‹ Les microbes de la bouche (volume 2)Chapitre 35 sur 37 · LANGUE NOIRE · texte numérisé non relu

LANGUE NOIRE

la coloration noire de la langue attire bientôt l'attention du malade. L'enduit perd rapidement sa coloration blanche pour en prendre une jaune, puis une brunâtre, puis une noire : il s'étend progressivement sur la face supérieurç du V lingual vers les bords de la langue et en arrière vers l'isthme du gosier. Les papilles devenues saillantes, la surface de la langue parait veloutée au toucher. La muqueuse linguale devient d'une sensibilité exquise ; cette sensibilité est rendue manifeste par un raffinement des sensations guslalives allant quelquefois jusqu'à la douleur. Très souvent des aphtes apparaissent simultanément et la réaction de la bouche devient acide.

Peu à peu le nombre des papilles saillantes diminue sur la ligne médiane ; c'est là un des premiers indices de la marche régressive de la maladie.

Au moment du maximum d'intensité de raffection, le pourtour de la plaque est d'un noir uniforme et sa surface sans saillies notables. En dehors d'elle, on observe un petit pointillé noir sur le reste de l'organe. Les papilles du sillon médian sont rares, accolées les unes aux autres en séries linéaires ou par touffes, laissant entre elles des fissures profondes, au fond desquelles on aperçoit la couleur rosée de la muqueuse. Deux petits sillons latéraux presque symétriques, dirigés obliquement vers la pointe de la langue, contiennent des papilles plus nombreuses que celles du sillon médian. Peu à peu l'enduit de la plaque perd son aspect uni, la surface devient veloutée, un léger pointillé apparaît et la langue reprend peu à peu son aspect normal. Cette période de desquamation est assez longue.

M. Destureaux et M. Dessois ont cherché sans succès à s'inoculer le glossophyte.

Le meilleur traitement est l'attouchement antiseptique avec

une solution de sublimé.

il**

Perlèche.

C'est une maladie parasitaire nouvelle, endémique dans le Limousin et d#nt le microbe a été découvert récemment par M. le docteur J. Lemaistre, professeur de l'École de médecine de Limoges (1).

Cette affection, observée sur des enfants, est localisée au niveau des commissures labiales. Elle commence par une desquamation de Tépilhélium en cet endroit et évolue en y déterminant plus tard de petites fissures rayonnantes, douloureuses et saignantes, lorsque l'enfant ouvre largement la bouche. La lésion n'est pas alors sans ressemblance avec certaines rhagades commissurales d'origine syphilitique.

La durée de la maladie est en général de quelques jours, elle peut se prolonger plusieurs mois.

Les paysans lui ont donné le nom de perlèche, parce que les enfants se pourléchent les lèvres en raison de la sensation de brûlure qu'ils y éprouvent. Le nom de bridon est encore donné à l'affection, parce que les commissures labiales sont bridées. La maladie est contagieuse et les enfants la contractent par l'intermédiaire des seaux ou des cruches dont ils se servent à tour de rôle dans les écoles.

M. Lemaistre a trouvé un coccus dans les débris épithéliaux des commissures labiales. Il l'a désigné sous le nom de Streptococcus plicatilis parce qu'il se présente dans les bouillons sous forme de chaînettes enchevêtrées les unes dans les autres.

(1) Lemaistre, Étude sur Vair de la ville de Limoges ; de la perlèche; du Streptococcus plicatilis (Joiirn» de la Soc. do méd. de la Haiite- Vienncy 1886, p. il, 55, 74).

PERLÈCHE. 169

Le développement du micro-organisme dans le bouillon est 1res rapide.

M. Lemaistre a retrouvé ce streptococcus dans les eaux potables qui alimentent un quartier de Limoges où la perlèche est très fréquente.

Les altouchements faits sur les commissures avec le sulfate de cuivre ou Talun amènent une guérison rapide.

Angines et parotidites infectieuses.

Les angines infectieuses sont nombreuses : telle l'angine de la scarlatine, de la rougeole, l'amygdalite infectieuse aiguë si bien décrite par M. Bouchard (1) en 1880 et dont Tétude a été reprise par Landouzy (2) et Dubousquet-Laborderie (3) ; telles encore sans doute Tangine herpétique et les angines dites diphtéroïdes. Les amygdales sont des nids à microbes. « Elles sont placées aux premières loges pour se laisser pénétrer par les agents infectieux, comme le disait éloquemment M. Landouzy. Tout y semble préparé , si l'on songe à leur structure, pour être le réceptacle, la germination et la diffusion de certains agents infectieux, qui, de proche en proche, s*introduiront dans le système lymphatique, habitat préféré des agents infectieux. »

Les symptômes généraux qui accompagnent les angines, leur marche, leur évolution, permettent d'affirmer leur nature microbienne, mais le microbe est encore à trouver. Dans Tangine phlegmoneuse seule on trouve des microbes, ceux de la suppuration le plus souvent et surtout le streptocoque.

(1) Bouchard, Cours professé à la Faculté de médecine, Paris, 1880.

(2) Landouzy, Progrès médical, 4 et 11 août 1883, p. 60i et 628.

