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LA CRÉOSOTE N’EST PAS LÉTHIFÈRE

Mais il ne faudrait pas s’imaginer qu’une quantité minime de craie soit capable de manifester l’activité de sesmicrozymas : pour que 1 agent antiseptique n’entrave pas la fermentation, il est nécessaire que la quantité de cette craie , c’est-à-dire des microzymas , soit considérable , afin que le phénomène soit mesurable.

On a prétendu expliquer l’activité comme ferment de la craie à microzymas par les germes atmosphériques. Mais on veut oublier que le carbonate de chaux chimiquement pur, employé daus les mêmes conditions, reste absolument inactif. D’ailleurs, la craie elle-même devient inactive, dès qu’on la soumet à l’action d’une température suffisamment élevée ; enfin, je l’ai déjà fait remarquer, tous les calcaires à microzymas ne possèdent pas les mêmes propriétés que certains échantillons de craie. Il faut conclure de là, non pas que la craie doit son activité à des microzymas venus de l’atmosphère, mais que les calcaires de diverses provenances contiennent des microzymas, sinon d’espèces différentes, au moins de fonctions dissemblables. Blais n’insistons pas; nous y reviendrons quand nous rechercherons quelle est l’origine des microzymas de ces calcaires , aussi bien que de ceux de l’atmosphère.

D’ailleurs, je n’ai pas conclu à l’existence des microzymas géologiques seulement de l’activité chimique des roches qui les contiennent. Je les ai isolés.

Pour isoler les microzymas de la craie et des calcaires qui en renferment, j’ai traité la matière par l’acide chlorhydrique étendu ; il y a toujours un résidu insoluble notable ; celui-ci, bien lavé , contient souvent beaucoup de sulfate de chaux; pour s’en débarrasser, il est nécessaire de délayer le résidu insoluble dans une quantité suffisante de solution étendue de carbonate de soude : on forme ainsi du sulfate de soude et du carbonate de chaux. Un nouveau lavage à l’eau d’abord, puis à l’acide chlorhydrique étendu , laisse la matière contenant les microzymas à l’état insoluble. Or cette .matière contient encore beaucoup de substances minérales : pour déterminer la quantité de matière organique, il suffit d’incinérer; la perte exprime la matière organique des microzymas; enfin, l’analyse élémentaire permet de prouver que

POUR LES MICROZYMAS

cette matière contient le carbone, l’hydrogène et l’azote que doit contenir tout ferment organisé. Eh bien, lorsque l’on a sous la main un calcaire qui n’agit pas sur l’eau sucrée ou sur l’empois d’amidon , et que le microscope montre riche en microzymas, on peut isoler ceux-ci de la même manière. Enfin, nous verrons que certains échantillons de craie qui sont capables de fluidifier l’empois sans le faire fermenter autrement, en opèrent la fermentation lactique, butyrique, acétique et alcoolique, lorsque l’on fait intervenir en même temps du bouillon de levûre ou de viande. Et les microzymas de certains calcaires peuvent opérer des fermentations bien plus difficiles , puisque , en présence d’une matière animale sans structure qui leur sert de nourriture , la musculine , par exemple , ils sont capables de faire fermenter l’alcool lui-même. Nous reviendrons sur tout cela.

La créosote et l’acide phénique, qui, dans certaines circonstances, n’empêchent pas l’évolution des microzymas en bactéries, ne suppriment donc pas leur activité chimique. Pouchet avait donc tort de prétendre que si dans mes infusions je ne voyais pas naître de- microorganismes, c’est que je les tuais d’avance ! La créosote est léthifère à dose coagulante, elle ne l’est pas à dose non coagulante; mais elle peut être considérée comme modératrice de la double propriété des microzymas de produire des bactéries et d’être des ferments,

Voyons maintenant comment il est possible d’isoler les microzymas des animaux et des végétaux, pour les étudier à l’état de liberté, dans leurs propriétés, leur composition et leurs fonctions.

Ce sont ceux des glandes que l’on peut le plus facilemeht séparer. C’est sur le foie que M. Estor et moi avons d’abord opéré. Je vais, avec quelques détails, vous dire comment on en peut isoler les microzymas, et nous appliquerons ensuite le procédé à d’autres glandes.

