RÉSUMÉ DES FAITS ACQUIS
M. Pasteur n’ont pas « porté un coup mortel à l’hétérogénie, » ainsi qu’il s’en était flatté ; et les hétérogénistes ont eu raison de ne pas se croire mortellement atteints !
Revenons un moment en arrière pour résumer les faits acquis. Nous savons comment Redi avait ramené la génération des mouches au modo normal , c’est-à-dire par leurs œufs. Après cette explication d’un cas particulier, le savant médecin n’a pas généralisé les conséquences qui découlaient de sa découverte, et il a continué de croire à la génération spontanée, et , plus tard, Buffon et avec lui un grand nombre de savants les plus autorisés. C'est parce que M. Pasteur n’a pas expliqué les derniers résultats de M. Y. Meunier, qu’il y a des spontéparistes restant convaincus de la solidité de la doctrine. J’ai certainement donné la solution la plus irrécusable que les moisissures ne sont pas le fruit de la génération spontanée, c’est-à-dire les produits des propriétés générales de la matière, puisque j’ai fait remarquer qu’elles apparaissent dans des milieux privés de matières albuminoïdes ou plastiques : dans l’eau sucrée, dans l’eau distillée, dans des solutions purement salines, etc., c’est-à-dire dans des liqueurs que personne ne peut comparer à un blastème, à un jorotoplasma et regarder comme douées de force génésique ou productive. Ensuite, étendant la méthode d’observation, j’ai fait voir que, dans les liqueurs filtrées où existent des matières plastiques , on peut à volonté , au contact de l’air ordinaire , laisser apparaître ou empêcher la production d’organismes vivants d’ordre inférieur.
Malgré des faits aussi concluants, malgré les expériences de Schwann, de Helmholtz , d’Ure, de Schrœder et Dusch, de M. Pasteur, les spontéparistes ont continué d’affirmer leur doctrine, en l’appuyant d’expériences fort bien faites, d’où ils avaient raison de croire qu’ils avaient exclu l’influence des germes de l’air. Oui, si dans le passé et dans le présent tant d’hommes distingués ont cru à la génération spontanée, c’est que le nœud de la difficulté n’était pas où il était cherché. Dès 1865, je montrais que les germes de l’air ne suffisaient pas à tout expliquer dans les expériences pour ou contre l’hétérogénie, et je faisais voir que les matières issues des organismes vivants, le lait, par exemple, contenait des
organismes actuellement vivants : c’étaient les microzymas; ce sont eux qui sont en état de rendre compte de l’apparition des bactéries, vibrions, etc., dans les expériences pour la préparation desquelles on prend des matières animales ou végétales qu’on laisse ensuite dans la macération. Ces matières, on les croyait dépourvues d'organisation, et elles étaient encore organisées ! Nous insisterons plus tard sur tout cela, lorsque nous discuterons à fond les graves questions que soulèvent tous ces mots d’organisation , d’organismes vivants, etc., et nous montrerons qu’une matière n’est vivante que par ses microzymas.
Mais puisqu’il est démontré que les microzymas produisent des bactéries par évolution et qu’on admet la vie et l’organisation des bactéries au même titre que la vie et l’organisation de la levûre de bière , c’est-à-dire au titre de ferments, il semble qu’il en découle comme conséquence que les microzymas sont , eux aussi , vivants et organisés» Cependant on conteste cette vitalité et organisation en se fondant sur les idées reçues dans la science , lesquelles supposent qu’il peut y avoir vie dans de la matière non morphologiquement constituée, c’est-à-dire dans une substance douée seulement de propriétés physico-chimiques. Le moment n’est pas venu de discuter ces idées; il faut, auparavant, démontrer que les microzymas , comme leur nom l’indique , sont personnellement des ferments , avant toute évolution bactérienne ou autre.
Il est déjà acquis que les microzymas de la craie , sans évolution , opèrent la fermentation de la fécule et du sucre de canne; que le lait qui se caille produit de l’alcool et de l'acide acétique , voire de l’acide lactique ; que le lait, au sortir de la glande mammaire, contient déjà de l’alcool ; que, d’après les recherches de M. J. Béchamp , le foie , le cerveau , les muscles d’un animal venant d’être abattu, contiennent de l’alcool. Tout cela a été soit le point de départ ou la conséquence de la découverte des microzymas. Mais on a expliqué, M. Pasteur notamment , les phénomènes qui s’accomplissent dans le lait et dans la viande comme la conséquence de la vie chimique et physique continuée de la matière organisée ! 11 est donc nécessaire de démontrer que