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LES ASCOMYCÈTES; L'ERGOT DE SEIGLE

un sac ou enveloppe spéciale que l'on appelle asque : d'où le nom de la famille. Les truffes ou Tubéracées ne se reproduisent que par ces spores renfermées dans les asques; mais la plupart des autres ascomycètes présentent, en outre, plusieurs formes de spores et le phénomène de la génération alternante a fait croire ici, comme dans le groupe précédent, à l'existence d'un grand nombre d'espèces qui ne sont que des transformations successives d'une seule et même espèce. Tel est le cas pour l'ergot de seigle, production que l'on utilise en médecine, mais qui n'en constitue pas moins une maladie très grave et très dangereuse de plusieurs de nos céréales, et particulièrement du seigle (fig. 8).

Yî ergot est causé par un petit champignon parasite qui envahit l'épi de seigle au moment où il est en fleur. On voit la jeune fleur enveloppée d'une masse blanche, formée de spores microscopiques (fig. 9). C'est ce qu'on appelait autrefois la sphacélie. Ces spores peuvent se propager à d'autres fleurs et y reproduire la maladie.

Le mycélium formé par la germination de la sphacélie envahit le grain, y forme un feutrage très dense et se développe de manière à former ce corps allongé que l'on appelle sclérote, à cause de sa dureté, ou ergot; c'est alors le Claviceps purpurea. La sphacélie qui le recouvrait d'abord tombe, et l'ergot reste stationnaire, jusqu'au printemps suivant, sur le sol où il est tombé.

A ce moment, par l'effet de la chaleur et de l'humidité, les filaments du sclérote se gonflent et poussent des branches nombreuses qui portent à leur sommet une sorte de tête arrondie dans laquelle se développent les asques ou périthèces (fig. 10,11,12); les spores endogènes qui sortiront de ces asques iront germer sur une fleur

de seigle, y produiront une nouvelle sphacélie, puis un nouvel ergot, et ainsi de suite en passant toujours par le même cercle de la génération alternante.

Fig. 8. — Épi de seigle Kig. 10. — Ergot portant les

avec plusieurs grains organes de fructification

d'ergots. (grossi).

La plupart des graminées et beaucoup de cypéracées peuvent fournir des ergots comparables à celui du seigle

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et jouissant des mêmes propriétés médicales. On a proposé do remplacer l'ergot de seigle par celui du blé qui est plus gros, moins allongé et plus dur que celui du seigle : il paraît se conserver mieux que celui-ci.

L'ergot de seigle, et surtout sa poudre, a une odeur de viande bien marquée, qui ne devient désagréable que lorsque cette poudre, conservée dans un lieu humià>, s'est altérée : elle prend alors une odeur de poisson pourri,

Fig. 11.— Une des tètes Fig. 12. — Portion de la figure précédente (à un

ou organes de fructifi- très fort grossissement), montrant en 6 les

cation de l'ergot plus asques et en c les spores sortant des asques

fortement grossie : a, ou périthèces.

périthèces.

comparable à celle de beaucoup d'autres champignons.

Sa saveur est d'abord peu sensible ; mais il détermine ensuite une sensation de resserrement assez persistante dans l'arrière-bouche. Ce médicament agit surtout en faisant contracter les fibres musculaires, et spécialement celles de l'utérus. On en extrait l'ergotine et l'ergotinine qui sont ses principes actifs, et sont souvent employées aujourd'hui en thérapeutique de préférence à l'ergot brut.

A dose élevée, l'ergot est un poison violent. Il produit alors des accidents caractéristiques, dilate la pupille,

ralentit la circulation, cause des vertiges, de l'assoupissement, et peut même déterminer la mort.

Le pain fait avec une farine dont on a négligé de séparer les grains d'ergot, peut produire des accidents graves connus sous le nom d 'Ergotisme, et qui deviennent promptement mortels si l'usage de ce pain est continué. Tantôt alors ce sont les symptômes nerveux qui prédominont, c'est 1' 'ergolisme convulsif; tanLôt la maladie s'accuse surtout par la gangrène des extrémités, c'est Yergotisme gangreneux, mais ces deux formes ne sont que deux phases d'une seule et même maladie et se rencontrent souvent chez le même individu. Dans les pays où le pain de seigle constitue la base de l'alimentation des populations rurales, comme dans le Brabant, le nord de la France, l'Orléanais et le Blaisois, on a signalé à différentes époques des épidémies meurtrières que l'on désignait, au moyen âge, sous le nom de Feu Saint- Antoine, Mal des ardents. Les premiers symptômes sont une sorte d'ivresse gaie que les paysans recherchent et dont ils se font une habitude, comme de l'ivresse alcoolique, jusqu'au moment où les symptômes convulsif s et la gangrène éclatent^, suivis bientôt d'une terminaison funeste.

L'ergot du maïs produit des phénomènes analogues ; il paraît être la cause de la maladie connue, dans les pays où l'on fait du pain ou des galettes de maïs, en Italie et dans l'Amérique du Sud, sous le nom impropre de Pelade1, et dont le premier symptôme est la chute des

1. Nous verrons plus loin que le nom de Pelade a été appliqué antérieurement à une autre affection parasitaire spéciale au cuir chevelu. Il ne faut pas confondre ces deux maladies, malgré la ressemblance de nom, car elles sont dues à deux champignons de groupes différents.

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