MM. POUCHET ET MILNE EDWARDS
observations, ne s’est placé au point de vue exclusif des générations spontanées : ils cherchaient surtout la cause des transformations chimiques dans les infusions et dans les matières infusées.
Lorsque, en 1854, j’ai été amené à commencer les recherches qui m’ont conduit à la découverte des microzymas, je ne me proposais également que la solution d’un problème de chimie , la recherche de la cause de l’interversion en apparence spontanée du sucre de canne. Nous reviendrons avec détail sur ce travail dont l’ensemble a été publié en 1857, et inséré, en 1858, aux Annales de chimie et de physique. La conclusion qui se dégage de mes observations, est que le sucre de canne ne s’intervertit pas spontanément dans l’eau , à la température ordinaire ; que l’interversion est corrélative à la naissance de moisissures, celles-ci ayant pour origine des germes apportés par l’air dans mes solutions sucrées. Bref, la conclusion était contraire à la doctrine des générations spontanées.
Les choses en étaient là lorsque M. Pouchet , un très savant naturaliste , souleva de nouveau la question qui avait paru résolue négativement par Spallanzani et par Bonnet au siècle dernier. La communication de M. Pouchet a étéjaite à l’Académie des sciences le 20 décembre, 1858. Les conclusions de ce travail furent immédiatement contestées par M. Milne Edwards. L’illustre naturaliste jugea qu’il n’était pas inutile de soumettre au jugement de l’Académie les motifs qui l’engagent à repousser les conclusions de M. Pouchet; non qu’il élève aucun doute sur l’exactitude des faits , mais sur leur signification. La question est aussitôt posée sur son véritable terrain par M. Milne Edwards. Si, dit-il, les animaux et les plantes pouvaient se constituer de toutes pièces, sans avoir puisé dans un autre corps vivant le principe de leur existence, cela signifierait que la vie elle-même devrait être considérée, non comme la conséquence d’une force qui aurait été donnée en propre aux corps organisés , mais comme une propriété générale de la matière organisable, qui se manifesterait dès que les circonstances extérieures deviendraient favorables à son apparition.