‹ Les microzymasChapitre 206 sur 389 · ORIGINE DE LA CELLULE 46 H · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA CELLULE 46 H

logistes, que la vie devrait être considérée , non comme l’effet d’une force qui aurait été donnée en propre aux êtres organisés , mais comme une propriété générale de la matière organisable , qui se manifesterait dès que les conditions favorables seraient réalisées. ,

Parmi les adversaires des doctrines hétérogénistes, il y a une- école qui affirme hautement, que la substance capable de donner naissance à la cellule, et de proche en proche à l’être complet, provient nécessairement d’un organisme vivant préexistant; cette substance , ils la nomment protcplasma ou blastème , et ils la regardent, non pas comme une production morphologiquement définie , mais comme anhiste, amorphe, non structurée et pourtant vivante. Je rechercherai si les sectateurs de cette école, qui a compté Cl. Bernard parmi ses adeptes , ne sont pas spontéparistes sans le savoir !

Il y a une école formellement opposée à celle-là : elle soutient que la cellule est le dernier terme anatomique de l’organisation ; qu’une cellule dérive nécessairement d’une autre cellule , de même qu’un végétal ou un animal quelconque procède plus ou moins directement d’un être semblable à lui-même. Au fond, cela revient à dire que la vie a pour support quelque chose de morphologiquement défini qui est la cellule.

Nous savons dans quel sens la génération spontanée est une chimère : nous avons acquis la conviction que les propriétés vitales ne sont pas réductibles aux forces physicochimiques de la matière organique chimiquement définie. Mais à l’égard des adversaires de cette doctrine nous pouvons dire : les uns admettent qu’il peut y avoir organisation et vie dans une substance non structurée et, par conséquent, exister des phénomènes de fermentation, de nutrition, sans le concours d’un organisme vivant structuré quelconque ; les autres affirment, au contraire , que la vie non seulement débute par la cellule , mais qu’elle suppose la cellule ; bref, la vie n’existe pas sans la structure, et par suite un phénomène de fermentation , de nutrition , ne se conçoit pas sans l’existence antérieure d’un être vivant !

Je professe l’opinion que c’est une erreur de croire qu’il

FORMATION DES LEUCOCYTES

paisse exister des substances vivantes , protoplasma ou blastème, anhistes, non morphologiquement définies. Toutes tes expériences de ces Conférences prouvent qu’il n’y a vie que dans une substance complexe par sa composition chimique et structurée : le microzyma est le dernier élément histologique de toute forme vivante! Mais est-il vrai qu’une cellule procède toujours d’une autre cellule? N’y a-t-il pas un autre mode de genèse cellulaire ?

Il y a un très grand intérêt à répondre nettement à ces deux questions et à nous faire une idée exacte de ce qu’il faut entendre par ces mots : matière vivante!

Nous avons déjà constaté qu’une cellule peut être produite sans le concours d’une autre cellule. Les exemples de celles formées par les microzymas de la Mère de vinaigre , par ceux de la Glairine de Molitg et de la levûre broyée , sont des plus simples, mais ne se rapportent qu’à des êtres qui vivent sous la forme cellulaire conservée. Voici des exemples aussi simples où il s’agit de la formation d’une cellule animale d’ordre supérieur.

M. Onimus a fait des expériences sur la genèse des leucocytes. Sa méthode consiste à renfermer, dans de la baudruche, dans du papier parchemin , dans la vessie natatoire de poisson , de la sérosité de vésicatoire filtrée , de l’eau distillée et divers autres liquides, puis à introduire les ampoules ainsi formées sous la peau d’animaux à sang chaud.

Ses premières expériences ont porté sur la sérosité de vésicatoires. Vingt-quatre heures après , il trouvait un grand nombre de leucocytes dans l’ampoule. Et l’auteur concluait que « dans un liquide amorphe et en voie de rénovation nutritive , il se formait spontanément des éléments anatomiques. »

On a objecté que les leucocytes ne sont pas le fruit d’une génération spontanée , aux dépens du liquide renfermé dans la membrane, mais proviennent du dehors. Selon M. Lortet, l’auteur de l’objection, les mouvements amiboïdes permettraient aux leucocytes extérieurs de s’allonger, de s’étirer et de pénétrer ainsi la trame de la baudruche, ou de la vessie natatoire. En effet, ce savant vit apparaître des leu-

FORMATION DES LEUCOCŸTES

oocytes dans la vessie natatoire contenant de l’albumine d’œuf pure , du liquide céphalorachidien , des solutions sucrées et gommeuses, de l’eau distillée, ou même seulement de l’air, vingt-quatre heures après les avoir placées sous la peau de chevaux ou d’ânes. Et M. Onimus a confirmé les observations de son contradicteur.

