LE CHARBON OU SANG DE HAÏE
Le microbe auquel M. Davaino avail donné le nom de bactéridie rentre par ses caractères dans le genre Bacillus : on le désigne aujourd'hui sous le nom de Bacillus anthracis on Bacille du charbon (fig. 68, 69). L'affection, qui peut se rencontrer chez l'homme comme chez les animaux, est caractérisée par l'abattement général, la rougeur et la congestion des yeux, la respiralion courte et inégale, la formation d'abcès qui, chez
Fig.6S. — Bacille du charbon ou sany de rate àdivers états de développement; bacilles, spores et filaments enroulés (fortement grossi).
l'homme, ont valu à la maladie le nom de Pustule maligne. La mort arrive très rapidement, et à l'autopsie on trouve le sang noir, des hémorrhagies intestinales, et la rate plus grosse et plus pesante qu'à l'état normal et comme gorgée de sang, d'où le nom de sang de rate. L'affection est généralement inoculée par la piqûre de mouches qui ont absorbé des bactéries en se posant sur les cadavres ou bien par des écorchures accidentelles comme c'est souvent le cas chez les équarrisseurs et les bouchers qui manient et brisent les os des animaux morts du charbon.
L'incubation est très courte. On voit souvent un bœuf,
après avoir travaillé, rentrer à l'étable avec toutes les apparences de la bonne santé. Il mange comme à l'ordinaire, puis se couche sur le flanc et souffle bruyamment l'œil restant limpide; subitement la tête retombe lourdement; le corps se refroidit; au bout d'une heure l'œil devient fixe : l'animal se relève dans un dernier effort, puis tombe raide mort. La maladie n'a pas duré, dans ce cas, plus d'une heure et demie (L. Empis). Pour montrer que la maladie est bien causée par le
Fig. 69. — Bacilles du charbon clans le sang d'un cochon d'Inde, a la suite d'une inoculation : on voit les globules du sang et les bacilles.
Bacillus anthracis, M. Pasteur sema une très petite goutte de sang- d'un animal récemment mort du charbon dans un ballon de verre contenant du bouillon de levure neutralisé par la potasse et préalablement stérilisé de tous les germes. En vingt-quatre heures, le liquide qui était limpide se montra rempli de flocons très légers fournis par des masses de 5ac?7/«sbienreconuaissablesau microscope. Une goutte de ce premier ballon ensemença un second qui se comporta comme le premier; puis une goutte de celui-ci un troisième, et ainsi de suite. Il ne restait ainsi que l'organisme parfaitement débarrassé debout ce qui lui était étranger dans le sang primitif,