PRINCIPES DE LAVOISIER
vérités démontrées. Dans le Discours préliminaire de son Traité élémentaire de Chimie , il s’exprime comme ceci :
« Dans la pratique des sciences, les faux jugements que nous portons n’intéressent ni notre existence ni notre bienêtre ; aucun intérêt physique ne nous oblige de nous rectifier : l’imagination, au contraire, qui tend à nous porter continuellement au delà du vrai , l’amour-propre et la confiance en nous-mêmes qu’il sait si bien nous inspirer, nous sollicitent à tirer des conséquences qui ne dérivent pas immédiatement des faits; en sorte que nous sommes, en quelque façon , intéressés à nous séduire nous-mêmes. Il n’est donc pas étonnant que, dans les sciences physiques, en général, on ait souvent supposé au lieu de conclure; que les suppositions, transmises d’âge en âge, soient devenues de plus en plus imposantes par le poids des autorités qu’elles ont acquises, et qu’elles aient enfin été adoptées et regardées comme des vérités fondamentales, même par de très bons esprits. Le seul moyen de prévenir ces écarts consiste à supprimer ou au moins à simplifier autant qu’il est possible le raisonnement qui est de nous et qui seul peut nous égarer; à le mettre continuellement à l’épreuve de l’expérience ; à ne conserver que les faits qui ne sont que des données de la Nature , et qui ne peuvent nous tromper; à ne chercher la vérité que dans l’enchaînement naturel des expériences et des observations, de la même manière que les mathématiciens parviennent à la solution d’un problème par le simple arrangement des données, et en réduisant le raisonnement à des opérations si simples , à des jugements si courts, qu’ils ne perdent jamais de vue l’évidence qui leur sert de guide. »
La méthode qui découle de ces préceptes consiste à ne pas se payer de mots; à ne pas faire d’hypothèses gratuites; à ne procéder jamais que du connu à l’inconnu; à prendre sans cesse l’expérience pour guide, à s’en servir sans cesse pour contrôler sans relâche les vues de l’esprit; à longtemps considérer les mêmes objets pour les voir sous toutes leurs faces, afin de n’être pas dupe de l’imagination; à envisager le même fait de tous les côtés, do tous les points de vue, avant de conclure.