‹ Les microbes, les ferments et les moisissuresChapitre 98 sur 167 · HY.GIÈN;E DES EAUX POTABLES · texte numérisé non relu

HY.GIÈN;E DES EAUX POTABLES

prix d'achat, relativement modique, d'un instrument presque inusable.

Cependant le filtre ordinairo n'arrête qu'entrés petite

Fig. 101. — Profil et coupe du filtre Chamberland pour la purification des eaux potables.

proportion les microbes dont la taille est bien inférieure à celle des œufs d'ascarides.

On a donc cherché à construire un filtre qui fût assez parfait pour ne laisser passer aucune matière solide, ni

par conséquent, les plus petits organismes en suspension dans l'eau destinée aux boissons. Ce résultai se trouve réalisé par l'emploi du filtre inventé par M. Chamberland dans le laboratoire de M. Pasteur. Ce filtre est formé (fig. 101) d'un vase de biscuit de porcelaine poreuse A allongé en forme de bougie (d'où le nom de bougie Chamberland sous lequel on le désigne), fixé à la partie inférieure d'un récipient métallique D formant manchon, et qui reçoit, sous pression, le liquide venant du robinet E. Ce vase ou bougie filtre l'eau, par conséquent, de dehors en dedans, et cette eau s'écoule par l'orifice B parfaitement purifiée de toutes particules solides ou figurées, comme le démontre l'examen micrographique.

Adapté aujourd'hui aux robinets de distribution de l'eau dans un grand nombre de maisons de Paris (notamment dans les lycées), ce filtre-bougie fonctionne sous la pression normale des conduites d'eau de la ville, et peut même fonctionner sans iwessio?i grâce à une modification nouvelle de l'inventeur. Pour cela, il dispose ses bougies filtrantes en batterie (de 8 à 10 et plus) dans un récipient cylindrique fermé à sa partie supérieure. Ce récipient est relié par un tube de caoutchouc au vase qui contient l'eau à filtrer. En plaçant ce vase à deux ou trois mètres au-dessus du filtre, on obtient, en une heure, un écoulement de quinze à vingt litres d'eau tout à fait pure. Sous la pression des robinets de la canalisation de Paris le jet du liquide filtré est aussi fort que celui des tuyaux d'arrosage de nos jardins. Le débit est en effet de quatre à cinq litres par minute sous une pression de deux ou trois atmosphères.

Conservation des matières alimentaires. Procédé d'occlusion d'Appert, etc. — Nous avons déjà dit que toutes

les substances organiques se conservent sans altération un temps indéfini, à condition qu'on les mette à l'abri des microbes de l'air et de leurs germes. C'est ce que montre l'expérience fondamentale do M. Pasteur : il prend de l'urine ou du sang" et les fait arriver directement des organes de l'animal dans des ballons de verre préalablement stérilisés, c'est-à-dire privés de tous germes. Ces ballons sont scellés et conservés ainsi pendant quarante-cinq jours. Ouverts au bout de ce temps, on constate que l'odeur et l'aspect des liquides n'a pas changé, qu'il ne s'est développé aucun gaz putride et môme qu'une partie de l'oxygènedesballonsn'apas été absorbé.

La plupart des procédés employés, même avant celte expérience, pour conserver les aliments, ne sont que des applications industrielles de ce principe : l'exclusion des microbes et des germes.

Le procédé Appert, si généralement usité aujourd'hui sous le nom de conserves de viandes ou de légumes, consiste à enfermer les substances à conserver dans des vases de fer-blanc parfaitement clos et à les chauffer au bainmarie à une température d'environ 110 degrés nécessaire pour tuer sûrement tous les germes. On laisse une très petite ouverture au sommet de la boîte pour que la vapeur et l'air puissent s'échapper, puis on ferme au moyen d'une goutte de soudure avant quel'ébullition du liquide intérieur soit complètement arrêtée.

L'enrobement des viandes dans leur propre graisse, la conservation par le sucre, la cire, etc., sont des procédés d'occlusion analogues, toujours employés à chaud.

