haut montées sur des jambes graciles, que les Martin ou leurs émules semblent avoir particulièrement adoptées.
BRONZES, MARBRES, PORCELAINES
Jusqu'ici nous n'avons passé en revue que les décorations du meuble tirées du bois lui-même ou de son embellissement par la peinture et la dorure. Nous allons aborder maintenant les éléments étrangers : bronzes, marbres ou porcelaines, que l'ébéniste applique sur son ouvrage pour le rehausser et l'enrichir, et dont il tire d'heureux effets, à condition de ne pas les prodiguer au point de nuire aux lignes constructives.