LES MICROBES DESTRUCTEURS DES MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION
Les microbes qui détruisent les cadavres et effectuent dans la nature un si grand nombre de transformations diverses, peuvent-ils s'attaquer non seulement aux bois de charpente de nos maisons, comme nous l'avons vu précédemment, mais encore aux matériaux de nature minérale, aux pierres qui entrent dans la composition de ces édifices? Une observation de M. Parize, directeur de la station agronomique de Morlaix, pourrait le faire croire.
Examinant un jour quelques mucédinées qui avaient végété sur une cloison en briques, dans un local fermé, un peu humide, M. Parize remarqua que le revêtement en plâtre présentait des boursouflures : en perçant l'une d'elles, il en sortit une poussière rouge très fine provenant de la pulvérisation de la brique. Au microscope, sous un grossissement de 300 diamètres environ, il vit au milieu de débris schistoïdes, de diatomées et d'algues silicieuses provenant de l'argile primitive des briques, un nombre immense de microbes parfaitement vivants : micrococcus, bactéries, amibes et spores d'algues ciliées se mouvant rapidement dans la goutte d'eau qui avait servi à délayer cette poussière. Quelques-uns étaient en voie de bourgeonnement. Ces organismes existaient donc sous un revêtement de 5 à 6 millimètres do plâtre,
LES MICUOHES OU BACTÉRIES
et mémo à 30 millimètres au fond d'un trou percé au vilebrequin; mais, dans ce cas, ils étaient moins nombreux (dans la proportion de 100 au lieu de 150 dans le premier cas). Les germes et les spores de l'air et de l'eau pet^ent donc se conserver indéfiniment dans un milieu protecteur tel qu'un mur de brique recouvert de plâtre : ils peuvent se nourrir aux dépens de sels ammoniacaux qui se trouvent à l'état gazeux dans l'air et qui sont fixés par l'humidité atmosphérique, et il est probable qu'ils n'empruntent que très peu de chose aux matériaux solides au milieu desquels ils vivent, bien que, par leur multiplication, ils puissent produire leur désagrégation. De là, surtout au point de vue hygiénique, l'utilité de la désinfection des murs des hôpitaux, des casernes, des écuries, etc., par le grattage et le blanchiment.
M. Parize croit en outre que les microbes peuvent jouer dans la nature un certain rôle géologique en désagrégeant les roches schistoïdes qui entrent dans la constitution du sol arable. Mais il s'agit toujours ici de microbes d'origine récente, puisque la température à laquelle on porte l'argile pour en faire des briques (le rouge sombre) tue très certainement tous les microbes et leurs germes. Il n'en est pas de même des microbes delà craie qui auraient une origine très ancienne d'après M. Béchamp.