‹ Les meubles du XVIIIe siècleChapitre 57 sur 85 · TOILES PEINTES · texte numérisé non relu

TOILES PEINTES

Les toiles peintes de toute sorte servent à garnir de beaux meubles, surtout à la campagne. Au début du siècle, on les importe encore de l'Inde, malgré les prohibitions. La marchandise de contrebande se vend librement dans les enclos de Saint-Germain-des-Prés, du Temple, de Saint- Jean-de-Latran, et autres lieux privilégiés. Ces « chittes » de l'Inde, ou ces Perses sont entièrement peintes à la main, sans le secours d'aucun bois d'impression. Le dessin luimême, obtenu par un décalque au poncis, est tracé avec une liberté qui laisse voir des « repentirs », des traits croisés ou échappés, bref une composition où pas un motif n'est

reproduit deux fois intégralement. Il en est de même des couleurs, qui, tantôt dépassent les contours, tantôt n'arrivent pas à les couvrir, et qui présentent une diversité incroyable dans les dispositions des détails. A partir de 1760, au contraire, on emploie des toiles peintes de fabrication européenne imprimées par bois gravés, dont les plus minutieux détails et jusqu'aux moindres défauts se reproduisent fatalement dans chaque report du dessin:

C'est le décor floral qui sert de thème aux toiles de l'Inde, grandes tiges arborescentes aux rinceaux largement étalés, sur lesquels s'épanouissent des fleurs d'un éclat et d'une grosseur irréels : mangliers, pavots, tulipes, anémones, œillets, chrysanthèmes, roses, daturas, pivoines, magnolias. Des oiseaux y mêlent leur plumage brillant. Les toiles françaises copient ce décor aux gammes lumineuses, mais elles cherchent surtout à imiter — à moins que l'inverse ne se produise — les soieries façonnées de Lyon, ou les tapisseries de Beauvais. Vers 1780, le plus fameux des indienneurs français : Oberkampf, imagine de faire graver de grandes planches de cuivre de plus d'un mètre, où s'étalent librement de grands dessins de fleurs ou de ramages, des scènes à figures et à animaux spirituellement groupées. De 1783 à 1789,1a manufacture de Jouy met au jour les chefs-d'œuvre de Huet, ces camaïeux rouges, bleus, bistres ou amarantes, représentant : la Balançoire, les Délices des quatre saisons, les Plaisirs de la ferme, V Hommage de V Amérique à la France, Au loup !, les Quatre parties du monde, la Chasse au cerf, le Sacrifice à V amour, l Escarpolette, les Occupations villageoises, l'Aérostat dans le parc

GARNITURES DE SIÈGES ET DE LITS

du château, l'Education maternelle, le Couronnement de la rosière, la Fédération, sans parler d'autres compositions d'artistes plus ordinaires, telles que : la Pêche maritime, le Départ pour le marché, la Kermesse flamande, le Ballon de Gonesse, l'Education à la campagne, le Mariage de Figaro. Une centaine d'autres manufactures produisent, à la même époque, avec plus ou moins de perfection et de bonheur, l'indienne de meuble. La plus célèbre est celle d'Orange.

On estime en 1774 :

Livres

Perse de choix (en pièce de 3 aunes et demie) . 144

— ordinaire (en pièce de 10 aunes) .... 192

— anglaise ( — 10 — ) . . . . 288

Toile d'Orange 3 à 10

Indienne 35 s. à 3

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