TAPISSERIES
Les tapisseries de haute et de basse lisse n'apparaissent pas avant la Régence dans la garniture des sièges. Peut-être même faut-il reculer jusqu'en 1720, l'exécution des premiers modèles de ce genre à Beauvais. Auparavant, les meubles sont recouverts de tapisserie au petit point et la Savonnerie fournit pour le roi ou les princes des « dessus de formes » (housses) en velours, avec chiffres, globes, casques, dauphins, cygnes, fleurs, et le reste. Mais on ne trouve sur les sièges ni haute ni basse lisse. Les bois de l'époque Louis XIV, que l'on présente garnis de tapisseries clouées, l'ont été, selon toute vraisemblance, ultérieurement à la date de leur exécution.
Les plus répandues et les moins coûteuses des tapisseries de sièges se font à Aubusson et à basse lisse. Les prix de la manufacture sont en effet quatre fois moindres que ceux des Gobelins. Malheureusement, nous sommes assez mal fixés sur les sujets tissés au xvme siècle. Nous savons seulement qu'on reproduit les Fables de la Fontaine et les cartons d'OuDRY, Animaux et Chasses. Huet et Ranson, sous Louis XVI, fournissent de gracieux modèles de fleurs et d'arabesques.
L'assortiment de Beauvais est mieux connu. De 1722 à 1790, on peut passer en revue presque tous les sujets sortis de l'imagination des peintres de la manufacture, et destinés à recouvrir canapés, sophas, bergères, fauteuils, cabriolets, voyeuses, gondoles, banquettes, chaises, écrans ou lits. Deux canapés, peints par Duplessis, entre 1722 et 1724, ouvrent la galerie, peut-être avec des sujets empruntés à Vile de Cythère, à moins qu'il ne s'agisse de vases de fleurs. En 1736, paraissent les Fables de La Fontaine, d'après J.-B. Oudry, qui défrayent l'atelier pendant plus de quarante ans : la Lice et sa compagne, les Deux chèvres, le Lion et le sanglier, le Renard et les raisins, le Loup et le renard, le Renard et le buste, les Poissons et le cormoran. En 1755, c'est la Noble pastorale, d'après Boucher, qui, combinée avec les animaux d'OuDRY, fournit un sopha et huit fauteuils. On prend pour le dossier du sopha : la Joueuse de flûte ou la Pipée aux oiseaux, pour le siège : le Brouetteur ou le Berger. Les dossiers des fauteuils ont pour sujets : le Pêcheur, la Pipée, le Déjeuner, la Dormeuse, le Pigeon portant une lettre; les sièges : le Faisan, le Dogue et la Cigogne, le Renard,
GARNITURES DE SIÈGES ET DE LITS
les Canards, le Chien en arrêt, les Moutons, le Moulin à vent, le Moulin à eau, le Dogue et le cygne, le Chien et le faisan. En 1761, le sopha dit à' Apollon s'accompagne de huit fauteuils : V Astronomie, la Comédie, V Architecture, le Génie, l'Histoire, la Peinture, la Sculpture, la Musique.
La suite des Jeux russiens, par Le Prince, remonte à 1769. Le sopha évoque la Danse ; les huit fauteuils : la Petite fille et son chat, la Laitière, le Petit batelier, la Marchande de poissons, le Musicien, la Jardinière, la Bergère, le Petit officier. L'écran représente le Maître d'école. Le meuble complet se vend 2456 livres.
Trois ans plus tard, François Casanova donne une suite plus complète encore avec les Amusements de la Campagne.
Le sopha a pour dossier un Homme à cheval ou un Ane portant des paniers d'œufs; pour siège une Femme conduisant son troupeau ou un Homme sur une bourrique. Les dossiers et les sièges des huit fauteuils sont composés de sujets analogues : hommes, femmes, cavaliers avec des ânes, des chèvres, des vaches, des moutons, des chevaux, des mulets. Le paravent de huit feuilles représente un Cavalier rouge sur un cheval blanc, un Maréchal, un Mulet abattu, un Mulet sur un pont, une Femme qui trait une chèvre, un Berger dormant, une Femme sur un âne, un Homme tenant un paquet dans les bras. Les deux dormeuses — lisons sans doute veilleuses — ont pour dossier le Maréchal et le mulet abattu) pour siège la Femme qui trait une chèvre et la Femme sur un âne. Les deux bergères présentent sur le dossier : un Cavalier et chien, une Femme
avec une vache blanche, et sur le siège : un Homme sur un âne, une Femme à cheval. Le meuble (canapé et huit fauteuils) vaut 2000 livres.
