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CHAPITRE IX

CONCLUSION

LA THÉORIE MICROBIENNE COMPARÉE AUX AUTRES THÉORIES PROPOSÉES POUR EXPLIQUER L'ORIGINE DES MALADIES CONTAGIEUSES

Il s'en faut de beaucoup que la théorie parasitaire des maladies contagieuses soit adoptée par la généralité des médecins : cette théorie rencontre en ce moment une vive opposition de la part de praticiens haut placés qui se sont faits les champions de la théorie de l'innéité des maladies. Pour eux, la maladie se développe chez le malade spontanément ou tout au moins sous l'influence d'un contage dont la nature est encore inconnue : lorsqu'on rencontre des microbes dans le sang- des malades, ce n'est là qu'une complication secondaire : ces microbes ne sont pas la cause de la maladie, ils n'en sont même pas l'élément contagieux ni le véhicule du contage. En un mot, la théorie microbienne est une hypothèse purement gratuite.

Admettons avec eux que la théorie microbienne n'esl qu'une hypothèse et comparons-la aux autres hypothèses que l'on a proposées pour expliquer la nature virulente

trouessart. — Microbes. 18

CONCLUSION

et contagieuse de certaines maladies. Cette comparaison pourra jeter quelque jour sur la question en litige.

La valeur d'une hypothèse se mesure au nombre et à l'importance des faits dont elle donne une explication claire, précise, et véritablement scientifique : elle se mesure aussi aux progrès qu'elle fait faire à la science. Passons donc en revue les principales théories que l'on a proposées pour expliquer l'origine des maladies virulentes et contagieuses, sans l'intervention des microbes.

Théorie des Blastèmes de M. Robin. — Bien que M. Robin n'ait rien publié récemment (à notre connaissance du moins), au sujet de son opinion sur la valeur de la théorie microbienne, quelques-uns de ses élèves ont mis en avant la théorie exposée par le maître dans des livres dont la publication remonte à dis ou vingt ans.

Pour M. Robin, toute cellule ne naît pas d'une autre cellule, sous forme de bourgeon, d'œuf ou de spore. Sans doute la génération spontanée aux dépens d'éléments d'origine exclusivement minérale n'existe pas ; mais cette génération, cette genèse, se fait journellement aux dépens d'une matière organisée, vivante, mais liquide et amorphe, qui dérive des autres cellules préexistantes. C'est ce liquide que M. Robin désigne sous le uom de blastème. Le blastème est l'excédent de la substance nutritive, organisée des cellules, que celles-ci exsudent autour d'elles; de nouvelles cellules peuvent se former, de toutes pièces, aux dépens de ce blastème, sans dériver d'une cellule plutôt que d'une autre. C'est ainsi que se produisent, d'après M. Robin, les globules du pus qui sont une création nouvelle, le résultat de l'organisation d'un liquide exsudé dans tous les organes, et nullement le produit du gonflement, de la prolifération et du bour-

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geonnemcnt des cellules préexistantes, comme on l'admet dans d'autres théories et notamment dans celles de MM. Schiff et Colmheim.

Ceci posé, l'origine de toutes les maladies sera dans une altération chimique ou physiologique desblastèmes, qui tantôt produisent des cellules normales propres à remplacer celles qui meurent par l'usure naturelle des organes, et tantôt engendrent des cellules maladives et dangereuses, soit par leur trop grand nombre comme dans l'infection purulente, soit par leur nature spéciale comme dans le tubercule et le cancer. Mais laissons parler M. Robin lui-même : « La cause des troubles morbides est due à des changements survenus dans la quantité et la nature des principes immédiats de la substance même des tissus et des humeurs. Ce sont alors ces altérations qui rendent possible le développement de spores de très petit volume. La multiplication des végétaux microscopiques est un épiphénomène et non la cause déterminante et scientifique même. La présence du parasite végétal est une complication prise pour la cause. » [Histoire 'naturelle Ides végétaux parasites de l'homme, 1853, p. 287.)

