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VERTUS DE TRANSFORMATION

qui nous dise en quoi consistent les vertus de transformation que l’ébullition détruit.

Le nouveau travail de M. Donné sur les œufs, concluait a la génération spontanée de moisissures et d’ animalcules dans la matière de l’œuf placée, il est vrai, dans d’autres conditions.

M. Pasteur trouva tout à fait fautives les nouvelles expériences de son contradicteur. La réponse qu’il fit à M. Donné ne nous intéresse que par ces quelques mots : « Les expériences que M. Donné a publiées en 1 S 6 3 sont, à mon

avis , irréprochables , dit M. Pasteur. Alors comme aujourd’hui je n’y entrevois pas de cause d’erreur, et les idées qui leur servent de point de départ sont exactes (1). »

Il y avait cependant une remarque importante dans le récit des nouvelles expériences de M. Donné : c’est que « l’eau est nécessaire au développement des animalcules infusoires » ; la matière de l’œuf, avec son état d’hydratation, actuelle et normale, n’est pas dans les conditions qui permettent l’apparition de ces animalcules. Dans sa réfutation, M. Pasteur s’en est tenu à l’objection tirée des germes de l’air .et des résultats, qu’il croit négatifs, de ses expériences sur le sang et sur l’urine (2) ! Nous verrons, en discutant les expériences que je vous présenterai sur le développement des cellules, combien l’observation de M. Donné était juste.

Tout cela est très instructif ; c’est un écho de l’opinion qui regarde comme possible la vie dans une matière que l’on dit organisée et où l’on croit qu’il n’y a rien de structuré ; cette matière, on la dit vivante sans savoir en quoi réside sa vitalité ; l’œuf, dit M. Donné, est presque un animal vivant, mais sa matière est une matière dans laquelle l’air atmosphérique doit servir « à allumer la première étincelle de vie dans l’embryon qui va naître. » La matière de l’œuf, d’après M. Pasteur, est une substance naturelle que la vie élabore, douée de vertus de transformation que l’ébullition détruit... et M. Gavon a étudié la fermentation des œufs appuyé de cette opinion préconçue de son maître. Si l’œuf n’est que cela, il n’y a rien d’étonnant que M. Pasteur n’ait

(1) Ibid., t. LXIII, p 305.

(2) Ibid., p. 306.

SELON M. PASTEUR

vu dans un cadavre que de la matière où n’existe plus rien de vivant et qui a besoin des germes de l’air pour se putréfier ! N’oubliez pas ces expressions : de substances naturelles, que la vie élabore , de vertus de tr ans formation que l’ ébullition détruit : je vous les rappellerai quand nous nous occuperons des blastèmes et des protoplasmas. Vous savez ce qu’il faut penser de cette opinion car vous savez que le foie, le muscle, le cerveau, le lait et les œufs, issus d animaux vivants, ou pris dans le cadavre, contiennent des microzymas qui ne meurent pas, mais qui, placés dans de nouvelles conditions, opèrent des transformations chimiques analogues ou identiques à celles qu’ils opéraient dans l’être vivant, soit qu’ils évoluent, à même les tissus, pour devenir bactéries, soit qu’ils ne changent pas.

M. Pasteur a étudié la putréfaction de la viande, mais préoccupé de faire triompher son système de la panspermie, il a tout expliqué par les germes de l’air. Je ne veux pas revenir sur ce què je vous ai dit de son système : retenons seulement que, selon ce savant, à part ce qn’il appelle les actions de diastase, un cadavre se conserverait éternellement sans autre altération ; que, d’après lui, si pendant la vie, le corps des animaux est fermé à l’introduction des germes des êtres inférieurs, il n’en est pas de même après la mort ! Encore une fois, vous savez à quoi vous en tenir : M. Pasteur n'a pas bien vu ; pour avoir nié l’existence des microzymas, il n’a pas aperçu les bactéries au centre des morceaux de viande qu’il examinait.

11 y a longtemps que je pense comme aujourd’hui ; pour vous le prouver, je vais faire une citation.

En 1869, lors du Congrès scientifique de Montpellier, nous avons, M. Estor et moi, fait une Communication dans laquelle les microzymas des organismes supérieurs ont été considérés même au point de vue de la pathologie. Voici la conclusion de ce travail :

« Après la mort — nous sortons ici du domaine de la pathologie pour entrer dans celui de la physiologie de l’espèce — il faut que la matière revienne à son état primitif, car elle n’a été prêtée que pour un temps à l’être organisé

{vivant. On a fait, dans ces derniers temps, jouer un rôle ex-

LA FERMENTATION

cessif aux germes apportés par l’air ; l’air peut en apporter, en effet, mais ils ne sont pas nécessaires. Les microzymas à l’état de bactéries suffisent pour assurer par la putréfaction, le mouvement circulaire de la matière... L’être vivant, rempli de microzymas, porte donc en lui-même, les éléments essentiels de la vie, de la maladie, de la mort et de la destruction. Eh ! Messieurs, que cette diversité dans les résultats ne nous étonne pas trop, les procédés sont les mêmes ; nos cellules, <fest un fait d’observation de tous les instants, se détruisent sans cesse, par suite de fermentations fort analogues à celles qui succèdent à la mort ; en entrant dans l’intimité des phénomènes, on pourrait vraiment dire, n’était le caractère choquant de l’expression, que nous nous putréfions sans cesse (1). »

Plusieurs passages de cette citation seront plus amplement expliqués et développés plus tard ; mais, en attendant, voilà comment, il y a douze ans, nous comprenions la théorie expérimentale du microzyma. Dans des publications postérieures, dont vous connaissez une partie, la théorie a été de plus en plus développée.

Nous pouvions nous exprimer aussi catégoriquement , parce que la question avait été nettement posée et expérimentalement résolue longtemps auparavant.

Il importe que vous soyez de plus en plus convaincus de l’activité des microzymas dans les parties d’organismes qui sont soustraites à la vie de l’ensemble, et que les phénomènesde fermentation sont de ceux qui caractérisent la vie régulière des êtres les plus élevés en organisation.

Dans une Conférence faite à Montpellier pendant l’hiver de 1866 à 1867, j’avais déjà fait le rapprochement que voici :

« La graine, pendant toute la durée de la germination, fonctionne comme un organisme animal. Une zymase y naît! qui digère la fécule ou les matériaux qui en tiennent lieu et, en Note, j’ajoutais : Je ne parle ici que du phénomène de la digestion dans la graine qui germe. Mais l’analogii avec ce qui se passe dans les fermentations va plus loin. 1

(1) Des microzymas des organismes supérieurs. Montpellier médical. Janvier 1870.

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