Dans le fumage des viandes, la fumée, grâce aux principes aromatiques (phénol, créosote, etc.) qu'elle contient, tue les ferments et empêche le développement

Trouessart. — Microbes. 16

ultérieur des germes apportés par l'air. 11 y a donc là un véritable antiseptique, analogue au sel marin qui sert, dans la saumure, pour la conservation du poisson ou de la viande.

On peut cependant conserver la viande simplement par la dessiccation, en la coupant en minces lanières et l'exposant à l'air et au soleil. C'est ce qui constitue le Pemmican des Américains.

Aujourd'hui on obtient d'excellents résultats en desséchant la viande à 35 ou 55 degrés dans des étuves à courant d'air sec. Les poudres de viandes que l'on trouve chez les pharmaciens, et qui sont d'un si grand secours pour l'alimentation des malades et des convalescents, sont fabriquées par des procédés qui ne sont qu'un perfectionnement de celui-ci. Elles sont absolument sans odeur et se conservent parfaitement, pourvu qu'on les tienne à l'abri de l'humidité. Les légumes cuits dans la vapeur d'eau, comprimés et desséchés, se conservent plusieurs années.

La réfrigération par la glace a été employée pour conserver la viande. Mais lorsqu'il y a eu congélation des liquides contenus dans la chair musculaire, la putréfaction commence et s'opère très rapidement dès que la température remonte à quelques degrés au-dessus de zéro. En outre, la viande acquiert un goût sucré désagréable. On se rappelle l'expérience du Frigorifique venu à Paris avec une cargaison de viandes d'Amérique conservée dans la glace : cette viande avait contracté un mauvais goût et se gâta très rapidement : elle fut vendue à vil prix et l'expérience n'a pas été reprise. Lorsque l'on conserve le gibier ou le poisson dans des glacières, il faut donc éviter la congélation des liquides contenus dans leurs tissus.

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Un grand nombro d'antiseptiques (vinaigre, alcool, glycérine, etc.) peuvent aussi servir à conserver la viande et les autres substances alimentaires.

Antiseptiques et désinfectants. — Nous traiterons des substances que l'on désigne sous ce nom, surtout au point de vue de l'hygiène et du traitement préventif des maladies contagieuses, en indiquant l'action de ces substances sur les microbes.

Au point de vue de leur action sur les microbes en général, les antiseptiques ont été étudiés par Jalan de La Croix en expérimentant sur des liquides de culture identiques, faits avec du jus de viande cuit, et dans lesquels il introduisait le même nombre de gouttes d'un bouillon identique renfermant des bactéries en plein développement. Il constatait ensuite la dose (en milligrammes) de substance antiseptique suffisante pour arrêter la pullulation ou pour tuer les microbes et stériliser, par conséquent, le liquide.

Il a examiné ainsi 20 substances réputées antiseptiques, ou employées communément comme telles. Le tableau qu'il a publié, et où ces substances sont rangées suivant leur ordre d'activité, comprend, entre autres, les antiseptiques suivants que nous citons ici en indiquant leur numéro d'ordre :

Le sublimé corrosif (bichlorure de mercure). . . N° 1.

Le chlorure de chaux à 98 degrés N° 3.

L'acide sulfureux N° 4.

L'essence de moutarde j\o q

Le thymol N° 13.

L'acide salicylique N° 14.

L'acide phénique. N° Ifi.

Le borax t< N° 18

L'alcool N° 19.

L'essence d'eucalyptus N° 20.

Ces trois dernières substances sont incapables de stériliser les bouillons de culture.

On voit par ce tableau que l'acide phénique, si employé aujourd'hui, est inférieur, comme microbicide, à l'acide salicylique, à l'hypermanganate do potasse, au thymol, à l'acide benzoïque, aux bromures et à l'iode. Il y a lieu cependant, dans cette appréciation, de tenir compte de l'emploi plus ou moins pratique de tel ou tel antiseptique.

