‹ Les meubles du XVIIIe siècleChapitre 64 sur 85 · PROVENANCES CÉLÈBRES · texte numérisé non relu

PROVENANCES CÉLÈBRES

Un dernier élément, et non le moindre, influe aussi sur la cote de l'ameublement ancien. C'est la provenance. Une pièce, qui provient d'une grande collection, acquiert par cela même, indépendamment de ses qualités intrinsèques de conservation, d'élégance, de richesse ou de rareté, une plus-value considérable, faite bien plus de la notoriété attachée au nom de l'amateur qu'au discernement qu'on suppose avoir présidé à son choix. C'est ainsi que certains meubles passent de cabinets en cabinets, de collections en collections, acquérant chaque fois un titre de noblesse de plus et un chevron d'enchère, à moins que, par des revirements de fortune, qui ne sont pas sans exemple, un expert plus avisé que ses confrères ne s'aperçoive que ce meuble,

VALEUR DES MEUBLES

devenu presque historique par sa glorieuse carrière de surenchères, n'est qu'un faux-noble, un geai paré de plumes de paon, et, d'un seul coup, la lumière étant faite, le marteau du commissaire-priseur s'abat sur une dépréciation de plusieurs beaux billets de mille.

Tout cela, il faut le savoir pour pouvoir mettre un prix sur un meuble. Mais rien ne remplace l'éducation de l'œil. Il faut observer le plus possible, regarder dans les musées, chez les antiquaires, dans les collections particulières, dans les expositions qui précèdent les ventes aux enchères, et payer de sa personne et de sa bourse de nombreuses et coûteuses expériences. Quand vous aurez acquis trop cher une pièce médiocre ou douteuse, soyez tranquille ! vous trouverez toujours un ami assez charitable pour vous en prévenir. Si les loisirs vous manquent pour vous livrer à cet apprentissage, n'hésitez pas. Remettez-vous-en à un professionnel honnête, comme on en trouve plus souvent qu'on ne pourrait croire. Vous paierez cher, mais vous en aurez pour votre argent.

TRUQUAGE

Bien avant la crainte de payer trop cher, le collectionneur met la terreur de se voir colloquer du moderne pour de l'ancien. Autrement dit, sa bête noire, c'est le truquage. Ils ont fait du chemin, messieurs les faussaires depuis le jour où Paul Eudel, en créant le mot, dénonçait avec un sérieux qui pourrait passer pour de la mystification des ruses telles que les coups de bâton destinés à simuler des chocs et à avilir un meuble, ou les coups de fusil à charge de cendrée pour produire des trous de vers dans les pseudo-vieux bahuts. L'aimable père du truquage avait poussé l'enquête plus loin dans son second ouvrage de Trucs et Truqueurs auquel nous ferons d'autant plus volontiers appel que notre part de collaboration anonyme n'y fut pas négligeable. Mais déjà ce tableau des contrefaçons artistiques de 191 2 est dépassé. Il faudrait le reprendre en entier avec de nouvelles couleurs. Nous nous contenterons d'une rapide esquisse.

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