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LES MICROBES PROPREMENT DITS, OU BACTÉRIES

Ainsi qu'on a pu le voir dans le chapitre précédent, il n'existe pas de limite bien tranchée entre les ferments et les bactéries, pas plus qu'entre les ferments et les champignons, ou entre ceux-ci et les bactéries. La taille plus petite est la principale différence qui sépare les bactéries des levures dont elles ont, du reste, en grande partie les formes et l'organisation. Il est telle bactérie de grande taille, le Leptothrix buccalis par exemple, si commun dans la bouche de l'homme, même bien portant, qui ressemble beaucoup dans son mode de végétation aux champignons inférieurs qui ont le même habitat, comme YOïdium albicans. Cependant celui-ci est considéré comme un champignon et le premier comme une algue par les botanistes les plus compétents en cryptogamie : il n'en est pas moins permis de dire que les deux classes des algues et des champignons se touchent et se confondent par leurs formes les plus inférieures, et ont

probablement une origine commune, — de même que les deux règnes se touchent par leurs formes les plus inférieures que l'on a réunies dans le règne des Protistes.

Les Microbes, Bactéries {Schizophytes ou ScJiizomycètes), se présentent, dans les liquides examinés au microscope, sous forme de petites cellules ovales, arrondies ou allongées et cylindriques (bâtonnets), libres ou réunies deux à deux, ou en chaînes articulées et en chapelets (fig. 48). Les plus grandes de ces cellules ont deux millièmes de millimètre, et les plus petites un demi-

Fig. 48. — Ferment du vinaigre (Afycoderma aceti), montrant les différentes formes de Bactéries libres ou en chapelets (fortement grossi).

millième de millimètre ; c'est-à-dire qu'il faudrait au moins 500 des premiers et 2,000 des seconds placés bout à bout pour faire une longueur d'un millimètre . On conçoit donc sans peine qu'il soit nécessaire d'employer de très forts grossissements (de 500 à 1,000 fois et plus), pour voir distinctement ces êtres au microscope.

Il est une bactérie excessivement commune partout et qu'il est très facile de se procurer pour l'étudier au microscope : c'est le Bacterium termo ou microbe des eaux corrompues. Cette bactérie est du reste tout à fait sans danger, puisqu'il n'est guère d'eau potable qui n'en contienne en plus ou moins grande quantité. Pour se la procurer en nombre, il suffit de remplir à moitié un

Trouessaut. — Microbes. 6

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verre d'eau ordinaire de source ou de rivière, et de l'abandonner pendant quelques jours sur une table ou sur une cheminée en ayant soin de ne pas le recouvrir pour permettre l'accès de l'air. On voit bientôt se former à la surface du liquide une mince pellicule qui semble un dépôt de fine poussière : cette poussière est formée par des myriades de bactéries. Si l'on prend une goutte de l'eau où flotte cette poussière et qu'on l'étende entre deux lamelles de verre mince pour l'examiner au microscope avecun grossissement d'environ 500 diamètres, dès que l'instrument est bien au point, on assiste à un spectacle véritablement saisissant.

Tout le champ du microscope est en mouvement : des centaines de bactéries pareilles à de petits vers transparents nagent dans tous les sens, avec un mouvement ondulatoire semblable à celui d'une anguille ou d'un serpent. Les unes sont libres, d'autres sont réunies deux à deux ou en plus grand nombre sous forme de chaînes, d'autres ont l'apparence de chapelets ou de bâtonnets cylindriques dont l'intérieur serait cloisonné ou articulé (fig. 49) ; celles-ci ne sont que des états moins avancés ou plus jeunes des premières; enfin on voit une foule de petits globules qui résultent de la rupture des chapelets. Toutes ces formes représentent les différentes transformations du Bacterium termo, ou microbe de la putréfaction. Ceux qui sont morts figurent de petits bâtonnets rigides et immobiles.