Ceci a été écrit il y a trente ans, et il est permis de se demander si les progrès immenses accomplis depuis cette époque n'ont pas modifié quelque peu l'opinion de l'auteur. M. Joussct de Bellesme a-t-il bien le droit de s'emparer aujourd'hui de ces paroles et de les paraphraser de la manière suivante 1 : « Le microbe, lorsqu'il existe réellement, n'est qu'un épiphénomène, et ce ne serait pas trop s'avancer que de prétendre qu'aucun

1. Notes et souvenirs sur Cl. Bernard (Revue internationale des Sciences biologiques, 1882, II, p. 442).

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élément nouveau n'intervient ni dans la variole, ni dans la scarlatine, ni dans le tubercule, mais qu'il ne se fait dans ce cas que des exagérations, des 'proliférations d'éléments normaux, qui, sors l'influence de conditions tout a fait obscures, évoluent d'une manière tout à fait inusitée?... »

La définition que donne M. Jousset de Bellcsme n'est pas celle des maladies contagieuses, mais bien celle des maladies que l'on réunit sous le nom vulgaire et général de cancers. Est-ce à dire qu'il assimile ces maladies aux cancers? Mais une telle assimilation est impossible : chacun sait que le cancer n'est pas contagieux ; ce seul fait creuse un abîme entre les deux genres d'affections. Non seulement le cancer n'est ni contagieux ni inoculable, mais encore il n'est héréditaire que dans un dixième environ des cas : c'est le contraire pour la tuberculose, maladie contagieuse, parce qu'elle est une maladie à microbe, et que l'on peut bien dire héréditaire dans les neuf dixièmes des cas.

Ainsi donc la théorie de M. Jousset de Bellesme n'explique rien, et passe absolument à côté de la question puisqu'elle ne dit rien ni de la contagion ni de la virulence, et c'est là précisément le point essentiel qu'il s'agit d'éclaircir. Mais revenons à la théorie de M. Robin.

En disant que le microbe ne se développe que dans des tissus déjà altérés, M. Robin n'est pas si loin de la théorie parasitaire que ses élèves veulent bien le dire. Qu'importe que le microbe ne soit qu'une complication, un épiphénomène, si ce phénomène secondaire domine toute la maladie et lui imprime son caractère dangereux, sa nature contagieuse et virulente? Dans la piqûre de la vipère, ce n'est pas la morsure des dents de ranimai qui

est dangereuse, mais bien l'introduction du venin qui en découle, c'est-à-dire l'épiphénomène : il en est de même dans la piqûre anatomique.

. Deux hommes sont atteints de pneumonie dans les mêmes circonstances : le premier guérira facilement parce qu'il n'a que 30 ans, le second est presque fatalement condamné parce qu'il en a 75 : dira-t-on qu'il est mort de vieillesse et que la pneumonie n'est qu'un épiphénomène?

L'oïdium et le phylloxéra ont envahi nos vignes épuisées par une culture intensive : niera-t-on pour cela que l'oïdium et le phylloxéra ne constituent deuxmaladies très dangereuses, et dira-t-on que ce sont des épiphénomèncs?

Il est donc évident que la théorie de M. Robin, telle que ses élèves nous la présentent (en allant l'exhumer d'écrits qui remontent à vingt ou trento ans), n'est plus au courant de la science, et dans tous les cas n'est pas applicable aux maladies virulentes et contagieuses.

Théorie de M. Charlton Bastian et des médecins anglais de son école. — Cette théorie du contradicteur le plus ardent des Tyndall et des Pasteur se trouve développée dans les écrits de MM. Lewis et Lionel S. Beale. Elle diffère à peine de la précédente. Pour M. Lewis, « il est de toute évidence que les microphytes du sang- ne sont que des épiphénomèiies ; que le changement des liquides du corps se fait avant qu'on puisse découvrir la moindre trace de leur présence 1 ». Comme on voit, c'est la théorie de M. Robin.

M. Beale est plus exclusif et plus absolu encore 2.

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