LE FERMENT DE L’URÉE
une matière soluble susceptible de déterminer la ferment talion même que l’être microscopique engendre. Ladiastase n’est pas formée par des cellules autonomes ; il en est de même de la pepsine , de la synaptase, des ferments solubles du pancréas , etc.... Tous sont produits par des cellules faisant partie d’organismes élevés dont la vie générale et les fonctions ne sont pas concentrées dans la sécrétion de ces ferments solubles. La levûrede bière produit un ferment soluble, inversif du sucre de canne , mais indépendant de la fonction de la levure, tout au moins quand celle-ci s'exerce sur les glucoses proprement dits où l’inversion est sans objet. En d’autres termes , la fonction du ferment inversif soluble des levûres alcooliques ne se confond pas avec la fonction de ces levûres. Il n’en est pas ainsi du ferment soluble de l’urée. Ferment soluble et ferment organisé agissent de même sur leur matière fermentescible, c’est-à-dire sur l’urée , parce que le ferment soluble présuppose l’existence de l’être organisé et qu’inversement le petit végétal donne lieu , pendant sa vie et d’une manière nécessaire , au ferment soluble. » Et dans une discussion avec M. Berthelot, à l’Académie des Sciences, sur ce sujet, M. Pasteur a répété que. « c’est le premier exemple d’un ferment organisé, autonome, dont la fonction se confond avec la fonction d’un de ses produits non organisés (1) ».
Et notez ceci : M. Pasteur croit sérieusement que le ferment producteur du ferment soluble de l’urine , qui décompose l'urée, vient de l’atmosphère.
Examinons attentivement ce document : car là se trouve toute la pensée actuelle de M. Pasteur sur ce grave sujet. En l’écrivant, il s’était proposé , non seulement le triomphe de son système de la panspermie atmosphérique et de sa théorie de la fermentation , mais de contredire la doctrine de la formation des zymases par des cellules, autonomes , comme il dit. La question m’intéressait trop pour que je ne répondisse pas aussitôt à l’attaque (2).
(t) Pasteur et Joubert: Sur la fermentation de l'urine. Comptes-rendus, t. LXXXIII, p. 5 (187ü).
(•2) Comptes-rendus, t. LXXXIII, pp. 239, “2S3, 358. Voir aux pièces justificatives.
LE FERMENT DE l’üRÉE
Si vous aviez présentes à l’esprit toutes les expériences qui vous ont été présentées et les conséquences que j’en ai déduites dans la précédente Conférence , vous pourriez sans peine vous convaincre que ce document renferme autant d’erreurs qu’il contient d’affirmations. Il faut que je vous le prouve; cela est d’autant plus nécessaire que les erreurs, à cause de l’autorité qui s’attache à la réputation de leur auteur, y sont plus accentuées.
Il y a, évidemment, dans l’esprit de M. Pasteur une lacune qu’il n’a pas encore réussi à combler. Ainsi, le savant chimiste parle de nutrition : mais notez bien les termes dont il se sert : « Le ferment organisé autonome , dit-il, est cultivable dans des liquides quelconques »; mais aussitôt il fait cette énorme restriction : « à condition que ces liquides puissent les nourrir, cl puissent former pendant son développement » la matière soluble qui détermine la même fermentation que lui ! J’ai pesé les termes dont se sert M. Pasteur, et j’ai traduit sa pensée comme ceci : « Pendant que le ferment se développe, c’est-à-dire végète, la matière organique ambiante se transforme en une matière soluble douée de la même activité que lui. » Ce n’est pas en lui, par un acte physiologique intime, que le phénomène s’accomplit, non, c’est à côté, à son contact; c’est corrélativement, par un effet de son développement, de sa végétation, comme se serait exprimé Cagniard-Latour, dont M. Pasteur reproduit l’énoncé en d’autres termes.
Du reste, c’est si bien là le fond de sa pensée et de sa théorie de la fermentation que , à son point de vue , Liebig l'a compris comme moi, écoutez : Selon M. Pasteur, dit-il, « l’acte chimique de la fermentation est essentiellement un phénomène corrélatif d’un acte vital, commençant et s’arrêtant avec ce dernier. Il pense qu’il n’y a jamais fermentation alcoolique sans qu’il y ait simultanément organisation , développement, multiplication de globules, ou vie poursuivie, continuée, de globules déjà formés. M. Pasteur envisage donc la fermentation comme un phénomène chimique , accompagnant un acte physiologique et indépendant ; les actes vitaux du ferment sont la condition de la décomposition de l’atome de sucre. » Et avec justesse,
FERMENT SOLUSLE DE e’üRKE
Liebig prétend que l’opinion de M. Pasteur cadre avec la sienne : « un acte vital , » dit-il , est « un phénomène de mouvement, » et, dans ce sens , l’opinion de M. Pasteur n’est pas en èontradiction avec la mienne et n’en est pas une réfutation (1) ». Bref, Liebig a vu dans les énoncés de M. Pasteur la confirmation de sa doctrine de l’altération.
Encore une fois, si j’ai bien compris ce que M. Pasteur a voulu dire , le ferment de l’urée se forme comme ceci :
« Pendant le développement du ferment, la matière du liquide dans lequel il est cultivable , par une communication d’ordre indéterminé, vitale, acquiert la propriété de décomposer l’urée que le ferment possède. » Et, pour prendre un exemple dans l’ordre des faits observables : « comme l’aimant communique la propriété magnétique qui est en lui au fer doué de force coercitive , ainsi son ferment organisé autonome communique la propriété qui est en lui à la matière de l’infusion qui est capable de la recevoir et de la garder. »
Toute la suite du document est l’expression de cette singulière physiologie. Que penser, en effet, de cette assertion aussi dénuée de preuves que de réalité , que « la diaslase , la pepsine , la synaptase , les ferments solubles du pancréas ne sont pas formés par des cellules autonomes, etc. ? » Mais même si l’on ne tient pas compte des microzymas , de leur vie propre et indépendante , c’est là une erreur manifeste ! En effet, les cellules des glandes gastriques et celles du pancréas sont parfaitement autonomes ; elles sont vraiment indépendantes dans leur fonction et ne suivent que la loi de leur nature. Elles sont aussi indépendantes , chacune dans sa sphère, que la levure de bière l’est d’un autre microphvte cellulaire quelconque. Les unes ne fabriquent que du suc gastrique contenant la pepsine , les autres que le suc pancréatique contenant sa zymase ou ses zymases particulières. Le fait d’appartenir à des « organismes élevés » ne fait rien à l’affaire. La formation du suc gastrique et du suc pancréatique , est parfaitement concentrée dans des cellules autonomes. Les glandes gastriques et le pancréas, dont la structure n’est pas la même, contiennent des cellules
(1) Annales de chimie et de physique (4), t. XXIII, p. 4(1871).