De 1778 à 1780, le même Casanova compose l'Éducation ou les Quatre âges, douze fauteuils à figures. Dossiers : la Pêcheuse et son nègre, la Faiseuse de filet, la Femme debout qui tient son chien, la Dormeuse, l'Homme qui présente le bouquet, la Gouvernante qui promène l'enfant, la Femme au lit de repos, le Petit garçon et son âne, V Homme habillé de bleu, la Femme qui dort, l'Agneau qui tête sa mère, la Laitière. Sièges : la Femme sur l'âne, la Femme couronnée par l'Amour, le Buveur, le Piqueur, la Balançoire, la Bouquetière, le Dénicheur d'oiseaux, la Femme qui tient une lettre, la Femme qui puise de l'eau, la Bergère assise, la Femme qui lit.
En 1780, les charmantes pastorales de J.-B. Huet, à draperies bleues et arabesques : la Pêche, l'Offrande à l'amour, l'Escarpolette, la Moisson, la Ferme, le Mai, la Danse à deux, servent à garnir deux canapés, un écran, huit fauteuils et quatre bergères. Dossiers : le Canard et le caniche, la Danse du chien, V Amazone, le Joueur de musette, la Pêche à la ligne, la Chasse à cor, le Joueur de tambourin, la Joueuse de guitare. Sièges : Attributs champêtres, le Chien et les oies, Attributs de la musique, Repos de chasse, le Coq et la poule, le Chat et le paon, le Rendez-vous de chasse, le Coq d'Inde. ■
L'amusante suite des Convois militaires, de Casanova, date de 1787. Deux sophas, huit fauteuils, deux écrans
GARNITURES DE SIÈGES ET DE LITS
composent ce « meuble militaire », si souvent remis sur le métier sous l'Empire. Les dossiers figurent : un Hussard le mousquet sur l'épaule, deux Cavaliers à la suite du chariot, un Hussard le sabre à la main, la Conversation sur la caisse, le Pourvoyeur, un Trompette, la Voiture de bagages, un Domestique le fouet à la main. On voit sur les sièges : un Officier à redingote bleue, l'Artillerie, un Officier à manteau écarlate, un Cavalier sanglant son cheval, un Berger, un Domestique, un Officier passant l'eau, la Cuisine. Le meuble complet : 4000 livres.
Les Sciences et les Arts, d'après Lagrenée (1788), comprennent deux canapés ou sophas, figurant l'un le Commerce, l'autre, l'Agriculture, et douze fauteuils : la Renommée, la Sculpture, la Peinture, la Géométrie, l'Optique, la Musique, l'Astronomie, l'Architecture, la Mécanique, le Génie, le Commerce. Enfin en 1790, Le Barbier donne les Parties du monde, deux canapés et onze fauteuils, les dossiers à figures, les sièges à paysages (1).
Nous ne parlons pas des compositions florales, guirlandes, bouquets, gerbes, entremêlées de rubans, d'arabesques, de trophées, d'animaux. Ils échappent à la description, à la fois par leur nombre et par leur variété.
Les Gobelins se montrent plus rebelles à la mode, et refusent longtemps leurs métiers aux tapisseries de meuble. C'est en 1748 seulement que la première commande, un canapé et quatre fauteuils, sort de l'atelier. Les dossiers des fauteuils sont d'EiSEN, les sièges de Lenfant. Ils repré-
(i) En 1784. clans un inventaire des meubles de la manufacture, les canapés sont prisés de 300 à 460 livres, les fauteuils de 75 à 130, les écrans 72 livres-
LES MEUBLES DU XVI /Je SIÈCLE
sentent les Quatre parties du monde, avec paysages et animaux. Sur le canapé, un Port de mer. En 1750, la marquise de Pompadour fait exécuter, aux Gobelins, le meuble du château de Bellevue et quelques autres. Charles Coypel et Lemaire Cadet composent, pour le roi, le magnifique canapé à jour l'Amour. On fait des fauteuils à fleurs et à fond cramoisi pour accompagner les tentures de don Quichotte. On exécute également des meubles dans le style chinois. Tessier et Jacques, deux admirables peintres de fleurs, composent de 1753 à 1775, une série charmante de bouquets et de guirlandes, de rinceaux fleuris et d'arabesques qui défrayent, avec les modèles de Ranson, la manufacture dans le genre meuble jusqu'à la la fin du régime.