‹ Les microzymasChapitre 111 sur 389 · LA CRÉOSOTE ET LES CRITIQUES DE POUCIIET · texte numérisé non relu

LA CRÉOSOTE ET LES CRITIQUES DE POUCIIET

M. Pouchet, cela n’est pas une preuve de la non existence des générations spontanées. Si les liqueurs ne deviennent pas fécondes, dit le rude joûteur rouennais, c’est que les êtres se détruisent au fur et à mesure qu’ils prennent naissance, et que l’acide phénique empêche leur formation (1). »

Et comme on a dit, qu’en employant la créosote ou l’acide phénique, je ne faisais rien de nouveau, puisque l’on connaissait les propriétés des antiseptiques, il est utile de vous citer l’opinion du physiologiste le plus intéressé dans la question, de Pouchet lui-même.

Et ce savant, répondant au docteur Lemaire, disait : « Il oublie que tous les physiologistes qui ont expérimenté sur ce sujet, ont fort bien reconnu que toutes les substances empyreumatiques , les huiles volatiles, tuaient les protozoaires ; mais que si celles-ci disparaissaient ensuite dans les macérations, la production de ces proto-organismes y reprenait son cours (2). »

Le 24 décembre 1863 , Pouchet écrivait à M. Quesneville : « On me demande de divers côtés si je répondrai h M. Béchamp? Je n’ai rien à répondre. J’ai beau me tordre la cervelle, je ne vois pas en quoi ses expériences ont le moindre rapport avec les générations spontanées. Il dit bien, il est vrai, que lorsqu’il emploie une substance léthifère , il n’apparaît pas d’animaux. Parbleu! je m’en serais bien douté à l’avance. Si je voulais élever des poissons dans un étang , je commencerais par ne pas empoisonner l’eau. Ce sont de telles puérilités que l’on nous oppose sans cesse. On est plus sérieux que cela dans les laboratoires de Toulouse et de Rouen (3)! »

A. l’égard du docteur Lemaire , il suffit que je rappelle que mes expériences et mes conclusions ont été publiées au début de 1838, et que mon Mémoire était à l’Académie avant la fin de 1857. Ce médecin a confirmé mes expériences sans citer la source où il avait puisé ; c’est assez.

A l’égard de M. Pouchet , 1° il confirme ce que j’avais dit,

(1) Moniteur scientifique, n° du 1er janvier 1804, p. 10.

(2) Loc. cit., p. 10.

(3) Ibid.

224 LES MICROZYMAS ATMOSPHÉRIQUES

savoir que la créosote ou l’acide phénique ne tue pas la faculté génésique, puisque, ces agents disparus, les liqueurs redeviennent fécondes. 2° 11 démontre que les physiologistes croyaient que les agents antiseptiques étaient léthifères : or j’avais prouvé que les moisissures continuaient de vivre dans le milieu créosoté ou phéniqué ; bref, la théorie de l’antisepticité n’était pas connue. 3° Il prouve, pai* son langage, qu’il n’avait pas compris mes expériences et qu’il n’en avait pas saisi la portée.

Tout ce que j’ai à vous dire aujourd’hui, et jusqu’à la fin de ces Conférences , vous prouvera que Pouchet se trompait quand il croyait que la créosote, employée dans les conditions de mes recherches , était léthifère pour tous les proto-organismes. Non, la créosote ne tue pas les microzymas, ni les moisissures, ni les bactéries , pourvu que la dose ne soit pas suffisante pour coaguler la matière albuminoïde de leurs tissus ; elle peut même ne pas tuer certains infusoires plus élevées que les bactéries. Je vous le prouverai en étudiant la glairine de Molitg, la mère de vinaigre et la levûre de bière elle-même. La véritable théorie de l’antisepticité se dégagera de tous les faits dont vous serez témoins.

Commençons par les microzymas et germes atmosphériques. Si la créosote ou l’aeide phénique les tue , ils ne devront pas transformer le sucre de canne et ne pas le faire fermenter.

Dans l’appareil dont je me sers et que vous avez vu fonctionner dans une précédente séance, on a mis 100 grammes d’une solution aqueuse contenant 20 grammes de sucre de canne pur, ne réduisant pas le réactif cupropotassique et créosotée à quatre gouttes pour-cent. La quantité d’air (pris dans un jardin, pendant une série de jours de pluie , quelquefois interrompue) qui a traversé la solution, a été d’environ 3,000 litres. La solution était devenue trouble; à l’œil nu on , y voyait des flocons blanc grisâtres ; il ne se forma pas de dépôt au fond de l’allonge, preuve qu’il n’y avait que peu de matières minérales en suspension dans l’air, dans les conditions où il a été employé. Huit jours après la cessation du courant d’air, la liqueur est filtrée sur

Page 1