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EXPÉRIENCES DE POUCIIET ET DE M. V. MEUNIER 2 H

temps variable , l’appareil se remplit d’une végétation on ne peut plus évidente (1) ! »

C’était pour faire voir que son appareil, mieux que certains ballons à cols sinueux de M. Pasteur, mettait l’infusion à l’abri des germes de l’air, que M. Pouchet a publié cette expérience : « Elle est, dit-il, au fond celle de Schultze.... M. Pasteur aurait vu que l’air, pour parvenir dans mon ballon, a non seulement traversé une route fort accidentée, mais encore qu’il a dû aussi remonter de bas en haut , et s’épancher dans cinq boules on ne peut plus propres à arrêter tous les corpuscules, et enfin qu’il a même traversé de l’acide sulfurique. »

Et M. Pouchet a raison de le dire : « Cette expérience , répétée et variée tant de fois par moi depuis quatre ans, n’aurait-elle pas dû prouver à M. Pasteur que son expérience des ballons à col tortueux ne peut nullement être inscrite sérieusement dans la science , et que s’il ne réussit pas, lui, ce que d’autres obtiennent, c’est qu’il se sert de procédés défectueux. »

Et en disant que M. Pouchet a raison , je ne veux pas critiquer l’emploi des ballons à col tortueux, lesquels, dans les expériences avec des solutions limpides et suffisamment chauffées, donnent toujours des résultats négatifs; mais je veux vous faire remarquer que, réellement, quand on laisse les matières solides dans les infusions et qu’on n’a pas fait intervenir la chaleur humide pendant trop longtemps à 100°, ou la température d’ébullition sous pression, les vibrioniens et certaines moisissures se développent invariablement.

Les expériences suivantes ont été faites par M. Victor Meunier, également pour réfuter M. Pasteur; ce qui a donné lieu, entre ces deux savants, à une polémique fort instructive, dont j’ai encore besoin de vous entretenir, pour que vous puissiez vous faire une idée nette de l’état de la question à l’endroit des expériences des hétérogénistes.

L’un des procédés d’expérimentation de M. Pasteur consiste à introduire la matière putrescible dans un ballon dont on étire le col, le recourbe et lui donne une forme sinueuse;

(1) Courrier des sciences et de l’industrie, t. I, p. 430.

alors la solution qu’il contient est portée à l’ébullition , de façon que la vapeur s’échappe à travers les sinuosités du col et son extrémité effilée. Cette disposition , qui rappelle les ballons étirés et effilés de Spallanzani, empêche l’arrivée des germes dans la solution , et les matières ne s’altèrent plus. C’est cette expérience que M. V. Meunier a répétée en variant un peu la confection de l’appareil, à cause de ce que l’on voulait introduire dans le ballon.

M. Meunier commence par déclarer (l’expérimentation à la façon de M. Pasteur étant supposée rigoureuse) que c’est un fait d’expérience qu’aucun germe ne résiste à l’ébullition* Cela étant , on pourra donc employer indifféremment, toutesubstance organique pour la soumettre à cette épreuve.

En conséquence, l’auteur s’est servi de 100 gr. de viande et de 9 5 gr. de haricots.

Il a fait bouillir les haricots pendant trente minutes, et la viande pendant quinze minutes; puis il les a mis avec de l’eau de Seine dans un ballon de six litres à col large terminé en entonnoir et les a fait bouillir encore pendant vingtdeux minutes. Les matières étant en pleine ébullition , il a fermé le col du ballon par un bouchon maintenu depuis une demi-heure dans l’eau bouillante. Ce bouchon était traversé par neuf tubes de 1 à 2 millimètres de diamètre intérieur,, deux fois coudés, et dont les branches descendantes excessivement sinueuses atteignaient l’équateur du ballon* Par-dessus le bouchon, et l’ébullition continuant toujours, on a versé du plâtre chauffé à 100 degrés et gâché avec de l’eau bouillante ; par-dessus le plâtre , l’appareil étant toujours sur le feu, on a versé du mercure chauffé à 100 degrés; enfin par-dessus le mercure, on a versé de l’acide sulfurique monohydraté. Le volume de la macération était de 7 00 cent. cub. L’expérience a duré, à Paris, du 3 juin au 21 août. — Le liquide s’était en partie recouvert de moisissures, formant de petits îlots blancs, mais dont l’organisation n’était pas assez avancée pour que la détermination en fût possible.

M. Meunier conclut de l’opération ce que voici :

« Cette expérience nous met en présence de ce dilemme: ou les moisissures qu’elle a données sont dues à la géné-

ration spontanée , ou les germes en suspension dans l’atmosphère peuvent s’introduire dans un ballon à col sinueux!