Ainsi le sublimé corrosif, l'antiseptique par excellence d'après ces expériences, peut être donné en lotion à l'extérieur: mais on ne pourrait donner « l'intérieur la dose nécessaire pour produire l'effet voulu : 80 milligrammes pour stériliser un litre de bouillon; 40 milligrammes pour arrêter l'évolution des bactéries; 20 milligrammes sont insuffisants pour obtenir ce dernier résultat, or cette dernière dose est la dose maximaqu'il est presque impossible de dépasser chez l'homme (en 24 heures) sans produire un empoisonnement.

L'acide sulfureux est un excellent parasiticide quand il est employé en fumigations, mais il ne pénètre pas dans l'épaisseur des tissus et n'agit que sur les microbes qui sont à leur surface. Il ne détruit pas les spores.

L'iode est plus actif sous ce rapport. Davaine a constaté que 7 milligrammes d'iode suffisent pour neutraliser les bactéries charbonneuses dans un litre de liquide. On peut donc recommander, à défaut du fer rouge, la teinture d'iode pour cautériser les piqûres de mouches venimeuses, la pustule maligne et les boutons d'anthrax.

D'après Koch, il faut une solution de S p. 100 d'acide phénique pour tueries spores du charbon en 24 heures; mais les bacilles eux-mêmes sont tués par une solution

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à L Une solution de Wûïï d'iode ou de je™ de brome empêche le développement des bacilles.

Le chlorure de zinc et le sulfate de fer qui ont été préconisés comme désinfectants sont très inférieurs au chlorure de chaux, qui a le troisième rang sur notre tableau (le second étant occupé par le chlore).

L'alcool immobilise bien les bactéries et leurs spores, mais il ne tue pas ces dernières, même au bout d'un mois, d'après Claude Bernard.

D'après Babès, l'essence de moutarde est un excellent préservatif du choléra : une goutte de cette essence, mise dans le fond d'une cloche qui recouvre une culture de bacilles virgules, les empêche de se développer et les tue en 48 heures.

Comme boisson à prendre en temps de choléra, on a conseillé le rhum ou le cognac additionné d'acide salicylique à la dose de 25 grammes pour un litre. On en prend un petit verre, ou trois cuillerées à café, entre les repas, dans du café, du thé ou du grog.

Tout récemment le Dr Bedard s'est occupé de la désinfection des wagons de chemin de fer ayant servi au transport des bestiaux. Il a reconnu l'insuffisance de la plupart des substances employées, y compris l'acide sulfureux. Le seul procédé efficace seraitla vapeur d'eau à 110 degrés, qu'il est du reste facile de se procurer dans les ateliers de chemins de fer.

L'air, comme nous l'avons dit, est un excellent antiseptique par l'oxygène qu'il conLient : on a donc dû songer à s'en servir; mais les expériences de MM. P. Bert et Regnard ont montré que l'oxygène ne tue les bactéries qu'à haute pression. Quanta Veau oxygénée, elle n'a pas encore donné les résultats qu'on en attendait.

Enfin chaque espèce de microbe paraît plus ou moins sensible ;i l'action de tel ou tel agent thérapeutique; c'est ainsi que l'ciïel des sels de mercure a d'abord été constaté sur le microbe de la syphilis avant qu'on connût ce microbe; celui des sels de quinine et d'arsenic sur ceux dos fièvres intermittentes, etc., etc.

En résumé, on devra beaucoup plus compter sur les moyens hygiéniques que sur les antiseptiques pour se préserver contre l'invasion des microbes facteurs de maladies. Même dans le pansement de Lister, il est probable que Y occlusion hermétique de la plaie (comme lë prouve le procédé de M. Guérin) agit beaucoup plus que l'acide phénique, puisque l'expérience directe nous le montre comme un antiseptique faible et d'ordinaire insuffisant.

Il nous resterait à parler des vaccinations et inoculations préventives, sur lesquelles la médecine compte beaucoup plus que sur les antiseptiques; mais ce sujet viendra mieux à sa place dans le chapitre suivant, quand nous aurons dit quelques mots des procédés de cultures au moyen desquels on prépare les liquides destinés à ces inoculations.

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