LE MÉLANGE DES MICROBES. 2C
de fructification, mais il n'a pu obtenir la formation de nouvelles spores. Gaffky, Koch et Leber ont repris ces expériences et ont montré que l'acclimatation d'une moisissure dans l'intérieur de l'économie était impossible quelles que soient, du reste, les lésions plus ou moins graves produites par l'introduction de ces corps étrangers dans les organes d'un animal à sang chaud.
Causes d'erreurs dans les expériences de laboratoires par suite du mélange involontaire de plusieurs microbes. — On doit d'aulant plus se mettre en garde contre le polymorphisme apparent ou réel de certains microbes, que les précautions les plus minutieuses ne suffisent pas toujours, dans les laboratoires, pour éviter tout mélange. Le professeur Klein, de Londres, en cite les exemples suivanLs.
Pendant qu'il étudiait le microbe du charbon dans son laboratoire de Broiun Institution, un de ses amis étudiait dans un cabinet voisin la maladie des jeunes cbiens. Cet ami, ayant injecté dans la veine d'un cochon d'Inde le sang d'un chien atteint de cette maladie, vit, à sa grande surprise, le cochon d'Inde mourir deux jours après avec tous les symptômes du charbon et des Bacillus anthracis dans le sang. Cependant il s'était servi pour cette injection d'une seringue hypodermique parfaitement neuve, tandis que le professeur Klein se servait exclusivement, pour ses propres injections, de pipettes de verre à pointe étirée à la lampe. Dans ce cas, il faut supposer que les bacilles et les spores du charbon avaient pu s'attacher aux vêtements de ce dernier, se répandre sur les tables et le parquet du second cabinet, et passer.de là dans les poils du cochon d'Inde au moment de l'expérience.
POLYMORPHISME DES MICROBES
Un autre opérateur, inoculant des tubercules de l'homme au cochon d'Inde, travaillait sur la même table où Klein faisait ses expériences sur le charbon. Deux des cochons d'Inde moururent avec des Bacillus anthracis dans le sang. Cependant on s'était toujours servi de pipettes à pointes récemment étirées et tous les instruments avaient été soigneusement flambés avant l'inoculation.
Dans un autre cas, au contraire, un cochon d'Inde inoculé avec une culture atténuée de Bacillus anthracis ne pouvant produire des accidents mortels est examiné au bout de quelques semaines et l'on trouve tous ses organes farcis de bacilles de la tuberculose. En remontant aux renseignements, Klein s'aperçut que le même jour il avait fait des expériences, dans le même laboratoire, sur la matière tuberculeuse ; mais il avait toujours eu soin de se servir d'instruments différents. Le même phénomène se produisit cbez un lapin qui mourut, non du charbon qu'on croyait lui avoir inoculé, mais de tuberculose généralisée. Le liquide de l'inoculation était évidemment impur.
Il est probable que les expériences de Biichner sur le bacille de la viande sont entachées d'une cause d'erreur semblable. En inoculant ce bacille à des souris, Biichner croyait reproduire le charbon chez ces animaux. Mais comme il avait fait de nombreuses expériences sur le charbon dans le même laboratoire, il est bien probable que ses cultures du bacille de la viande étaient impures, et que c'était le B. anthracis qu'il inoculait ainsi. La transformation du bacille de la viande en bacille du charbon reste donc à démontrer.
Micuobe nu Jequiiuty. — Voici encore un exemple
MICROBE DU JEQU1RITY. 209
•d'une erreur analogue, par suite de laquelle on a cru qu'un microbe simplement septiquo pouvait se transformer en microbe pathogène : le bacille du Jequirity. Cette substance, récemment importée de l'Inde est extraite des graines de Y Abrus precatorius, plante du groupe des Légumineuses. Quelques gouttes de l'infusion de ces graines portées sur l'œil produisent une conjonctivite que l'on provoque artificiellement pour faire disparaître les granulations dont la surface interne des paupières est quelquefois atteinte [trachoma). Dans l'Inde, on se servirait du même liquide pour tuer les bestiaux par simple piqûre et leur enlever ensuite la peau.
Or Saltler, ayant vu l'infusion de jequirity se remplir en quelques heures de bacilles mobiles semblables au Bacillas subtilis de l'infusion de foin (fig\ 80), fit des cultures de ce bacille et reproduisit, à l'aide de ces cultures, une ophthalmie grave sur l'œil des lapins. Néanmoins il constata que ce microbe, répandu dans l'air, est inoffensif; il ne manifeste ses propriétés pathogènes que lorsqu'il est cultivé dans l'infusion de jequirity. Cependant Sattler attribue au microbe l'action pathogène de cette substance.