» Il n’y aurait qu’un moyen d’échapper à cette alternative, ce serait de prouver l’existence de germes qui résistent à l’ébullition , cas dans lequel on infirmerait du même coup l’expérience qui précède , la plupart de celles des hétérogénistes et toutes celles de leur adversaire (1). »

Dans une autre Note, M. Y. Meunier expose une autre expérience conduite de la même manière. Trois moitiés d’écrevisses cuites et 35 grammes de haricots sont mis dans un ballon avec de l’eau de Seine. Quinze minutes d’ébullition. Même mode de fermeture, etc., sauf que dix tubes traversent le bouchon dont les branches descendantes forment de six à dix coudes. L’expérience, commencée le 30 avril , a été terminée le 2 juin suivant. Résultat : un grand nombre de monades et de bactéries; pas de microphytes.

Et l’auteur conclut que sa nouvelle opération laisse subsister le dilemme auquel conduisait la précédente (2). M. Meunier a raison.

Dans une troisième Note, M. Yietor Meunier a expé- • rimenté en se servant des ballons à cols sinueux de M. Pasteur et en opérant comme lui.

Les ballons contiennent de la mannite pure, de la mannite additionnée de phosphate et d’azotate d’ammoniaque, le tout ■en solution aqueuse, ou de la bile ; après une ébullition de trois et de deux minutes, aucune des liqueurs ne s’est altérée.

Une série de ballons avec du bouillon de viande : cinq minutes d’ébullition; une autre série contenant de l’urine humaine de diverses provenances : cinq minutes d’ébullition, sont mises en expérience.

Sur trois ballons de bouillon, deux s’altèrent et se

(1) Comptes-rendus, t. LXI, p. 377 (1865).

(2) Comptes-rendus, t. LXI, p. 449. — M. Meunier réfute celte assertion de M. le Dr Lemaire, que les macérations donnent le spectacle des mêmes harmonies que nous observons entre les règnes végétal et animal, les microphytes y servant de nourriture aux animalcules. M. Meunier n’a pas de peine à la détruire, car les plus grosses espèces peuvent pulluller dans les infusions où il n’y a aucune trace de plantes.

peuplent d’une innombrable quantité de bactéries ; un seul est resté sensiblement inaltéré et ne contient pas de bactéries : celui-ci, M. Meunier le fait remarquer, contenait moins de bouillon que les autres , c’est-à-dire , proportionnellement, avait subi plus longtemps l’action de la chaleur.

Sur trois ballons d’urine , deux laissent apparaître des bactéries, mais dans l’un des deux il y en a une quantité innombrable ; le troisième ballon est resté très longtemps limpide, et a fini par laisser apparaître un Àspergillus (1).

Et M. Meunier, entre autres conclusions , tire celle-ci des observations précédentes : « D’après M. Pasteur, tout ballon à col recourbé doit être stérile , les sinuosités du col s’opposant à l’introduction des germes atmosphériques. Si mes expériences sont exactes , M. Pasteur se trompe ; suivant qu’ils contiennent telle ou telle substance, les ballons sont stériles ou ils sont féconds, et la forme de leurs cols est sans action sur le résultat obtenu. M. Pasteur pensait que celle de ses expériences que je viens de répéter avait « porté un coup mortel à l’hétérogénie : » il n’en est rien ; et cetteexpérience nous a seulement appris que la substance employée par le savant académicien reste inaltérée dans les. conditions où il l’emploie. »

M. Meunier a dit avec beaucoup de raison que « dans cette grande question il y a encore beaucoup d’inconnues à déterminer, et que c’est la seule conclusion qu’on puisse tirer des faits dans lesquels on a cru voir la condamnation de l’hétérogénie. » Il est certain, en effet, que les expériences de M. Meunier, comme plusieurs de celles de M. Pouchet, sont irréprochables : s’ils ont vu des

infusoires et si leurs germes ne venaient pas de l’air ou d'ailleurs, ils ont eu le droit de conclure à la génération spontanée ! M. Pasteur ne devait avoir rien à répondre.

Et M. Meunier termine par ces sages paroles :

« A mon avis, la variété des résultats offerts par les expériences des ballons à cols droits vient de ce que, ni pour la capacité des vases, ni pour la quantité et la qualité du liquide, ni pour la durée de l’ébullition, ces ballons ne sont rigoureusement comparables entre eux (2). » Oui, cela est

(1) Comptes-rendus, t. LXI, p. 10G0. (2) Ibid. p. 1 000.

vrai. Souvenez-vous de ce que je vous ai dit des conditions de milieu : il faut si peu de chose pour que le résultat varie !

