‹ Les microzymasChapitre 18 sur 389 · SYSTÈMES DE BUFFON ET DE BONNET · texte numérisé non relu

SYSTÈMES DE BUFFON ET DE BONNET

que ces moules intérieurs où cette matière doit être moulée pour recevoir une forme déterminée? Ces moules, disaiton, ne seraient-ils pas alors les véritables germes de l’organisation , puisque ce seraient eux qui donneraient la forme déterminée et constante aux espèces ou aux individus? Et on se demandait- si la préexistence de ces moules serait moins nécessaire que celle des germes? On voulait se rendre raison de ces molécules vivantes qu’on retrouve dans les moules de tous les corps, et on disait que c’était le cas de ' répondre qu’on n’en sait rien! La difficulté d’expliquer un fait doit-elle engager à admettre une hypothèse qui laisse subsister la même difficulté? Et ceux qui tenaient contre la génération spontanée disaient : « Ne pourrait-on pas l’expliquer aussi naturellement en disant que la matière , exaltée par la fermentation dans le liquide où on l’a mise à infuser, se laisse apercevoir jusque dans les derniers degrés de sa décomposition? Enfin on faisait intervenir le phlogistique qui, dégagé des particules brutes par la fermentation qu’il occasionne lui-même, s’unit aux parties grasses et compose avec elles des globules , animés en apparence , qu’on voit nager dans le liquide, ce qu’on prend pour des animalcules ou des molécules vivantes ! Où serait, enfin, la difficulté de supposer qu’une particule de ce feu principe (le phlogistique) , unie à des particules brutes, mais d’une forme constante et dessinée par la main du Tout-Puissant , compose les germes des corps organisés , germes qui se développent et s’accroissent par l’intussusception des parties similaires et des principes tant primitifs que secondaires? »

Certes, Messieurs, la difficulté n’est pas de supposer; la difficulté est de démêler le vrai du faux, de découvrir le réel. En fait, par tous ces raisonnements, on voulait expliquer des choses naturellement obscures par des détails imaginaires ; c’était ajouter des ténèbres à l’obscurité sans la rendre moins sombre : in se naturaliter obscura qui in exponendo plura quam necesse est , super fundit , addit tenebras, non adimet densitatem. (Somn. Scipionis.)

Lavoisier a décrit admirablement cet état d’esprit qui porte tant de savants, aujourd’hui comme autrefois, à raisonner sur des hypothèses comme si eLles étaient des

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