LATE
nodosités appartiennent-ils à deux espèces bacillaires, ou bien toutes ces formes résultent-elles d’une évolution graduelle d'une seule et même espèce?
Il semble bien, par ce qui précède, qu'on se trouve en présence de deux espèces. Rien ne permet d'affirmer que lorsqu'on part d’une colonie obtenue avecun microbe sortant d’une nodosité, on ne prend pas, à son insu, les deux espèces simultanément ; elle peuvent se confondre longtemps par leurs caractères morphologiques, puis se différencier sous l'influence des agents de transformation ; et ce n’est qu’au moment où leurs caractères sont suffisamment distincts qu’on s’aperçoit qu'il y a en réalité deux espèces de formes et de propriétés bien tranchées, comme on l’a vu.
En observant attentivement le passage des formes rameuses des nodosités à la forme bacillaire des cultures, on remarque que les premières sont des colonies et non des individus. M. Franck avait déjà observé que chacune de ces formes met successivement en liberté plusieurs coccobacilles mobiles. Voici ce que j'ai vu à mon tour : les formes ramifiées des tubercules, transportées sur des tubes de gélose, se gonflent en une petite série de vésicules séparées par des étranglements qui prennent bien la couleur (fig. 1, PI. I). Les vésicules ne se colorent pas ; ce sont des vacuoles dilatées par les courants osmotiques dus au changement de milieu ; elles se résorbent ou éclatent ; les granules protoplasmiques, mis en liberté, donnent naissance à autant de bacilles mobiles. Nous devons donc considérer ces formes complexes comme des agrégats d'individus, et rien ne prouve a priori que ces colonies ne soient pas formées par deux espèces microbiennes.
Il est vrai que si nous regardons à l’autre extrémité de la chaîne que nous connaissons déjà, nous trouvons encore qu’elle se ferme par la forme ronde qui serait également commune aux deux espèces.
Pour arriver à donner une solution nette de cette question, j'ai cherché dans une autre voie. J'ai transformé à la température de 35° des cultures d’origine très récente, par une série de réensemencements effectués toutes les 48 heures sur gélose acide. Ces cultures, conservées ensuite à la température de la chambre sur milieu alcalin, donnent, au bout de 15 jours,
deux sortes de colonies : les unes normales, les autres blanches, nacrées, luisantes; ensemencées séparément et portées brusquement sur gélose acide à lz température de 35°, elles donnent les unes et les autres des formes ramifiées.
[noculées séparément ou ensemble, elles produisent dans tous les cas, au bout de 12 à 15 jours, de nombreux tubercules radicaux. On ne peut plus admettre après tous ces passages que chacune des colonies separées dans la suite soit formée par deux germes d'espèces différentes. Il faut donc considérer toutes les variétés de microbes qui ont été examinées jusqu'ici comme des modifications d’une espèce unique.
Conclusions. — La série de faits que je viens d’exposer entraîne un certain nombre de conclusions.
Ce qui frappe tout d’abord, c’est la variété des formes que l’on peut obtenir sur les milieux artificiels ; mais il faut se hâter d'ajouter que, dans l’intérieur même des nodosités, ils’opère des transformations analogues.
Lorsqu'on examine le contenu de ces organes épuisés, on ne trouve plus que des formes bacillaires ou des formes rondes qui n'offrent aucune parenté apparente avec les microbes ramifiés si caractéristiques des jeunes tubercules. M. Laurent les considère comme des formes saprophytes du sol attirées dans ces régions par l’abondance de la nourriture. Elles donnent, en effet, très rarement, des tubercules par inoculation et, de plus, leurs cultures ne présentent plus les caractères des bacilles typiques. Comme les expériences précédentes montrent que le microbe des nodosités peut perdre toutes les propriétés qu'on est convenu de regarder comme caractéristiques, on peut, en groupant les faits épars dans la première partie de ce travail, donner une interprétation des transformations qui ont leur siège dans les tubercules mêmes.
J'ai déjà montré comment se fait l'infection, comment naissent et disparaissent les tubes muqueux, et sous quelles influences les formes rameuses succèdent aux coccobacilles. Si on reprend maintenant les tubercules à un âge plus avancé, on assiste à leur épuisement graduel par le retrait de la sève. Mais avec la disparition du liquide nourricier, l'acidité cesse également son action. Les microbes peuvent faire retour à la forme simple, et commeils ne reçoivent plus d'aliments tout préparés,