‹ Les meubles du XVIIIe siècleChapitre 48 sur 85 · BRONZES · texte numérisé non relu

BRONZES

De quelque nature que soient les ouvrages d'ébénisterie (marqueterie ou placage), ils sont presque toujours ornés de bronzes. Entendons-nous. Ceci ne veut pas dire que les menuisiers refusent à leurs meubles en bois plein : sièges, tables, armoires et le reste, tout décor de cuivre ou de bronze, mais comme ces ouvrages sont presque toujours ornés de moulures ou de sculptures, l'adjuvant de bronze, sauf aux entrées de serrures ou aux tiroirs, devient une super fétation. Au contraire, la marqueterie exigeant des surfaces planes et proscrivant sculptures et moulures, les rehauts de bronze deviennent presque une nécessité.

Jamais, en tout cas, on n'en fait plus fréquent ni plus, heureux usage. Le xvme siècle est le siècle des bronzes.

Comme le décor de métal est indépendant du bâti du meuble, et qu'il n'a à obéir à aucune considération de statique ou de technique de construction, la fantaisie et l'imagination s'y donnent libre carrière. On va même trop loin. Certaines commodes sont recouvertes d'un si exubérant réseau d'or moulu que les lignes architecturales disparaissent.

Nous parlons, bien entendu, des bronzes rapportés (rinceaux, agrafes, guirlandes) et non des bronzes ou cuivres incrustés (cadres, bordures à compartiments, filets) qui font partie intégrale de l'ouvrage.

L'exécution des bronzes dépend absolument du modeleur, du fondeur, du ciseleur, du doreur, mais tous ne travaillent que de concert avec l'ébéniste qui dirige leurs opérations, au moins pour la forme intérieure des pièces, celle qui s'applique sur le meuble dont elle doit épouser exactement les contours. Il décide aussi de leur relief ou de leur saillie. Il indique les endroits où ils doivent être coupés ou repercés pour les diverses ouvertures des tiroirs ou des portes. Non seulement l'ébéniste dessine lui-même ses bronzes, pour en réserver la place dans ses motifs de marqueterie, mais certains maîtres, on le sait, comme André Boulle ou Cressent, les modèlent eux-mêmes et les fondent dans leur atelier.

En nous reportant au Mémoire d'ŒBEN, pour l'exécution du bureau de Louis XV, où les bronzes jouent un si grand rôle, on voit le maître ébéniste disposer d'abord ses bronzes, en cire, sur la maquette réduite du meuble, puis, le bâti construit, modeler sur l'ouvrage même tous les

BRONZES, MARBRES, PORCELAINES

ornements : figures, guirlandes, fleurs, vases, cassolettes, pendule, moulures, quart-de-rond et palme, les mouler en plâtre, faire les creux pour la fonte, les fondre à cire perdue et les ajuster une première fois sur le meuble au sortir du moule. Il les démonte ensuite complètement, les donne au ciseleur, les remet en place et les fixe à l'aide de vis et écrous non apparents. Soyons sûrs que, pour les ouvrages de luxe qui font la gloire de nos musées, la parfaite adaptation des embellissements d'or moulu au bâti d'ébénisterie n'a pu être obtenue différemment.

Les bronzes s'attachent habituellement avec des petits clous de cuivre ou des vis en bois, à tête ronde et dorée, qu'on place dans les endroits les moins apparents, tels que les fonds ou les revers de feuilles. Dans les grands ornements, le fondeur réserve des « jets » ou goujons, placés de distance en distance derrière les bronzes, et taraudés pour les faire passer à travers le bâti et les arrêter en dedans avec des écrous.

Les meubles qui se prêtent le mieux au décor de bronze sont : les tables à écrire (moulures au pourtour du dessus, sur l'arête des pieds dans toute leur hauteur, au pourtour des tiroirs, chutes ou motifs d'angle au sommet des pieds, mains et entrées aux tiroirs, sabots aux pieds) ;

les commodes (chutes au sommet des montants, rinceaux encadrant les panneaux et les tiroirs, mains et entrées aux tiroirs, sabots aux pieds) ;

les bureaux à cylindre (rinceaux ou moulures au pourtour de la table, entrées et mains aux tiroirs, chutes et

sabots aux pieds, galerie au-dessus du serre-papiers, moulures et rinceaux sur les côtés) ;

les secrétaires-armoires (chutes au sommet des montants, moulures et rinceaux encadrant les panneaux, cimaise et galerie ajourée, rosaces sur les pieds et motifs sur la traverse du bas, entrées aux diverses ouvertures).

Généralement, les sièges ne comportent pas de bronzes.

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