SOIERIES
L'étoffe la plus en usage pour toutes sortes de meubles, c'est le damas. Rappelons-le. Il s'agit d'une étoffe de soie contrastée de parties mates (taffetas) et brillantes (satin) comme le damassé du linge de table. Elle est solide, résistante et réversible, ce qui permet de l'utiliser sur chaque face et de la retourner quand elle est usée ou tachée. La couleur la plus répandue est le rouge cramoisi. On fait aussi du damas jaune, du bleu, du vert, du damas de deux couleurs (le fond d'une couleur, le dessin d'une autre), du damas même de trois couleurs (le fond d'une couleur, le décor de deux couleurs).
Vers le milieu du siècle, on recouvre les beaux meubles en lampas, qui n'est qu'un damas plus riche, à fond de satin avec dessins de trames variées et opposées.
Le gros de Tours, dit quinze seize (de sa largeur qui fait les i5/i6e d'une aune) est un beau taffetas, fabriqué à l'origine à Tours. Il s'emploie surtout en tentures ou en dessus de lit.
Le droguet, innovation lyonnaise, où la chaîne sert autant que la trame à rendre les effets du dessin, donne les plus charmants assortiments de décor Louis XVI.
GARNITURES DE SIÈGES ET DE LITS
Un meuble d'été se fait en taffetas à fleurs ou chiné. Sur les sièges couverts en tapisserie ou en damas qui servent pour l'hiver, on met d'habitude, pour l'été, des housses ajustées de taffetas.
Le velours ciselé ou uni, et même le velours ras de soie et coton servent à garnir les sièges. Le velours d'Utrecht, fil et poil de chèvre, est toujours recherché pour le même usage, car il est plus solide et moins cher que le damas. La moquette, fil et poil de chèvre, ne s'emploie que pour les sièges ou banquettes d'antichambre.
On use du satin pour les dessus de lit piqués et pour certains sièges d'apparat, de la moire, tout soie ou fil et soie, pour tous les meubles. La siamoise, fil et coton, sert rarement aux sièges, sauf pour les carreaux ou coussins. Mais le camelot moiré, tout laine ou laine et fil, est l'étoffe la plus estimée après la moire. La serge ne s'emploie que pour les lits.
En 1774, les prix courants des tapissiers cotent à l'aune :
Livres
Damas de Gênes 15 à 17
— de Lyon 11 à 15
— de Tours 10 à 14
— commun 8 à 10
— de trois couleurs .... 20 à 24
Lampas 24 à 30
Taffetas à fleurs 8
Taffetas d'Angleterre . . 7 1. 10 s. à 8 1. 10 s.
— de Florence . . . . 5 1. 10 s. à 6 1. Gros de Tours 12 à 17
Livres
Moire de soie 8à 9
— fil et soie 6
Satin 3a 5
— de Bruges 3 1. 10 s.
Brocatelle 8 à 11
Camelot moiré. . . . . 2 1. 4 s. à 2 1. 12 s. Velours ciselé 36 à 50
— uni 24 à 36
— de Hollande . . . g 1. 10 s. à n 1. 10 s.
— d'Utrecht 7 à 10
— ras 5 1. à 5 1. 10 s.
Moquette f . • 4L à 4 1.15 s.
Siamoise 3 à 5
Serge 30 s. à 4 1.
Quant au dessin de ces étoffes, il suit l'évolution des styles. Au décor à retour symétrique du xvne siècle succède, sous Louis XV, la fantaisie et l'imprévu ; aux larges rinceaux conventionnels, aux gros fruits, aux grosses floraisons, se substituent des détails décoratifs légers, naturels où la fleur joue le premier rôle. L'ordonnance la plus courante est celle de lignes verticales sinueuses et parallèles, composées de rubans, dentelles, fourrures, plumes, cordelières, ou simplement florales. Des bouquets s'y relient ou s'isolent dans les vides. La chinoiserie, la turquerie, d'autres engouements passagers de la mode, y donnent leur note éphémère, jusqu'à ce que le retour à l'antiquité ramène les ordonnances classiques et la symétrie. Remarque curieuse, et que nous devons à la sagacité de Raymond Cox : on ne
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trouve, pour ainsi dire, pas de rocailles dans les soieries Louis XV. Les étoffes qui en comportent datent de Napoléon III où l'on eut la prétention de reconstituer un style qui n'en tissa pas.
Sous Louis XVI, le décor des soieries suit deux courants principaux. Le premier est caractérisé par les rayures verticales rigides, plus ou moins espacées, sur lesquelles viennent 'se jouer tiges fleuries, branches fruitées, bouquets, guirlandes, et tout le répertoire obligé des paniers, corbeilles, rubans, flûtes, tambourins, houlettes, instruments champêtres. Dans le décor Pompéien, la symétrie est la règle générale avec les compartiments lozangés, les médaillons, les arabesques imitées de l'antiquité, les attributs de dieux et de déesses, les vases antiques, les trépieds, les animaux fabuleux, les ruines, les architectures en perspective.