DU ROLE DES MICROBES DANS LA CARIE
Pour ces raisons, M. Galippe repousse Tobluration définitive des canaux après leur évidement, adoptée par les dentistes américains, avec des substances inamovibles, alliages métalliques, oxychlorures, pyrophosphates, etc. Cette pratique peut présenter des succès, mais elle a aussi de nombreux insuccès qui, dans Tespèce, ont beaucoup plus d'importance pour les malades, exposés à tous les inconvénients des fluxions répétées, que pour les dentistes. Elle repose d'ailleurs sur un principe faux, en vertu duquel on a la prétention, avec les moyens actuellement en usage , de pratiquer une antisepsie absolue et complète. Pour avoir une pareille prétention, dit M. Galippe, il faut n'avoir jamais* étudié une dent au microscope; il faut aussi ne pas tenir compte des enseignements de la clinique.
La pose des dents à pivot dans les racines persistantes présente les mêmes inconvénients qu'une obturation définitive des canaux; aussi les résultats définitifs sont-ils rarement parfaits. Les microbes finissent le plus souvent par infecter l'alvéole et par provoquer une ostéo-périoslite avec tous ses accidents.
Aussi faut-il se préoccuper beaucoup plus de l'antisepsie du canal que de son obturation complète par une substance inamovible.
En résumé, M. Galippe, d'accord en cela avec la majorité des observateurs, estime que la carie dentaire est surtout justiciable des antiseptiques. En raison de la structure anatomique de la dent, du nombre et du mode de progression des agents envahisseurs, on devra recourir aux antiseptiques volatils et diffusibles. L'acide phénique, les phénols ont rendu et rendront encore de grands services, mais les efforts des chercheurs devront se tourner vers les huiles essentielles qui sont
24i LES MICROBES DE LA BOUCHE.
loin d*avoir été toutes étudiées. Il se peut qu'on en trouve qui, dans celte application particulière, jouissent d'un pouvoir antiseptique puissant et durable.
Ceux qui voudront étudier Tinfluence des essences sur les microbes pathogènes de la bouche, trouveront d'utiles renseignements dans un travail publié récemment par MM. Gadéac et A. Meunier, sur l'action antiseptique de ces substances contre les virus de la morve et de la fièvre typhoïde (1).
En jetant un coup d'oeil sur les tableaux annexés à ce travail, on voit que la solution de sublimé à i/1000* tient le premier rang, mais que l'essence de cannelle a une puissance antiseptique sensiblement égale.
La comparaison faite avec les antiseptiques modernes, tels que solution d'acide borique, d'acide phénique, de sulfate de cuivre, d'iodoforme, est toute en faveur des essences (de girofle, eugénol, thym, serpolet, verveine des Indes, géranium de France, origan ou dictame de Crète, patchouli, zédoaire, absinthe, santal, cédrat, etc.). Beaucoup d'entre elles empêchent l'évolution des microbes après quelques moments ou quelques heures de contact; les autres antiseptiques n'agissent qu'au bout de plusieurs jours.
Traitement antiseptique de la carie dentaire.
Le rôle indéniable des parasites dans le développement de la carie dentaire en indique le traitement, qui doit être essentiellement antiseptique.
€ Avant qu'on ait soupçonné la nature microbienne de cette affection, dit M. Bouchard, on avait déjà appris par tâtonne-
(i) Cadéûc et Meunier, Annales de l'Institut Pasteur, 25 juin 1889, p. 317.