En voyant les mouvements très vifs dont ces petits organismes sont animés, on serait tenté de les prendre pour des animaux. Mais on sait que le mouvement, considéré en lui-même, n'est pas spécial au règne animal. Sans parler des mouvements provoqués chez la Saisi-

tive et chez un grand nombre d'autres plantes, il est bon de se rappeler que beaucoup do végétaux inférieurs ont des mouvements : telles sont les Diatomées qui sont incontestablement des végétaux par leur chlorophylle. Les spores de végétaux d'une organisation beaucoup plus élevée tels que les Fougères et les Mousses, ont dans l'eau des mouvements de natation absolument semblables à ceux des Bactéries, et c'est ce qui leur a

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Fig. 49. — Bacterium termo à divers états de développements, a-h (fortement grossi).

valu le nom de Zoospores, bien que beaucoup d'entre elles contiennent de la chlorophylle.

Les mouvements des Bactéries sont dus comme ceux des zoospores à la présence de cils vibratiles, qui sont insérés aux deux extrémités ou seulement h l'extrémité postérieure du microbe, et qui forment un organe propulseur analogue à la queue des têtards. Ces organes sont très transparents et très difficiles à voir sur le vivant, même avec les plus forts grossissements, en raison de la rapidité de leurs mouvements. Mais on a reconnu leur existence en fixant les bactéries au moyen

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de liquides colorants, et surtout en en prenant des photographies microscopiques.

Cependant, si l'on étudie et si l'on analyse le mode de locomotion du Bacterium termo, si on le compare surtout aux mouvements des infusoires ciliés ou flagellés que Ton voit souvent nager avec lui dans le champ du microscope, on est frappé de la différence. L'infusoire va et vient, court ou se promène lentement, recule et se déplace à droite et à gauche : en un mot, ses mouvements trahissent une sorte de volonté. — On n'observe rien de semblable chez la bactérie : le mouvement ondulatoire dont elle est animée est toujours le même et la pousse droit devant elle, comme une pierre lancée par une fronde : jamais elle ne recule ni ne dévie volontairement, mais seulement sous l'influence d'une impulsion étrangère comme celle d'une autre bactérie qu'elle rencontre sur son chemin, absolument comme un projectile qui rebondit contre un mur. Lorsque l'une d'elles rencontre un obstacle, elle reste indéfiniment devant cet obstacle ondulant sans jamais s'arrêter, et sans donner aucun signe de lassitude, jusqu'à ce qu'une cause étrangère quelconque la faisant glisser à droite ou à gauche, vienne la délivrer. On voit souvent des amas singulièrement enchevêtrés de ces bactéries, peut-être agglutinées par leurs cils ou par quelque substance particulière, et dont les individus ondulent de cette manière jusqu'à ce que la rupture de cette espèce de pelote leur permette de partir dans toutes les directions. Ces organismes sont donc bien des végétaux, même par le caractère de leurs mouvements, comme par tout le reste de leur organisation.

Chaque cellule de bactéries se compose d'une enve-

loppe formée de cellulose, comme nous l'avons vu pour les ferments, et d'un protoplasma intérieur. La multiplication par scission s'opère exactement comme chez ceux-ci : il en est de même de la formation des spores : dans certaines circonstances, lorsque le liquide nutritif vient à se dessécher, le protoplasma intérieur se contracte et constitue les spores, qui, mises en liberté par la rupture de l'enveloppe, germeront et donneront naissance à de nouvelles bactéries. La seule différence, c'est que les ferments peuvent produire plusieurs spores dans chaque cellule, tandis que les bactéries n'en produisent jamais qu'une seule.

Pendant longtemps, comme nous l'avons dit, on a considéré les bactéries comme des champignons sous le nom de Schizomycètes. Cependantles recherches récentes faites sur leur organisation et surtout sur leur mode de reproduction ont montré qu'on devait les rapprocher d'un groupe d'Algues inférieures qu'on appelle les Pkycochrotnycées, et qui comprend les Oscillaires, les Nostocs et les Chroococcus généralement pourvus de chlorophylle : les bactéries représentent un groupe parallèle dépourvu de chlorophylle. M. Zopf, dans un travail récent, va beaucoup plus loin : il admet que la même espèce d'algue peut se présenter tantôt sous forme d'un végétal vivant librement dans l'eau ou dans le sol humide à l'aide d'un protoplasma pourvu de chlorophylle, et tantôt sous forme de bactérie ou de microbe parasite dépourvu de chlorophylle, et se nourrissant aux dépens des matières organiques précédemment élaborées par les animaux et les végétaux, s'accommodant ainsi, suivant les circonstances, à deux modes d'existence très différents.

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