‹ Les microbes de la boucheChapitre 14 sur 85 · Bacille de l'œdème malin (sep · texte numérisé non relu

Bacille de l'œdème malin (sep

ticémie de Pasteur).

Microbes saprogènes, chromogènes, pathogènes.

Un microbe saprogène est celui qui, en se développant dans un milieu de culture, dégage une odeur de putréfaction ; tel est le Bacierium termo.

(1) Liborius, Flûgge, Die Mikroorganismen, p. 455.

Rosenbach a trouvé dans les matières en putréfaction à odeur nauséeuse et dans le contenu putride des follicules des amygdales, un bacille qui a la même odeur que la substance caséeuse de ces follicules. Ses cultures sur l'agar-agar ont la forme d'une moule. 11 est aérobie et anaérobie. Ses bacilles, allongés, grands, possédant une spore, ne sont pas pathogènes (fjg. 3).

Un microbe chromogène est celui dont la culture est colorée ;

FiG. 3. — Bacille saprogène pro- Fie. 4. — Micrococcus prodigiostis. venant d*une culture sur le sérum gélatinisé (Cornil et Babes). ^ culture; 2, bactéries (C. et B.).

tel est le Slaphylococcus pyogems aureus, dont la culture est jaune ; le prodi-giosus^ dont la culture est rouge (fig. 4).

Le microbe pathogène est celui qui, en se multipliant dans les organes de l'homme ou des animaux, détermine des maladies localisées ou généralisées, c'est-à-dire des infections.

Ce sont donc les microbes pathogènes qui nous intéressent le plus. Ils peuvent agir sur les tissus, soit directement, par action de présence, en traumatisant les éléments histologiques aux dépens desquels ils vivent, soit indirectement, par les substances solubles qu'ils sécrètent, substances toxiques qui vont imprégner toute Téconomie et qui sont connues sous le nom de Ptomalnes.

PTOMAINES. 21

Ptomaïnes.

Déjà, en 1851, Panum avait trouvé des corps vénéneux dans les chairs putréfiées. Bergmann et Smiedeberg en avaient isolé un corps azoté, la sepsine^ lorsque les travaux de Gautier (1873) et de Selmi vinrent démontrer qu'il existe un certain nombre d'alcaloïdes vénéneux dans les produits organiques en putréfaction, et que ces alcaloïdes, solubles dans réther, se comportent, vis-à-vis des réactifs chimiques, d'une façon analogue à l'atropine et à l'hyoscyamine.

Selmi a isolé différentes variétés d'alcaloïdes cadavériques dont il a essayé de donner une classification, et avec ces substances il a pu former des sels cristallisés, chloroplatinates, chloraurates, chloromercurates (1 ).

A M. Gautier (2) revient le mérite : « 1° d'avoir en même temps que Selmi reconnu Texistence des alcaloïdes vénéneux durant les putréfactions;

€ 2' D'avoir démontré le premier, comme Selmi l'a publié lui-même, que leur origine était la destruction bactérienne des albuminoïdes et surtout d'avoir généralisé ces découvertes en montrant que chez l'animal bien portant, chez l'homme durant la vie physiologique, ces alcaloïdes ou des alcaloïdes analogues vénéneux se produisent sans cesse, sont sans cesse détruits par l'oxydation et éliminés par les reins » (Cornil et Babes).

En étudiant les produits de la putréfaction sur des centaines de kilogrammes de viande, M. Gautier a pu donner l'analyse des ptomaïnes isolées, ce que n'avait jamais fait Selmi. 11 a dé-

(1) Selmi, SuUe ptomaïne, Bologne, 1878.

(t) Gautier, Bull, de VAcad. de méd., 1881. p.j 599, et 1882, p. 158.

tt LES MICROBES DE LA BOUCHE.

monlré de plus la présence d'alcaloïdes cristallisés dans les urines normales, la salive , les venins de serpents, le suc musculaire.

MM. Brouardel et Boutray ont, d'autre part, démontré l'importance de la recherche de ces alcaloïdes au point de vue médico-légal (1).

Brieger, dont les travaux ont eu, en ces temps derniers, un grand retentissement, a employé pour étudier les ptomaïnes une méthode spéciale; il les extrait par l'eau, l'acide chlorhydrique et l'alcool. Nous n'avons pas à entrer ici dans les détails compliqués de la technique chimique. Il nous suffira de dire que, dans la putréfaction de différentes substances organiques, Brieger a isolé des corps bien définis, cristallisés et analysés chimiquement. Plusieurs de ces corps ont une toxicité analogue à celle de certains alcaloïdes végétaux.

