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POLYMORPHISME DES MOISISSURES. 2G

admettre que les champignons des moisissures présentent un polymorphisme considérable et de nature à bouleverser complètement la classification de ces cryptogames.

Ces recherches ont été reprises récemment par M. Gocardas 1 qui pense être arrivé à démontrer que toutes les moisissures que l'on rencontre dans les liquides sucrés abandonnés à la fermentation et dans les extraits pharmaceutiques, appartiennent à une seule et même espèce, très polymorphe, qu'il appelle le Pénicilliumferment.

M. Cocardas prétend avoir vu ce Pénicillium- ferment passer successivement par les états corpusculaire (Micrococcus), bactéridien {Bacterium, Bacillus), zooglairien (colonies ou zooglœd), filamenteux aquatique (torula, chapelets ou chaînettes), filamenteux fructifère (spores endogènes), le tout constituant la phase d'algue du cryptogame baignant dans le sirop, mais nageant à sa surface.

Alors commence la phase de champignon. Les ronflements formés, à la surface du liquide, par les spores endogènes bourgeonnent : ces bourgeons s'allongent, se cloisonnent et se ramifient, constituant le mycélium aérien sur lequel se développent les fructifications aériennes qui ne peuvent se former qu'en dehors des liquides.

Or ces fructifications aériennes, bien que provenant toutes d'un même mycélium, peuvent présenter tantôt la forme aspergillèe, tantôt la forme mucorée, tantôt la forme penicillée suivant la disposition des spores sur le filament fructifère. En d'autres termes, les caractères

i. Journal de micrographie, 18S4-85.

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que l'on a considérés jusqu'ici comme propres aux trois genres Aspcrgillus, Mucor et Pénicillium, types euxmêmes de trois familles bien dislincles, se rencontreraient réunies, simultanément ou successivement, sur un même filament de mycélium, et ne seraient que les

Fig. 107. — Le Pénicillium- ferment (d'après Cocardas). Fructifications aériennes dans l'extrait de réglisse; les trois formes : Mucor (1), Pénicillium (2) et Aspergillus (3) sont portées sur un même filament mycélien A(grossi2'25 fois).

formes variées d'une espèce très polymorphe, le Pénicillium-ferment (Cocardas).

Notre figure représente, d'après cet auteur, les trois formes de fructifications, telles qu'il annonce les avoir vues au microscope réunies et portées par le même filament mycélien, à un grossissement de 225 fois.

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Chacune dos formes du Pénicillium se rattache à une altération particulière des sirops : dans les sirops troubles, le ferment est à l'état corpusculaire ou bactéridien; dans les sirops filants, à l'état zooglairien ou filamenteux simple; dans les sirops aigres, à l'état de fructification aquatique; enfin, dans les sirops moisis, à l'état de fructification aérienne.

Tel est le polymorphisme, véritablement surprenant, que M. Cocardas dit avoir observé en s'entourant des précautions ordinaires pour éviter tout au moins des erreurs grossières. Malgré les faits du même genre avancés précédemment, par Hallier notamment, mais trop souvent démentis par des recherches plus précises, il est permis de se demander s'il n'y a pas là Lout simplement un phénomène d'enchevêtrement, analogue à celui que l'on a supposé exister, à tort ou à raison, chez les lichens. — De nouvelles recherches, faites avec plus de précision, dans des liquides stérilisés, et en prenant les précautions les plus minutieuses, sont nécessaires avant qu'on puisse considérer ces faits comme définitivement acquis à la science.

Polymorphisme des champignons de la peau de l'homme. — Un polymorphisme qu'il est plus facile d'admettre, au moins en partie, est celui que Grawitz a signalé récemment dans le champignon du Favus ou Teigne faveuse, que nous avons décrit précédemment (p. 49) et figuré sous le nom à1 A chorion Schoenlenii.

D'après Grawitz, YAchorion Schoenlenii du favus, le Tî'ichophyton tonsiwans de l'herpès circiné (p. 52) et le Microsporon fur fur du Pityriasis versicolor (p. 54), ne sont que les formes diverses d'un seul et même parasite qu'il a pu cultiver artificiellement sur la gélatine, et

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POLYMOHPIIISME DES MICROBES.

dont il a pu reproduire ainsi successivement les apparences variéos.

Mais Grawitz va plus loin, et c'est ici que beaucoup de micrographes refuseront de le suivre. Il prétend que tous les champignons de la peau de l'homme ne sont que des formes, transplantées et modifiées par le milieu, de Y Oïdium lactis, moisissure blanchâtre que l'on rencontre sur le lait, le pain, la colle, les pommes de terre, etc.

De mèmeYOïdiuni albicans, champignon du muguet, serait, comme nous l'avons déjà dit (p. 58), spécifiquement identique au Saccharomyces mycoderma, ou fleur du vin (p. 72), ferment qui se développe à la surface des liquides acides et contenant peu de sucre, — et qu'il ne faut pas confondre avec le Mycoderma aceti, qui est une véritable bactérie, cause de la fermentation acide du vin et de la bière (voyez p. 81).

Plus récemment encore (1883), Malcolm Morris et G. C. Henderson ont avancé que, par la culture artificielle, dans la gélatine peptonisée à la température do 15 à 25 degrés, des spores de Trichophyton tonsurans avaient pu se développer en formant des filaments mycéliens ramifiés, qui se sont ensuite couverts de fructifications semblables à celles du Pénicillium.

Injections de spores de moisissures dans le sang. — Grawitz a essayé d'injecter dans le système vasculaire des lapins des spores de Pénicillium et d'Asperyillus avec l'idée d'arriver à démontrer leur transformation en bactéries. Il a obtenu ainsi la formation de petits foyers métastatiques dans les reins, le foie, les poumons, les muscles, etc. Les spores poussent des filaments mycéliens qui peuvent même produire des organes imparfaits

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