‹ Les microzymasChapitre 15 sur 389 · MM. DUMAS ET CL. BERNARD · texte numérisé non relu

MM. DUMAS ET CL. BERNARD

Je vous engage à bien méditer ces pensées d’un savant qui a profondément scruté ces délicats problèmes. Et M. Milne Edwards rappelle que, dans son enseignement et dans ses écrits , il a souvent combattu la doctrine qui prétend réduire les propriétés vitales aux seules forces physico-chimiques de la matière brute. Quant à l’hypothèse des générations spontanées , elle lui semblait compter si peu de partisans parmi les zoologistes , que sans les études nouvelles de M. Pouchet, il aurait craint d’abuser des moments de l’Académie. Après que M. Milne Edwards eut discuté les expériences de M. Pouchet et réfuté ses conclusions par les arguments les plus solides, MM. Payen, de Quatrefages , Cl. Bernard et Dumas appuyèrent de preuves particulières celles que M. Edwards venait de fournir.

M. Dumas cita des expériences desquelles il était résulté que des matières organisées chauffées à 120 ou 130 degrés, de l’eau artificielle produite par la réduction de l’oxyde de cuivre par l’hydrogène et de l’air artificiel , enfermés dans des tubes dont le verre avait été récemment chauffé au rouge , ne produisaient ni végétation ni animalcules. Mais il a suffi d’exposer ensuite le contenu des tubes à Pair ordinaire pour voir apparaître des animalcules ou des végétations. •

Cl. Bernard cita, à son tour, son expérience personnelle. Dans l’intérêt de l’histoire, il importe de la reproduire ici , .pour que vous puissiez juger vous-mêmes que sa méthode est la même que celle de Schwann à peine modifiée.

« Le 1er septembre 1857, dit-il, dans deux ballons de verre , ayant chacun un demi-litre de capacité environ , j’ai introduit à peu près 50 centimètres cubes d’une même dissolution très légère de gélatine dans l’eau , à laquelle on avait ajouté quelques millièmes de sucre de canne. Ensuite le liquide fut porté et maintenu il l’ébullition pendant un quart d’heure dans les deux ballons, dont on avait préalablement étiré une partie du col à la lampe afin de pouvoir plus tard les sceller plus facilement.

» Jusqu’alors il n’y avait aucune différence entre les deux ballons. C’est à ce moment seulement , lorsque les liquides des ballons étaient depuis un quart d’heure en pleine ébul-

M. CL. BERXARD

lition , et que par conséquent la vapeur d’eau remplissant toute leur capacité en avait chassé l’air, qu’on différencia les deux ballons en laissant rentrer dans l’un de l’air ordinaire et dans l’autre de l’air surchauffé. Pour cela, pendant que l’ébullition continuait, on adapta le col d’un des ballons à une des extrémités d’un tube de porcelaine rempli de fragments de porcelaine et porté au rouge sur un fourneau ; à son autre bout, le tube* de porcelaine était muni d’un tube de verre effdé , afin que l’air ne pût entrer qu’en petite quantité à la fois et passât lentement sur les fragments de porcelaine portés au rouge. Tout étant ainsi disposé, la vapeur d’eau du liquide on ébullition se rendait dans le tube de porcelaine, en chassait l’air qu’il contenait. On vit bientôt, en effet, la vapeur d’eau sortir par le tube effilé qui était placé sur l’extrémité opposée à celle où était fixé le ballon. C’est alors qu’on enleva la lampe placée au-dessous du ballon pour arrêter l'ébullition. Peu ù peu, par le refroidissement, la vapeur d’eau se condensa, et l’air rentra dans le ballon; mais on conçoit qu’il ne pouvait y rentrer qu’après avoir passé par le tube de porcelaine porté au rouge dont il a été parlé précédemment. Après le refroidissement du liquide, on scella à la lampe le ballon dans le joint de son col qu’on avait préalablement étiré.

» Quant à l’autre ballon , on ne l’adapta pas au tube de porcelaine; de sorte que lorsque l’ébullition cessa, l’air qui rentra dans son intérieur était l’air ordinaire , c’est-à-dire l’air du laboratoire qui n’avait pas été surchauffé comme dans le cas précédent. Lorsque le ballon fut refroidi, il fut scellé à la lampe comme le précédent.

» Les deux ballons furent ensuite placés dans les mêmes conditions , dans une chambre au midi , à la température ambiante et exposés à la lumière.

» Après dix à douze jours , on voyait à la surface du liquide , dans le ballon avec l’air ordinaire, des végétations, c’est-à-dire des moisissures très caractérisées, tandis que, dans le ballon avec l’air chauffe, le liquide était resté parfaitement limpide, eton n’apercevait rien à sa surface. Après un mois, les moisissures avaient considérablement augmenté dans le ballon à air ordinaire, et rien n’était apparu dans

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