FERMENTATION PUTRIDE OU CADAVÉRIQUE
et de bactéries avides de ces gaz dont elles empêchent la pénétration dans les parties profondes du liquide.
A partir de ce moment, celui-ci devient le siège de deux actions bien distinctes. Aux globules libres et aux zooglées ont succédé dans l'intérieur du liquide des vibrions qui paraissent n'être qu'un état de transformation supérieure de ces globules. Ces microbes se multiplient, changent les matières albuminoïdes en substances plus simples : cellulose insoluble, corps gras, et matières
Fig. 61. — Bacilles de la putréfaction (d'après Rosenbach). Fort. gr.
gazeuses putrides, tandis que ceux de la surface comburent activement les produits de ces dédoublements et les transforment en acide carbonique, azote, composés oxygénés de l'azote, etc. On s'explique ainsi que lorsque l'oxygène n'est pas fourni en quantité suffisante, la putréfaction peut bien commencer, mais qu'elle languit et finit par s'arrêter.
La cause des odeurs fétides qui s'échappent des corps et des liquides en putréfaction est mal connue : on peut l'attribuer aux gaz (hydrogène carboné, phosphoré, su! furé et composés ammoniacaux) qui se dégagent, et à l'entraînement de particules organiques en décomposition On y rencontre en outre les acides formiquc, acé-
LES MICRO H KS OU BACTÉRIES
liqao, lactique, butyrique, valériànique, caproïque, généralement combinés à l'ammoniaque, et des acides gras >\ui sont l'un dos termes des dédoublements successifs des matières albuminoïdes.
Quand les gaz se sont dégagés, il reste une substance comparable à V humus ou terre végétale, riche en graisses, en selsterreux et ammoniacaux, enphosphates et en nitrates, et qui par conséquent constitue un engrais puissant très propre à servir à la nourriture des plantes.
C'est là, à la fois, le premier et le dernier terme de ce cercle sans fin, qui constitue l'équilibre de la nature, pour laquelle rien ne se crée, rien ne se perd, et qui veut que les plantes puisent dans le sol et dans l'air leur nourriture sous forme de solutions minérales, — que les plantes soient dévorées par les animaux ou par d'autres parasites, — puis que les animaux à leur tour soient dévorés par des végétaux microscopiques (microbes), et reviennent parla putréfaction à l'état de sels minéraux qui se dissoudront dans le sol et serviront de nouveau à la nutrition des plantes.
On ne peut s'empêcher en même temps d'être frappé de la ressemblance qui existe entre ces phénomènes de la fermentation putride et ceux qui se produisent dans les fermentations qui accompagnent la nutrition des animaux et des végétaux. La germination, les diverses digestions buccale, stomacale, intestinale, etc., ne sont que des fermentations, au point que paraphrasant une expression célèbre de la Bible (et -quia pulvis es et reverteris in pulverem — ■ « homme, tu n'es que poussière et tu retourneras en poussière »), M. Mitscherlich a pu dire : « La vie n'est qu'une pourriture. »
Rappelons cependant à ce sujet que les fermentations
LES MIÇUOBES AÉROBIES KT ANAÉ1101UK S. III
sont essentiellement des phénomènes de dédoublement qw réduisent toujours les substances organiques complexes en substances plus simples. Les végétaux pourvus de chlorophylle au contraire possèdent seuls la propriété de former des composés complexes à l'aide de substances purement minérales; les animaux et les végétaux sans chlorophylle défont, pour se nourrir, l'édifice complexe élaboré par les parties vertes des plantes, et celles-ci se comportent de la même manière, à leur propre profit, dans leurs organes dépourvus de chlorophylle, dans la graine et l'embryon par exemple.
LES MICROBES AÉROBIES ET AN AÉROBIES
Nous avons vu que les microbes peuvent présenter aux dilférentes époques de leur existence, et suivant la nature du milieu- où ils se trouvent, des formes très diverses. Ainsi le même organisme qui se montre d'abord sous forme de globules isolés (Microcoecus) ou réunis par une sorte d'enduit mucilagineux en colonies plus ou moins nombreuses (Zooglœa), redevenu libre, peut s'allonger en forme de biscuit ou de 8 de chiffre formé de deux cellules prêtes à se séparer, ou en contenir un plus grand nombre en forme de bâtonnet articulé droit (Bacterium), ou courbe, sinueux, et même spiralé ( Vibrio, Spirillum, Spirochœte) , mais toujours plus ou moins mobiles, ou bien former de longs filaments immobiles (Bacillns), etc.
Les mœurs et le genre de vie établissent aussi des
LES MlCHÔlîES OU BACTÉRIES.
catégories bien tranchées parmi les microbes. Les uns ne peuvent vivre qu'en respirant l'oxygène en nature, et par conséquent en l'empruntant à l'air atmosphérique : on conçoit qu'ils ne puissent exister qu'à la surface des liquides, ou des substances organiques dont ils se nourrissent : on les appelle aérobies (qui vivent à l'air). Les autres, au contraire, peuvent vivre dans la profondeur des liquides et des organismes vivants ou en voie de décomposition, et doivent nécessairement alors emprun-
Fig. 63. — Vibrio rugula h divers état de développement (anaérobiej. Fortement grossi.
ter l'oxygène nécessaire à leur respiration aux substances oxygénées au milieu desquelles ils se trouvent : on les appelle anaérobies (ou qui vivent sans air).
Cette dislinction, et la théorie sur laquelle elle repose, ont été introduites dans la science par M. Pasteur, et semblent bien fondée sur l'observation des faits. Ainsi le Baètetilim termo, qui vit' à la surface des liquides en putréfaction, est aérobie, tandis que le Vibrio rugula(fig.QS) qui vit dans l'intérieur même du liquide, au-dessous de la couche formée par le précédent, est anaérobie et doit emprunter l'oxygène à l'eau ou aux substances solides qui s'y trouvent en suspension et en dissolution, et même à d'autres microbes. De même la levure supérieure
LES MICROBES DES EAUX SULFUREUSES. Ii3
de bière est aérobie, tandis que la levure inférieure est anaérobie, etc. M. Paul Bert considère les globules du sang et les cellules qui composent tous nos tissus comme de véritables microbes anaérobies; les mircobes qui s'introduisent dans le sang et sont la cause d'un certain nombre de maladies, le sont également : nous verrons bientôt les conséquences très importantes de ce fait qu'il était indispensable de signaler dès à présent.