Klein, ayant repris ses expériences avec beaucoup de soin, est arrivé à débrouiller les contradictions qui semblent résulter des recherches de Sattler. Il a démontré que le bacille du jequirity, à lui seul, ne peut pas plus produire une ophthalmie infectieuse que le bacille de la viande de Buchner ne peut produire le charbon. Le principe vénéneux du jequirity est un ferment chimique [Abrine], analogue à la pepsine et indépendant de tout microbe, et son prétendu bacille ne diffère probablement pas spécifiquement du Bacillus subtilis.
POLYMORPHISME DES MICROBES
La transformation d'un microbe primitivement inoffensif en un microbe pathogène est donc encore à démontrer, et tous les faits connus contredisent la possibilité d'une telle transformation.
Microbes sei'tiques et microbes pathogènes. — Ceci nous amène à définir, d'une façon plus précise que nous ne l'avons fait jusqu'ici, les termes de microbes septiques et de microbes pathogènes, qui sont d'un usage courant en bactériologie.
On appelle septiques les microbes ou bactéries qui vivent en général dans les matières organiques en décomposition et dans les cadavres. On trouve ces microbes ou leurs spores dans l'air, dans l'eau et dans le sol, dans la bouche et le canal intestinal de l'homme et des animaux en bonne santé; mais ils se développent en plus grande abondance partout où se trouvent des tissus morts ou malades : dans le pus, dans la sécrétion bronchique du catarrhe pulmonaire, à la surface des ulcérations intestinales, etc. Tels sont le Bacterium termo, le Bacillus subtilis, les microbes de la putréfaction, de la sueur des pieds, etc., dont nous avons précédemment parlé ; tels sont encore le bacille de l'infusion de viande de Bùchner, celui du jequirity de Sattler, et enfin VA spercjillus de Grawitz, cités dans le présent chapitre.
Ces divers microbes, inoculés ou injectés dans le sang, peuvent bien produire différents désordres qui, dans le premier cas, restent toujours locaux (œdème), dans le second se réduisent à des foyers métastatiques enkystés dans les divers organes (foie, rein, poumon), ou bien produisent une infection générale du sang, comme dans la septicémie provoquée chez les lapins par Davaine,en leur inoculant du sang de bœuf putréfié. Ces lapins meurent
LES MICROBES SEPTIQUES.
en deux jours et l'on trouve leur sang rempli de Bâclerium termo. Le même résultat est obtenu par Pasteur et Kochcn inoculant tout simplement aux cochons d'Inde et aux souris un peu de terre ou d'eau putréfiée, contenant évidemment le même organisme. Mais dans aucun cas on ne produit par ce moyen une maladie bien caractérisée, ayant ses symptômes propres, épidémique ou contagieuse, analogue à l'érysipèle, au charbon, à la tuberculose ou au choléra. De là le nom de septicémies expérimentales qu'on a donné à ces maladies qui n'existent pas dans la nature .
On appelle pathogènes, au contraire, les microbes dont la présence caractérise toujours une maladie particulière, épidémique ou contagieuse, ayant ses symptômes et ses lésions spéciales, quel que soit du reste le siège de ce microbe (dans le sang, l'intimité des organes, ou simplement à la surface du canal digestif). Tels sont les microbes du charbon, de la tuberculose et du choléra, maladies qui existent dans la nature et ne sont pas seulement le fait de l'expérimentation par l'homme. Jusqu-à présent on n'a pu transformer un microbe septique en un microbe réellement pathogène, ni créer, par conséquent, de toutes pièces, une maladie nouvelle caractérisée par le développement de ce microbe dans le corps de l'homme ou des animaux.
Il est à remarquer en outre, et c'est là une particularité qui semble commune aux deux classes de microbes, que certaines bactéries produisent des effets très différents suivant les animaux dans le corps desquels on les introduit. Ainsi la septicémie expérimentale des lapins et celle des souris ne peuvent s'inoculer aux codions d'Inde : de même, le chien et le porc sont plus ou moins
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rél'ractairés à l'inoculation du charbon. Enfin, dans' certains cas, en cherchant à inoculer une maladie contagieuse à un animal, on produit simplement une septicémie qu'il ne faut pas confondre avec cette maladie. Ce résultat n'a rien qui doive étonner ceux qui savent que certaines espèces de plantes, qui sont des poisons pour l'homme, sont mangées sans inconvénient par beaucoup d'animaux. Mais il est bon d'être prévenu de ce fait et d'en tenir compte, dans les laboratoires, quand on fait des expériences d'inoculation sur un animal de telle ou telle espèce.