‹ Les microzymasChapitre 17 sur 389 · SYSTÈME DE SONNET · texte numérisé non relu

SYSTÈME DE SONNET

uns dans les autres, que cette hypothèse admet, accablent l’imagination sans effrayer la raison.... La raison envisage avec plaisir la graine d’une plante ou l’oeuf d’un animal comme un petit monde peuplé d’une multitude d’êtres organisés, appelés à se succéder dans toute la durée des siècles. »

Sur quels faits*se fondait cette théorie? Ecoutez :

« Les preuves qui établissent la division de la matière à l’indéfini , servent donc de base à la théorie des enveloppements , » dit Bonnet, et il cherche à nous faire comprendre ce que c’est qu’un infiniment petit!

« La seconde hypothèse répand ces germes partout , et suppose qu’ils ne parviennent à se développer, que lorsqu’ils rencontrent des matrices convenables, ou des corps de même espèce , disposés à les retenir, à les fomenter et à les faire croître. » C’est la dissémination ou la panspermie , qui , « en semant les germes de tous les côtés , fait de l’air, de l’eau , de la terre et de tous les corps solides, de vastes et nombreux magasins où la nature a déposé ses principales richesses? »

Ecoutez maintenant quelles sont les étonnantes propriétés de ces germes :

« Là, dit-il , se trouve en raccourci toute la suite des générations futures ! La prodigieuse petitesse des germes les met hors de l’atteinte des causes qui opèrent la dissolution des mixtes. Ils entrent dans l’intérieur des plantes et des animaux, ils en deviennent même parties composantes, et lorsque ces composés viennent à subir la loi des dissolutions, ils en sortent sans altération , pour flotter dans l’^ir ou dans l’eau, ou pour entrer dans 'd’autres corps organisés. »

Voici maintenant comment ces germes deviennent féconds;

« Il n’y a que les germes qui contiennent des touts organiques , de même espèce que celui dans lequel ils se sont introduits , qui s’y développent. Portés dans l’écorce d’un arbre, ils s’y arrêtent, ils y grossissent peu à peu, et donnent ainsi naissance aux boutons , aux racines , aux branches , aux feuilles , aux fleurs , aux fruits. Portés dans les ovaires de la femelle ou dans les vésicules séminales du

SYSTÈME DE BONNET

mûle, ils y sont le principe de la génération du fœtus (1). » C’est en vertu de ce système , où il y a beaucoup plus d’imagination que de faits scientifiquement constatés , et qui, ù part l’idée directrice, ressemble tant au système des molécules organiques de Buffon , que Bonnet combattait la doctrine des générations spontanées. •

Disons encore que Bonnet, ayant appliqué la panspermie, telle qu’il l’a énoncée, à la génération , s’est trouvé embarrassé de ses deux hypothèses, et il s’en explique : « Dans tout ce que je viens d’exposer sur la génération , dit-il , l’hypothèse des germes répandus partout , paraît être l’hypothèse dominante. Ce n’est pas que j’aie rejeté celle des germes enveloppés les uns dans les autres : j’ai toujours regardé les difficultés qu’on fait contre celte hypothèse comme des monstres qui terrassent l’imagination , et que la raison terrasse à son tour. Mais j’ai cru devoir préférer un système dont la raison et l’imagination s’accommodent également. Pourquoi ne pas complaire un peu à l’imagination , quand la raison le permet (2)? »

Que la raison permette souvent ce que l’imagination enfante , hélas ! cela n’est que trop certain. Mais il faut savoir découvrir si les produits de Fimagination , que le raisonnement accueille, sont des réalités ou des chimères. Ce qu’il y a de certain, c’est que le système des germes préexistants , disséminés , mis en réserve , attendant des matrices convenables pour les recevoir, et celui du moule intérieur , des molécules organiques , toujours actives, non organisées, mais vivantes, partout répandues, se partageaient les savants ; de part et d’autre , chacun , avec ses idées particulières, soutenait l’un , combattait l’autre. Ceux qui étaient contre Buffon disaient : « Qu’on est entraîné comme malgré soi h adopter son ingénieux système , tant il est orné de riches couleurs ; mais qu’en y réfléchissant, on se demande : Qu’est-ce qu’une matière organique sans organisation, vivante sans être animée, susceptible de toutes les formes sans en prendre aucune par elle-même? Qu’est-ce

; (Ç Considérations sur le3 corps organisés, Ire partie; in Œuvres d'histoire naturelle de Bonnet, t. Y, p. 83 à 86. Neuchâtel, 1779.

(2) Ibid., p. 173.

Page 1