Le foie a d’abord été hydrotomisé, c’est-à-dire qu’après avoir enlevé cette glande à un animal, à jeun ou en digestion, nous avons, comme vous le voyez ici, placé une canule dans une des branches principales de la veine porte ; à l’aide de cette canule et d’un tube de caoutchouc communiquant

avec un réservoir d’eau placé à une hauteur suffisante, nous y avons fait passer pendant deux heures un courant continu d’eau distillée ; puis nous avons, pour un foie de chien, injecté, par la même voie, un litre d’eau créosotée (dix gouttes de créosote ou d’acide phénique par litre). Comme vous le voyez, le foie se décolore de plus en plus. Lorsque l’on veut procéder de façon à répondre à M. Pasteur que les germes de l’air ne sont pas intervenus, on n’emploie pour l’hydrotomisation que de l’eau créosotée à une goutte pour 100cc. Le lavage du foie étant achevé, toutes les matières solubles lui étant enlevées, on le réduit, par le raclage, en pulpe aussi divisée que possible. La pulpe est placée dans un nouet de linge bien propre, lavé à la potasse, à l’eau, puis à l’eau créosotée bouillante. Sous un filet d’eau légèrement créosotée, le nouet, contenant le foie, est malaxé avec les mains très propres et d’avance lavées à l’eau créosotée. Les microzymas et les cellules non rompues traversent les mailles du linge. Le liquide trouble est abandonné au repos; les cellules et les noyaux libres se déposent les premiers; les microzymas restent plus longtemps en suspension, et vous les voyez dans ces préparations sous le microscope : il n’y a plus aucune cellule, plus aucun noyau. Le liquide surnageant, qui est trouble, est décanté après qu’on s’est assuré de nouveau que les cellules- hépatiques ont été éliminées , et on laisse reposer. Au bout de 2-4 heures, il s’en dépose assez pour que, malgré leur petitesse, ils puissent être recueillis sur un filtre à tissu serré. Lorsque beau de lavage ne contient plus de matière albuminoïde, c’est-à-dire ne donne plus de précipité par l’addition d’un volume triple d’alcool très concentré, le lavage peut être considéré comme terminé.

Au lieu d’opérer ainsi, il est préférable de passer la pulpe délayée dans beaucoup d’eau, par un tamis, puis par un linge fin, à tissu assez serré ; la séparation par décantation en devient plus rapide.

Après ces longs traitements, les microzymas ont été retrouvés inaltérés; leur forme et leur mobilité étaient restées les mêmes.

Il est bon, surtout en été, d’opérer toujours dans un

milieu créosoté, ou d’ajouter de temps en temps un peu d’éther au mélange. De cette manière, onne constate aucune altération des matériaux organiques au sein desquels les microzymas sont plongés.

J’ai aussi séparé les microzymas du foie non hydrotomisé : ils sont en apparence les mêmes, du moins morphologiquement ; mais la composition chimique m’a paru un peu différente , sans doute parce que, dans ce cas, ils peuvent être souillés par les microzymas du sang dont je vous parlerai tout à l’heure.

Isolés comme je viens de le dire, les microzymas du foie sont dans l’état où ils fonctionnent dans la glande ellemême.

Pour les obtenir dans leur plus grand état de pureté, tel qu’il faut les employer quand on veut en faire l’analyse élémentaire, il est nécessaire de les traiter par l’éther qui leur enlève la matière grasse qui les souille. Ce traitement doit être fait pendant qu’ils sont encore humides ; si ce lavage est fait avec de l’éther un peu alcoolisé, de façon que toute l’eau leur soit enlevée (au moins l’eau adhérente), puis par l’alcool et encore par l’éther, le produit, rapidement séché dans le vide, se présente sous la forme de masses peu colorées, friables et tendres. Les microzymas du foie de mouton hvdrotomisé sont d’un blanc presque pur; mais si la dessication est faite sans soins, ils prennent l’aspect corné ; et plus ou moins brunâtre de certaines matières albuminoïdes.'

A l’époque où nous avons, pour la première fois, isolé ‘des granulations moléculaires animales pour les étudier en (dehors des tissus, nous avons dû les distinguer d’autres granulations identiques de forme. Les auteurs, disions-nous, les considèrent parfois comme étant des granulations graisseuses ; quelques-uns, se taisant sur leur nature, se bornent à les représenter comme douées du mouvement brownien. Pour nous, nous les avons caractérisées en disant que, pour les apercevoir distinctement, comme de petites sphères, il faut un grossissement de près de 600 diamètres ; qu’elles sont insolubles dans l’acide acétique et dans la potasse caustique au dixième, de même que dans l’éther, ce qui exclut

leur nature graisseuse et albumineuse ; et nous ajoutions : l’eau ne les altère en aucune façon, même après plusieurs jours de contact; ils sont, en quelque sorte, imputrescibles. Le mouvement de trépidation, dit brownien, leur appartient en propre.