(3) Dubousquet-Laborderie, Bull. gén. de thér., 1886, t. CX, p. 12.

Dans un cas d'amygdalite phlegmoneuse, M. Bouchard a trouvé dans le pus une énorme quantité de bactéries bacillaires courtes et très minces.

M. A. Fraenkel a rapporté à la Société de médecine interne de Berlin, dans la séance du 6 juin 1887, deux cas d'infection septique ayant pour point de départ le pharynx.

Dans les deux cas, M. Fraenkel a trouvé le streptococcus dans les amygdales. Le premier malade avait succombé à une endocardite ulcéreuse avec pneumonie très étendue et infarctus de la rate. A l'autopsie, M. Fraenkel trouva une des amygdales infiltrée de liquide purulent.

L'examen microbiologique montra des streptocoques au niveau des amygdales et des valvules aorliques.

L'autre malade était atteint d'une pleurésie purulente dont l'évolution avait été seulement précédée d'une angine déclarée non dipthérique, par le médecin qui soignait alors le patient. A l'autopsie, on observa un abcès rétro-pharyngien énorme, qui s'étendait jusque dans le médiastin et qui était le point de départ de la pleurésie. Les cultures du pus de l'abcès ne fournirent que des streptocoques.

Voici donc un cas de pleurésie purulente dont le point de départ était un foyer de suppuration situé en dehors des organes thoraciques, derrière l'amygdale. Les bactéries avaient sans nul doute été transportées dans la plèvre par les vaisseaux lymphatiques.

Le streptocoque venu de la bouche peut pénétrer dans le poumon par les voies aériennes. L'introduction du micro-organisme dans un bloc pulmonaire hépatisé produit la suppuration de la pneumonie. Ainsi s'explique encore l'infection purulente éclatant au cours de la pneumonie.

Le streptocoque se rencontre encore, d'après M. Gornil, dans

ANGINKS ET PAROTIDITES INFECTIEUSES. 171

des affections de l'amygdale qui sont moins graves que les précédentes. Ce sont de petits abcès superficiels, chroniques, situés au-dessous de la muqueuse et faisant une saillie un peu aplatie; ils siègent au niveau de l'amygdale ou de l'un des piliers antéfieurs du voile du palais. « Lorsqu'ils sont anciens, ils présentent à travers la couche de la muqueuse une teinte jauuâtre; incisés, ils laissent échapper un liquide jaunâtre épais, dans lequel on trouve très peu ou pas du toutdeglo-

FiG. 86. — Streptococcus des abcès chroniques de l'amyg^dale (Cornil).

bules de pus et en revanche une quantité colossale de bactéries allongées, mobiles, saprogènes, et de chaînettes de streptococci. La culture de ces derniers sur la gélose et la gélatine peptone donne des colonies qui ne dissolvent pas cette dernière et qui poussent lentement. Ce streptocoque est formé d'articulés volumineux, inégaux, de 1 [x de diamètre environ; certaines cellules sont plus petites, ovoïdes, terminées parfois en pointe; d'autres fois les cellules sont aplaties l'une contre l'autre comme deux disques et disposées deux par deux. Il n'est pas pathogène pour le cobaye et le lapin (1). » Si l'on ne connaît pas encore le microbe de la plupart de ces

(1) Cornil et Babes, Les bactérieSy 3* édil., t. I®', p. U4.

angines infeclieuses, ii faut agir comme si on les connaissait. Jamais l'antisepsie de la bouche n'est commandée d'une façon plus impérieuse.

Mais ce n'est pas tout. D'après M. Bouchard, « les amygdales se contaminent plus souvent par Tintérieur que par la cavité buccale ; c'est moins la pénétration des microbes par les cryptes que leur arrivée par le sang qui met les amygdales aux prises avec les agents infectieux. Les amygdales prennent part au phagocytisme; retenant et détruisant des microbes, elles en souffrent de temps en temps. Si l'antisepsie peut quelque chose contre les amygdalites, c'est surtout l'antisepsie générale. L'antisepsie intestinale a permis à M. Ruault d'empêcher la suppuration d'une amygdalite intense qui, selon toute apparence, devait être inévitable. Mais c'est encore au sulfate de quinine qu'on s'adresse de préférence en pareil cas.

« L'existence de grosses amygdales chroniquement enflammées est donc un indice de microbisme latent; dans ces foyers d'infection se font des réveils fréquents d'une inflammation mal éteinte; il est prudent de les détruire par l'ignipuncture. On pourrait éviter ainsi les déterminations secondaires infectieuses qui peuvent se faire à distance, comme la néphrite infectieuse, qui guérit souvent en peu de jours, mais qui peut récidiver au bout de quelque temps, sans que pour cela l'amygdalite récidive, et qui peut devenir chronique (1). »

« La parotidite suppurée qui quelquefois survient et emporte le malade, dans la fièvre typhoïde et dans les pyrexies graves qui amènent la sécheresse de la bouche, est une maladie infectieuse causée par des microbes venus de la cavité buccale et qui remontent le canal de Sténon. En nettoyant soigneuse-

^I) Bouchard, T/iérap. des malad, infectieuseSf p. 256,

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