GARNITURES ET DORURES ANCIENNES
Il en est de même pour les garnitures et les revêtements de peinture, de vernis ou de dorure. Mais, sur ce point on peut se montrer moins difficile. Bien rares sont les bois qui sont parvenus jusqu'à nous avec leur dorure ou leur peinture primitive. Ceux qui ont gardé leur habit du temps, nous le présentent avec de telles détériorations qu'il est pour ainsi dire impossible de ne pas leur en donner un autre. D'ailleurs, il faut une grande habitude et même un coup d'œil de praticien pour discerner, sans se tromper, si une dorure est ancienne ou non. Exécuté d'après les procédés et avec le soin des artisans du xvme siècle, l'ouvrage ne doit pas présenter de différence sensible, puisque l'or est une matière que le temps n'altère pas. Très rares, également, les sièges qui ont conservé leur garniture, et surtout qui l'ont gardée assez fraîche pour qu'on ne soit pas obligé de la jeter aux guenilles. Peut-on, raisonnablement, mettre dans un salon ces fauteuils vénérables au velours d'Utrecht, entièrement râpé, au rembourrage de crin tellement écrasé que le fond s'affaisse et s'effondre plus bas que le bois du siège? Mieux vaut un siège auquel on aurait redonné une garniture nouvelle, mais également ancienne, de velours
de soie ou de toile de Jouy. Quant aux lits, c'est encore plus délicat. Il n'existe peut-être pas vingt lits du xviue siècle, encore en place, avec leurs draperies primitives. Le soleil, la poussière, ou simplement le temps, ont fait justice des étoffes et ont obligé à les remplacer, ou bien, à un moment quelconque, l'intervention du tapissier a modifié la disposition primitive du décor.
Ne nous étonnons donc pas, devant la rareté du cas, si la conservation des garnitures : soieries, tapisseries, velours, toiles peintes, avec leurs accessoires de galons, de clous dorés ou argentés, l'intégrité de la dorure ou de la peinture de l'époque soient des éléments de premier ordre dans l'évaluation des prix.