Cependant si desleucocytes, de véritables cellules, peuvent ainsi apparaître dans l’eau distillée elle-même, et dans une vessie natatoire ne contenant que de l’air, ce n’est pas, d’après M. Legros , parce que les leucocytes y ont pénétré du dehors, mais parce que, en raison de leurpetite quantité, les liquides des ampoules, à cause de la rapidité des phénomènes d’endosmose et d’exosmose , changent de nature , sont complètement modifiés au point de constituer un blastème normal. Et si la vessie qui ne contient que de l’air laisse aussi apparaître des leucocytes, « c’est, qu’il est évident que le liquide qui pénètre dans l’ampoule, lorsqu’on l’introduit dans une plaie récente , est un liquide normal , le type du blastème. »

Et M. Onimus, adoptant l’interprétation de M. Legros, a institué des expériences nouvelles pour démontrer que les leucocytes apparaissent sans qu'on puisse invoquer leur pénétration du dehors.

Il importe que je vous fasse connaître les nouvelles tentatives de M. Onimus, afin de les interpréter.

L’auteur s’étant servi de papier parchemin , pour y enfermer de la sérosité de vésicatoire normale , non coagulée , des leucocytes se sont formés. Mais en y mettant de la sérosité de vésicatoire dont la fibrine s’était coagulée ou de l’humeur aqueuse de llœil, il n’y a pas eu de leucocytes, mais des vibrions et des bactéries. Or, on sait, dit M. Onimus, que ces liquides ne sont pas de ceux qui font cesser les mouvements sarcodiques ou amiboïdes des leucocytes. Par conséquent, si les leucocytes n’ont pas apparu dans les deux dernières expériences, ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas pu pénétrer, mais parce que les liquides étaient incapables d’en produire , n’étant pas des blastèmes.

D’un autre côté, si les liquides sont enfermés dans une membrane non endosmotique, une membrane de caoutchouc

FORMATION DES LEUCOCYTES

plus mince que la baudruche , quels que soient ces liquides, on n’y voit jamais apparaître de leucocytes. Il en est de même si la baudruche, ou la trame des vessies natatoires, sont préalablement imbibées d’huile , en vue d’empêcher ou de diminuer les phénomènes d’endosmose : la sérosité de vésicatoire, l’albumine d’œuf pure , l’eau gélatineuse, l’eau pure, n’y laissent point apparaître de leucocytes. Cependant, les mêmes liquides, renfermés dans les ampoules non imbibées d’huile, et dans les mêmes plaies, donnent des leucocytes.

Si l’on ajoute de l’alcool à de l’eau albumineuse ou à de l’eau distillée, on ne trouve pas non plus de leucocytes dans l’intérieur de l’ampoule , tandis qu’ils existent en très grand nombre sur la paroi externe de cette ampoule. Et si la baudruche ou la vessie natatoire contiennent de l’albumine altérée ou de la diastase végétale, on ne trouve pas non plus de leucocytes, jamais, mais un grand nombre de vibrions et de bactéries.

Enfin , M. Onimus a introduit sous la peau des animaux, enfermés dans la baudruche ou dans des vessies natatoires, de l’huile , du jaune d’œuf, de la bile , de l’empois , toutes substances sans action nuisible sur les leucocytes. Il ne se produit cependant de leucocytes dans aucun cas; dans le jaune d’œuf, on retrouve les cellules vitellines ; dans la bile, on voit des cellules épithéliales et des globules de graisse ; dans l’empois d’amidon, on trouve une quantité innombrable de vibrions.

En résumé, M. Onimus croit que des liquides, « facilement modifiables dans leur composition immédiate par les phénomènes d’endosmose et d’exosmose, reçoivent des tissus de l’animal, dans l’épaisseur desquels est plongée l’ampoule, des principes qui les transforment en un blastème nbrmal, à l’aide et aux dépens duquel naissent des éléments anatomiques (1). »

C’est là une explication du système de M. Robin. Les leucocytes naissent par génération spontanée dans un liquide amorphe, le blastème, où ne préexiste rien d’organisé.

(1) Onimus, Expériences sur la genèse des leucocglcs ■ Comptes-rendus, t. LXVII , p. 247 (1808 .

