LA SALIVE
Mais avec Cl. Bernard , qui a épousé la doctrine de l’altération de Liebig, on soutient que c’est grâce à une altération spontanée, dans la bouche, au contact de l’air, que la salive mixte doit sa propriété saccharifiante /propriété que posséderaient une foule de matières animales également altérées et à réaction alcaline comme la salive normale.
Et on était d’autant plus disposé à admettre cette doctrine, qu’on citait à l’appui le fait, constaté par plusieurs auteurs , que les salives parotidiennes du cheval et du chien pures et récentes n’opèrent pas la saccharification.
Mais il ne faut pas vous en laisser imposer par ces objections, car, si l’air et le séjour des salives mixtes dans la bouche sont la cause de l’activité acquise par ces salives , vous devez vous demander pourquoi la salive mixte buccale du chien ou du cheval ne possède pas la même puissance que celle de l’homme ; car, enfin, les causes d’altération invoquées y sont les mêmes. .
La force du préjugé était si grande que l’on ne devait pas faire cette remarque très simple, si bien que Cl. Bernard fera sur les salives parotidienne et sons-maxillaire de l’homme de très importantes observations qùi ne le désabuseront pas.
Je vous ai dit , et je le répète, que la salive est ce que la fait l’organisme vivant dans la glande qui la produit, de telle façon, qu’en principe, on a tort de conclure du cheval et du chien à l’homme.
J’ai insisté sur le fait que la salive parotidienne du cheval ne fluidifie pas l’empois, tandis que celle du chien opère cette fluidification et transforme l’amidon en fécule soluble. Eh bien ! plusieurs savants avaient eu occasion d’étudier la salive parotidienne de l’homme chez des malades atteints de fistule du canal de Sténon et constaté que cette salive saccharific la fécule. Cl. Bernard a vérifié le fait; bien plus, il a recueilli lui-même de la salive parotidienne ou sousmaxillaire sur l’homme sain, et il « l’a trouvée active sur l’amidon (1). » Bref, la salive parotidienne humaine saccharifie l’empois. Vous croyez peut-être que cette importante (1) Cl. Bernard, Physiologie expérimentale , t. II, pp. 165, 166, 167.
PAROTIDIENNE HUMAINE
constatation va faire revenir l’illustre physiologiste de son erreur? Non , il n’en professe pas moins la doctrine de l’altération ; mais l’altérabilité est transportée à la glande elle-même qui produit la salive, ainsi que nous le verrons tout à l’heure (1).
Je n’ai pas eu l’occasion de m’assurer si la salive parotidienne humaine possède l’activité saccharifiante au même degré que la salive mixte buccale, et si son activité peut être augmentée par son contact avec les organismes buccaux , ce qui est très probable. Mais de ce que la salive buccale du chien, du cheval sont moins actives ou inactives, il en faut conclure que les microzymas buccaux du chien et du cheval ne sont pas fonctionnellement les mêmes que ceux de la bouche humaine.
En résumé, ces expériences démontrent :
1° Que ce n’est pas à une altération par putréfaction , ni à l’action de l’air que la salive buccale doit son activité ;
2° Mais que cette activité est ce que la font la glande ou les microzymas buccaux ;
3° Que la diastase salivaire est le résultat d’une fonction physiologique comparable à celle qui dans la levure engendre la zythozymase.
IEt vous voyez que nous n’avons pas conclu , comme MM. Pasteur et Joubert dans leur Mémoire sur le ferment soluble de l’urée, que dans la salive : ferment soluble et ferment organisé agissent de même sur leur matière
fermentescible, c’est-à-dire la fécule. Nous nous sommes
(1) M. le professeur E. Baltus a publié, depuis que cette Conférence a été faite, sous le titre de Considérations sur l’origine du ferment salivaire ( Revue médicale française et étrangère, t. I, 1881, pp. 433 et 512), un important Mémoire écrit à propos d’un cas de fistule du canal de Sténon chez un enfant de trois ans. « Une goutte du liquide recueilli est déposée dans 25cc d’empois. Au bout de 15 secondes, l’empois était entièrement fluidifié , et une minute après, on constatait une abondante réduction du réaotif cupropotassique avant l'ébullition... et la fermentation par levure de bière démontra que la fécule était complètement transformée en glucose. » Le savant physiologiste a donc démontré que :
Dans les cas oü la salive ne possède le pouvoir saccharifiant qu'en dehors de l'appareil glandulaire , il convient de rapporter celle action transformatrice, non à un phénomène d’altération , mais au travail physiologique de nutrition des organismes normaux de la bouche.