‹ Les microbes de la boucheChapitre 37 sur 85 · ANGINE DE LUDWIG OU ANGINE SOUS-MAXILLAIRE · texte numérisé non relu

ANGINE DE LUDWIG OU ANGINE SOUS-MAXILLAIRE

troublés dans toute leur hauteur après vingt-quatre heures d'inoculation et de passage à l'étuve ; les autres, même au bout de plusieurs jours, ne s'étaient pas troublés, ils étaient seulement sillonnés par des flocons blanchâtres, qui, à l'œil nu, donnaient à la culture tout l'aspect de celle du streptocoque de rérysipèle.

c Les tubes de gélatine ou de gélose présentaient un aspect différent suivant les pipettes qui avaient servi à leur ensemencement. Sur certains tubes, des colonies petites, rondes, circulaires, caractéristiques du streptocoque de Térysipèle, s'étaient développées à l'état de pureté; sur les autres, en même temps que des colonies de ce même type, apparaissaient des colonies plus larges, plus étendues, d'aspect blanc crémeux. Les premières étaient composées uniquement de microbes en chaînettes, ayant tous les caractères du streptocoque de l'érysipèle; les autres étaient faites de bâtonnets courts, gros et trapus. »

Des cultures sur bouillon de ce bâtonnet et du streptocoque furent séparément inoculées à des cobayes dans le tissu cellulaire de la région sous-hyoïdienne, à la dose de 1/2 et de 1 centimètre cube, sans produire le moindre effet pathogène.

Un lapin fut inoculé dans l'oreille avec une culture pure du bâtonnet, vieille de cinq jours, à la dose de 1/2 centimètre cube environ; un autre lapin fut inoculé également dans l'oreille avec une même dose de culture pure de streptocoque. Le premier animal ne ressentit aucun dommage, le second eut, au bout de quarante-huit heures, un érysipèle typique avec rougeur, tuméfaction, procidence de l'oreille. Des cultures faites avec du sang puisé au niveau de la plaque érysipélateu^, donnèrent sur bouillon et gélose des cultures pures

de streptocoque, ayant tous les caractères de ceux de Téryslpèle.

« En résumé, disent MM. Chanlemesse et Widal, le liquide infiltré dans le tissu cellulaire de la région sous-hyoïdienne de notre malade contenait, en certains points, à l'état de pureté, un streptocoque ayant tous les caractères morphologiques et biologiques de celui de Térysipèle. En d'autres points, ce streptocoque se trouvait mélangé à un bâtonnet ne possédant aucune propriété pathogène. Il nous est donc permis de conclure que l'infiltration du tissu cellulaire du plancher de la bouche et de la région sous-hyoïdienne était due chez notre malade au streptocoque qui, par inoculation au lapin, donna à cet animal un érysipèle typique. »

Le streptocoque venu de la bouche où il existe à l'état normal, pénétrant dans le tissu cellulaire du plancher de la bouche par une ulcération de la muqueuse, peut donc produire la lésion que nous avons à décrire. Le rôle du streptocoque dans cette affection ne doit pas nous étonner, car MM. Chantemesse et Widal ont déjà insisté ailleurs sur le polymorphisme des lésions qu'il peut occasionner.

Ces constatations microbiologiques sont d'accord avec l'opinion de Ludwig qui rangeait aussi la nouvelle affection décrite par lui dans le cadre de l'érysipèle : c Par son facteur érysipèle, disait-il, la maladie favoriserait la disposition à l'inflammation gangreneuse, comme dans le furoncle malin, tandis que, par son facteur nerveux, elle prédisposerait à Tinduration et à la paralysie comme dans la parotidite maligne. >

M. le docteur E. Schwarlz, qui a observé plusieurs fois celte affection, pense qu'elle a pour siège non pas la glande sous-maxillaire et sa périphérie, comme le veut Roser, ni les organes lymphatiques de la région, mais tous les tissus cel-

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