Les recherches de Brieger ont porté également sur les ptomaïnes isolables d'une culture pure en bouillon, obtenue par l'ensemencement d'un bacille pathogène. Des cultures du bacille de la fièvre typhoïde il a pu isoler, en 1885, une base dont les effets sont toxiques sur les animaux ; il l'a appelée lyphO'loxine. Elle amène la mort chez le cobaye en vingt-quatre heures avec augmentation des sécrétions, fréquence de la respiration, dilatation des pupilles, diarrhée, cœur en systole (2).

Brieger a cru trouver des alcaloïdes toxiques dans les cultures du microbe du tétanos.

Nencki a cherché en vain des ptomaïnes dans les produits du bacille du charbon.

(1) Brouardel et Boulmy, Assoc. franc, pour ravancemeni des sciences, Reims, 1880, p. 419. — Ann. d'hygiène et de méd. lég., 1880, 2» série, t. IV, p. 344.

(2) Brieger, Ueber Ptomaïne, Berlin, 1885.

PTOMAINES 23

M. Bouchard a démontré dans le choléra la rormation d'un poison soluble éliminé par les urines (1).

Charrin, en injectant du liquide de culture du bacille pyocyanique filtré ou même chauffé, a pu, suivant la dose inoculée, déterminer les symptômes de la maladie, anorexie, diarrhée, albuminurie, paralysies et même le coma et la mort (2).

MM. Roux et Chamberlant ont démonlré que dans la maladie produite par le vibrion septique de Pasteur, les symptômes généraux étaient dus également à l'action de substances solubles sécrétées par le microbe. Ayant inoculé à des ani* maux un bouillon de culture de vibrion septique filtré et stérilisé, ils ont déterminé chez eux, suivant la dose inoculée, les symptômes de la maladie et ont pu même déterminer la mort (3).

MM. Chantemesse et Widal ont montré que, si l'on injectait une culture stérilisée de bacille d'Eberlh au cobaye, animal naturellement réfraclaire au microbe de la fièvre typhoïde, on déterminait une intoxication s'accompagnant d'amaigrissement, de dégénérescence graisseuse du foie, de tuméfaction de la rate, de néphrite épithéliale, etc. (4).

MM. Roux et Yersin, dans des expériences remarquables que nous aurons occasion de rapporter avec détails, en inoculant des cultures stérilisées du microbe de la diphtérie à des espèces sensibles, ont non seulement reproduit les symptômes généraux de la maladie, mais une des manifestations les plus

(i) Bouchard, Assoc. franc, pour ^avancement des sciences, Grenoble, 1885, p. 555.

(2) Charrin, La maladie pyocyanique, Paris, 1889.

(3) Roux et Chamberiand , Annales de llnstiltU Pasteur, 1887, p. 562.

(4) Chantemesse et Widal, Annales de llnstitut Pasteur, 1888. p. 54.

caractéristiques de Tempoisonnement diphtérique : la paralysie (1).

En ces derniers temps, l'école française, en étudiant les poisons solubles srécétés parles microbes, n'a pas cherché à en faire Tanalyse chimique, elle s*est contentée de Télude biologique de ces substances solubles prises en masse dans une culture stérilisée et inoculées à des espèces animales.

Avec ces substances inertes sécrétées par les microbes, on a tenté également la vaccination contre certaines maladies infectieuses. Ne voulant pas sortir du cadre de notre sujet, nous nous contenterons de rappeler les résultats obtenus dans celte voie par M* Charrin pour la maladie pyocyanique, par MM. Roux et Chamberland pour la gangrène gazeuse, par MM. Chantemesse et Widal pour la fièvre typhoïde.

Milieux de culture.

Bouillon^ gélalinej gélosCj séruMj isolement sur plaques de gélatine^ etc.

Les microbes qui évoluent naturellement dans la bouche de l'homme peuvent vivre et se développer sur des milieux artificiels. Ce sont là les milieux dits de culture, sur lesquels on peut isoler pes microbes et étudier leurs propriétés biologiques. La culture du microbe sur milieux divers fournit des caractères différentiels qui permettent son diagnostic lorsque les caractères morphologiques sont différents.

En étudiant les microbes de la bouche, nous parlerons constamment de leur culture sur bouillons, gélatine, gélose,

(1) Roux et Yersin, Annales de VInslilut Pasteur^ 1888, p. 629.

Page 1