BACTÉRIES ET CELLULES
Il était naturel de rechercher directement si, pendant le développement embryonnaire, les cellules des tissas animaux ne naîtraient pas par un mécanisme semblable à celui des cellules par les microzymas de la Mère de vinaigre et de la levûre. Mais avant de vous entretenir de ce sujet, il est indispensable de vider une nouvelle querelle suscitée par M. Pasteur, afin que plus tard vous soyez prêts à répondre à l’objection.
Quelques années après la pub' cation des conclusions concernant la Mère de vinaigre, M J. G. de Seynes, un botaniste, a écrit ce qui suit :
« Pour M. Béchamp, les bactéries ou les microzymas s’associent pour former une cellule ; « ce sont les travail- » leuses chargées de tisser les cellules, » et l’auteur renvoie au Mémoire où j’aurais écrit cette sottise, qui confond les microzymas avec les bactéries. Il ajoute : « Cette théorie n’est pas nouvelle, M. Pineau l’a défendue en 1845 (1). »
Or voici textuellement ce que j’avais écrit : « On peut considérer que les granulations moléculaires que j’ai nommées •microzymas sont, dans les végétaux et dans les animaux, ab semine et ab ovo, les travailleuses qui, les conditions favorables étant données, sont chargées de tisser les cellules. » Evidemment M. de Seynes avait mal lu, sans cela il serait de ceux qui feraient pendre un homme avec une ligne de son écriture. Le mot de bactérie n’est même pas dans l’alinéa dont il cite une phrase en la tronquant. Ii n’avait pas vu avec quel soin je distinguais le mierozyma de la bactérie, celui-là étant à celle-ci ce qu’est un spore à son mycélium, — ou bien M. de Seynes en était-il encore à ne pas savoir distinguer un mierozyma d’une bactérie ?
Pour ce qui est de M. Pineau, j’ai avoué sans détour que je ne connaissais pas son travail. J’ai ajouté, ce qu’il est bon de vous dire en ce moment à vous-mêmes, que je n’avais jamais confondu mierozyma avec bactérie ; que je n’avais jamais soutenu qu’une bactérie pût directement engendrer
(1) Note sur les prétendues transformations des bactéries et des mucédinées en levures alcooliques; par M. J. C. de Seynes (extrait d’une lettre à M. Pasteur). Comptes-rendus, t. LXXIV, p. 113 (1872).