La manière d’extraire les microzymas du pancréas est, au fond, la même ; mais elle exige beaucoup plus de soins, ; à cause de leur activité spéciale. L’opération ne réussit bien qu’à basse température ; c’est donc en hiver qu’il convient de faire cette étude.

Supposons qu’il s’agisse de les extraire du pancréas de bœuf. Le tissu de la glande est détruit par un raclage aussi parfait que possible. La pulpe est délayée dans l’eau distillée créosotée ; elle est passée et exprimée dans un linge» bien propre : les parties solubles et les parties divisées tra- | versent le tissu. La pulpe exprimée qui reste sur le linge est broyée une seconde fois, encore délayée dans l’eau et traitée de même. Trois ou quatre traitements semblables,-, toujours dans l’eau légèrement créosotée ou phéniquée, laissent le tissu conjonctif de la glande pour résidu. Les I liqueurs troubles sont jetées sur des fdtres assez nombreux pour que la filtration soit aussi promptement achevée que ! possible; au Besoin on opère par aspiration. Il est nécessaire que les fdtres soient placés dans un endroit très frais! 1 Les liquides filtrés sont employés à la préparation de la pan-' f créazymase (pancréatine de Cl. Bernard).

La matière solide que- les filtres retiennent est délayée dans une grande quantité d’eau additionnée de 1/6 de son volume d’alcool à 40 degrés centésimaux et phéniquée (trois à quatre litres d’eau pour deux à trois cents grammes de la masse restée sur les filtres). On passe par un tamis de soie à tissu très serré pour retenir encore quelques débris de tissu conjonctif. Alors on laisse reposer la liqueur dans le but de séparer les parties grossières qui se déposent les premières. Enfin, par lévigations, décantations répétées, filtration et lavage, on finit par recueillir sur le filtre une masse, semblable à celle qui est sous vos yeux, qui a l’apparence de belle levure de bière blonde : elle est formée des microzymas tels qu’ils existent dans la glande. Au mi-

croscope, elle se résout en une foule de sphères assez volumineuses, plus grosses que les microzymas purs tels que nous allons les obtenir. Dans cet état, ils possèdent néanmoins déjà les propriétés chimiques que nous leur reconnaîtrons.

Blais, tels que vous les voyez là, ils ne sont pas purs, ils sont empâtés dans une couche de corps gras, qui leur forme comme une atmosphère assez épaisse : c’est là ce qui a fait, croire que les granulations moléculaires du pancréas étaient des granulations grasses. Pour enlever cette couche de corps gras, la masse bien égouttée, et encore humide, est délayée dans l’éther préalablement additionné d’un dixième d’alcool à 90 degrés centésimaux. Le mélange est vivement agité dans un ballon ; par deux ou trois lavages éthérés et décantation, on enlève la plus grande partie des corps gras. Alors on jette sur un filtre où l’on achève le lavage à l’éther. Après un nouveau lavage à l’eau, qui enlève toute trace de leucine, de tyrosine, de xanthine, d’hypoxanthine, etc., les microzymas peuvent être réputés purs. Au microscope, ils paraissent bien plus petits que ceux du foie; ils ont certainement moins de 0mm,0005 de diamètre. Malgré la longueur du traitement, on n’y découvre pas trace de bactéries et à peine quelques microzymas associés ; il est pourtant difficile d’en séparer absolument quelques débris de membranes cellulaires et de corps d’apparence cristallisée.

Ces microzymas présentent ce caractère particulier, que, malgré le lavage à l’éther le plus prolongé et la dessication dans le vide le plus rapide, ils se réunissent toujours en une masse brune assez dure , et comme cornée. En masse et humides, leur couleur est brun olive, grisâtre.

Vingt pancréas de bœuf fournissent plus de 130 grammes de microzymas humides, bien égouttés, contenant environ 12 p. 100 de matière sèche.

Le procédé est applicable à l’extraction des microzymas des pancréas du chien, du lapin, et sans doute des autres animaux.

J’ai extrait de cette manière les microzymas du thymus, de la rate, du rein.

Les microzymas stomacaux, je les ai d’abord isolés du mucus

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