Avant de vous dire ce que M. Pasteur a répondu, il est bon que vous sachiez que M. Meunier a critiqué aussi les conséquences queM. Pasteur déduisait de ses expériences avec ballons à cols étirés et tortueux.

M. Pasteur, ayant préparé un grand nombre de ballons à cols droits, bouillis et scellés, allait les ouvrir en divers lieux. Or, ces ballons parfois se remplissaient d’animalcules et de moisissures et parfois ne s’altéraient point ; l’expérimentateur concluait de ces résultats variables que, selon les temps et les lieux, l’air tantôt contient des germes et tantôt en est dépourvu. Et M. Meunier fait remarquer que les ballons à cols recourbés fournissent des résultats tout aussi variables que les ballons à cols droits ; certaines substances putrescibles sont stériles dans les mêmes circonstances et conditions où certaines autres sont fécondes, etc. Faut-il attribuer cette diversité à l’inégale répartition et il la variété des corpuscules de l’air? Non ; car M. Pasteur admet qu’aucun corpuscule organisé n’entre dans les ballons à cols contournés en bas et sinueux, quand leur température s’est assez abaissée pour ne plus s’opposer au développement de la vie !

Telle est l’argumentation de M. Meunier.

Qu’est-ce que M. Pasteur a répondu ? Rien ; du moins rien de sérieux !

Il a soutenu que les germes ne pénètrent pas dans un ballon à un seul col, mais qu’ils pénètrent dans un autre qui aurait neuf ou dix cols recourbés. Il a rappelé l’expérience de 1 eau de levûre sucrée bouillie avec carbonate de chaux, sans dire qu’il avait employé de la craie, et l’expérience sur le lait. Il a répété « que les infusions à réaction légèrement acide n’exigent qu’une température de 100 degrés ou inférieure à 100 degrés, et que les liquides neutres, ou mieux tiès légèrement alcalins, doivent être portés, comme le lait, ù plus de 100 degrés (1). » Et voilà tout : il n’a pas vu que

(I) Comptes-rendus, t. LXI, p. 1091 (1865).

M. Meunier laissait la viande, les haricots, les écrevisses dans la macération, que l’urine n’était pas filtrée, etc.

M. Meunier est revenu à la charge sept ans plus tard (1), en répondant à M. Pasteur ce que voici : « Mes résultats, dit-il, n’ont pas été contestés par M. Pasteur ; il reconnaît que son expérience ne réussit pas toujours, mais il ajoute que, ne réussît-elle qu’une fois sur mille, le succès « serait à ses yeux tout aussi probant ! »

Encore une fois, M. Meunier a raison dans son argumentation ; car, certainement, en opérant comme il a fait, il obtiendra toujours les résultats qu’il a obtenus.

Eh bien, n’ètes-vous pas frappés de ce que, toutes les fois que les expérimentateurs ont employé le lait, la viande, le foin, des parties de végétaux, la racine de réglisse, la noix de galle, les haricots, les écrevisses, l’urine, et qu’ils ont laissé les matières organisées dans l’infusion, jamais ils n’ont obtenu les résultats négatifs que M. Pasteur n’obtient luimême qu’en se servant de liqueurs fdtrées, bouillies, ou en chauffant le lait à 11 0° sous pression et le mélange de craie et de bouillon de levûre sucré au moins à 105°, également sous pression ? N’est-ce pas là l’ unanime vérification de la théorie du microzyma?

Ne remarquez-vous pas que toutes les fois que l’on s’est contenté de faire bouillir, à la pression ordinaire, les matières infusées, sans filtrer, on a obtenu des vibrioniens ?

Et vous voyez bien que la pellicule proligère de M. Pouchet n’est, elle-même, dans l’état qu’il appelle nébuleux , qu’un amas de microzymas, isolés ou en voie d’évolution jusqu’à l’état de vibrion ou de bactérie!

C’est ainsi que la théorie du microzyma rend compte des faits qu’aucune expérience de M. Pasteur n’est en état d’expliquer.

Et pour ce qui est du dilemme en présence duquel M. Meunier nous a mis, ne voyez-vous pas également, que les microzymas du lait, ainsi que je l’avais démontré pour ceux de la craie, les microzymas de toutes les matières que les auteurs ont employées, sont des organismes, des germes de bactéries qui résistent à la température de l’ébullition ? Mais

(1) Comptes-rendus, t. LXXIV, p. 382 (1872).

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