FORMATION DES LEUCOCYTES

M. Onimus n’a pas fait allention aux granulations moléculaires; comme tout le monde, il les croit sans aucune activité physiologique et histologique. Los faits doivent être interprétés autrement. Il n’y a pas là de génération spontanée de leucocytes , qui sont de véritables cellules, mais la réunion des conditions où les microzymas, comme dans les expériences sur la Mère de vinaigre , sont capables de se réunir pour former des cellules; et, la preuve qu’il en est ainsi , c’est que , lorsque ces conditions ne sont pas toutes réunies, les microzymas évoluent pour produire des vibrions ou des bactéries , ainsi que M. Onimus le constate dans plusieurs de ses expériences.

Ce qu’il y a d’important à noter dans les observations de M. Onimus , c’est la démonstration que les leucocytes extérieurs ne pénètrent pas dans les ampoules par une sorte de diapédèse , et que pourtant il en apparaît dans les circonstances où quelque chose qu’on appelle blastème a pu se constituer. Ils ne se produisent pas dans les ampoules dont la substance n’est pas endosmotique ; ni dans les ampoules endosmotiques qui renferment certaines substances particulières ou qui ont été mélangées avec de l’acide arsénieux. Cela prouve évidemment que l’animal, sous la peau duquel on a inséré les ampoules, fournit les éléments et réunit les conditions de cette production. Dans les cas où l’auteur n’a pas vu de leucocytes ou de bactéries, il ne nous dit pas qu’il n’v avait pas de granulations moléculaires , mais le fait que des bactéries ou des vibrions ont été constatés nous est un sûr garant qu’il y avait là des microzymas qui ont évolué pour les produire. Bref les leucocytes apparaissent seulement dans les circonstances où les microzymas se sont trouvés dans les conditions où ils forment les leucocytes dans l’organisme.

Mais il faut que vous soyez convaincus que des microzymas existaient vraiment dans les ampoules de M. Onimus.

En premier lieu, la sérosité des vésicatoires contient des leucocytes et des granulations moléculaires. Si les microzymas ne s’v découvrent pas aisément, à cause de leur réfringence égale à celle du liquide ambiant, ils deviennent facilement apparents dans la fibrine que donne cette sérosité

FORMATION DES LEUCOCYTES

lorsqu’on 1 abandonne à elle-même : cette fibrine apparaît, sous le microscope, comme une membrane finement granuleuse. Mais la sérosité récente peut être filtrée et séparée de ses leucocytes ; et c’est celle-ci qui a été employée par M. Onimus.

En second lieu, les microzymas , dans certaines liqueurs douées de viscosité , traversent les filtres les plus serrés et les membranes comme la baudruche et la vessie natatoire. Dans les expériences de M. Onimus, les microzymas des liquides de la plaie passent avec les liquides dans l’ampoule ; vous le concevrez d’autant plus aisément , si le fait de la naissance des bactéries ne vous suffisait pas, en remarquant qu’il y a des microzymas si petits qu’ils ne sont visibles qu’à l’aide des objectifs à immersion de Nachct; si petits qu’il faut savoir les chercher pour les découvrir.

Les observations de M. Onimus ont paru à l’époque où je faisais mes expériences sur la Mère de vinaigre ; aussi, dans la Note où j’en publiais les conclusions, je disais : « Les expériences de M. Onimus ne vont pas à démontrer l’organisation spontanée de ce que l’on est convenu d’appeler un blastème : il n'a pu s’assurer qu’aucun microzvma n’est intervenu. »

Bref, les faits observés parM. Onimus ont leur explication dans ceux que je. vous ai fait connaître sur la Mère de vinaigre, circonstance où le phénomène est réduit à ses termes les plus simples. Dans la théorie de M. Robin , pour expliquer le fait , il faudrait dire que le bouillon sucré que j’emploie est le blastème à l’aide et aux dépens duquel se forment les cellules qui y apparaissent. Or si l’on supprime la Mère de vinaigre , c’est-à-dire les microzymas , les cellules n’y naissent point; pas plus, en variantes conditions, que les bactéries, sans la présence des mêmes microzymas.

Ainsi, les microzymas de la Mère de vinaigre, ceux des tissus animaux dans les expériences de M. Onimus, suivant les milieux, tantôt ne changent pas, tantôt donnent des bactéries, tantôt des cellules.

Essayons maintenant de nous faire une idée du mécanisme de la génération" des bactéries et des cellules dans les expé-

Page 1