GARNITURES D'ÉTOFFE
La mise en place des garnitures d'étoffe ressortissant uniquement de l'art du tapissier, nous pourrions nous dispenser de lui donner place dans notre ouvrage, mais il ne nous semble pas inutile de fournir quelques notions sur cette pratique, ne serviraient-elles qu'à faire reconnaître si les meubles que nous achetons ont conservé leur ancienne garniture ou si on leur en a confectionné une nouvelle.
Pour garnir un siège, l'ouvrier commence par disposer
sur le fond un revêtement de sangles tendues à la tenaille et « broquetées », c'est-à-dire fixées par des broquettes ou petits clous de fer à large tête à pans coupés. La ceinture, du siège est pourvue, sur le devant, d'un bourrelet de crin, puis le fond desangle est garni d'une quantité suffisante de crin, qu'on recouvre d'une première enveloppe de toile (le fond du dossier se fait en toile à carreaux). Le tapissier tend ensuite l'étoffe de garniture, damas, velours, siamoise, toile peinte, tapisserie, la fixe de distance en distance par quelques broquettes, la coupe à la dimension du siège et la fixe sur les bords à l'aide de clous dorés, dont les trous ont été préparés au poinçon.
Certains fauteuils sont disposés à châssis pour les sièges et les dossiers, à mortaise pour les accoudoirs, de façon à pouvoir changer les garnitures selon les saisons. Les meubles en tapisserie sont presque toujours dans ce cas.
Bergères, ottomanes, duchesses, lits de repos passent par les mêmes étapes pour les premières opérations de garnissage. Mais une fois le revêtement de sangle et le bourrelet de crin posés, le reste de la garniture du siège devient mobile. C'est un simple carreau (coussin), mollement rembourré et reposant sur le fond des angle. Dossiers et accoudoirs, par contre, suivent les modèles de ceux des fauteuils.
Pour les lits, contentons-nous d'énumérer succinctement les diverses parties qui constituent les genres les plus à la mode, tout en faisant remarquer qu'il est à peu près impossible aujourd'hui de rencontrer un lit Louis XV ou Louis XVI qui ait conservé au complet sa garniture de l'époque.
GARNITURES DE SIÈGES ET DE LITS
Le lit à colonnes comporte une impériale, portée par les colonnes, avec plumets aux angles ; pente (bande d'étoffe pendante) extérieure, petite pente intérieure et ciel; deux rideaux relevés par des agrafes; un fond derrière le dossier; quatre cantonnières (bandes d'étoffe recouvrant les colonnes) ; une garniture de dossier ; un traversin ; une courte-pointe; une pente qui s'agrafe à la courte-pointe et aux colonnes pour cacher les pieds.
La composition du lit à la duchesse est sensiblement la même, mais, vers la fin du siècle, la pente extérieure de l'impériale et la pente des pieds sont relevées en feston par des agrafes avec glands. Les rideaux sont également retroussés au dessus du chevet par deux larges nœuds avec glands.
Le lit à la polonaise demande un baldaquin, surmonté de plumets d'autruche, avec pentes festonnées, épousant la courbe des S de soutien, et petites pentes extérieures; quatre rideaux tenant aux colonnes, avec agrafe en étoffe, rosette et gland; quatre cantonnières ; deux dossiers, deux traversins ; une courte-pointe ; une pente festonnée pour les pieds. Les panneaux du châlit sont généralement tendus d'étoffe.
Le lit à la romaine ne diffère de celui-ci que par la moindre hauteur des colonnes et par la forme des courbes, qui, au lieu d'être cintrées en S, ont la forme d'un arc uniformément renversé. Les rideaux présentent deux retroussis.
Enfin, dans le lit à tombeau, les rideaux sont réunis, deux à deux, par une pente qui enveloppe la tête et le pied du lit.
Sous Louis XVI, la mode des tentures de sièges se développe à un point incroyable dans les appartements luxueux. On drape de festons les entre-jambes des banquettes, des bergères, des chaises -longues. C'est un motif à gracieux retroussis dont les tapissiers-décorateurs tirent tout le parti possible.