POLYMORPHISME
états. Le phosphore, le soufre, sont des corps simples polymorphes. Une espèce animale donnée a un polymorphisme normal propre qui peut se manifester de plusieurs façons. Le têtard et la grenouille sont la mSme espèce ; la chenille , la chrysalide et le papillon sont les diverses formes d’un lépidoptère. Le microzyma normal d’un tissu , d’une cellule donnée, est, de même, comme un état antérieur de la bactérie , et il devient cette forme achevée en passant par les formes intermédiaires que je vous ai montrées. Dans ce sens, il y a certainement un polymorphisme déterminé; mais on n’est pas polymorphiste pour le reconnaître et je n’ai pas dit que le microzyma pourrait être tour à tour, levure de bière, vibrion ou bactérie, comme M. Pasteur, très loyalement, voudrait bien le faire croire. Dans le Mémoire même que M. Pasteur prétend réfuter, j’ai expressément dit le contraire , puisque j’ai insisté avec force sur le fait que la levûre se détruit , que ses microzymas deviennent libres , avant que les bactéries apparaissent; bref , 'la levûre ne devient pas bactérie ; une cellule pas davantage ; mais en se détruisant la cellule met ses microzymas en liberté, et alors seulement ils peuvent devenir vibrioniens si les conditions de milieu le permettent. Je n’ai pas confondu le mode suivant lequel les microzymas produisent une cellule , avec celui-là : j’ai dit que les granulations moléculaires nommées microzymas sont les travailleuses qui sont chargées de tisser les cellules , ce qui est tout autre chose et ce qui est conforme à l’expérience, ainsi que nous allons le voir. En somme, vous le voyez, mon savant contradicteur n’a pas compris ! Il ne se fait pas une idée nette de la cellule.
Quelle idée un chimiste doit-il se faire de la cellule? pourquoi joue-t-elle un si grand rôle dans l’organisation et dans l’organisme? Il n’est pas douteux que dans un organisme compliqué chaque organe, ce que nous avons appelé centre d’activité organique , vit à sa façon : le foie a sa manière de vivre , de même le pancréas , etc., et dans chacun de ces centres il y a des cellules dont chacune fonctionne pour l’organe , comme l’organe pour l’ensemble de l’organisme. Ces cellules , leur intégrité , leur fonctionnement normal, pourquoi sont-ils nécessaires?
ET MÈRE DE VINAIGRE
Je n’essaierai pas de vous* donner une définition de la cellule d’après les histologistes modernes. Mais je vais vous dire comment je la conçois en tant qu’appareil au sein duquel s’accomplissent des transformations. Etymologiquement , ce mot est le diminutif de cella , dont on a fait cellula. On dit la cellule d’un moine, d’une prison; par extension, l’alvéole d’un rayon de miel; La Fontaine disait :
« On verra qui sait faire avec un suc si doux des cellules si bien bâties. »
Une cellule, en histologie, est donc un espace clos, ayant des parois distinctes , un contenu dans un contenant. Ses dimensions sont toujours d’ordre microscopique. Figurezvous une petite ferme qui peut être considérée primitivement comme sphérique, ou arrondie et plus ou moins régulière. L’œuf de poule, si vous voulez, est grossièrement l’image d’une cellule; la coque et ses dépendances, voilà l’enveloppe ou le contenant; le blanc, le jaune et le reste, voilà le contenu. Celui-ci peut lui-même être constitué par des parties. Dans ce dessin, vous voyez cette tache : c’est ce que l’on a appelé le noyau ou nucléus de la cellule ; il peut en exister plusieurs. Dans le noyau peut exister un nucléole. Dans l’œuf de poule, le jaune qui est suspendu dans le blanc vous donne une idée du noyau ; il est totalement distinct du blanc et, lui-même, enfermé dans une membrane; enfin dans le jaune de l’œuf fécondé vous voyez la tache germinative où se développera l’embryon , c’est comme le nucléole de l’œuf entier.
Ce qu’il faut considérer comme essentiel dans cette description , c’est que la cellule est un espace clos enfermant un contenu qui peut être lui-même organisé.
L’enveloppe de la cellule est une membrane essentiellement insoluble dans le milieu où la cellule est destinée à vivre et à fonctionner. Le plus souvent , grâce à l’insolubilité de l’enveloppe , la cellule est aussi insoluble dans l’eau, de sorte que, le plus souvent, il est possible de l’observer hors du milieu dont on l’a séparée.
Je vous ai dit que les dimensions des cellules étaient toujours d’ordre microscopique : elles ont toujours moins d’un millimètre de diamètre ; il y en a qui ont moins d’un
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centième de millimètre, il y en a qui atteignent à peine le millième de millimètre.
Les histologistes partisans de la théorie cellulaire , nous lavons déjà vu, ont regardé la cellule comme le dernier terme organisé au delà duquel il n’y a plus que de la matière amorphe , c’est-à-dire dépourvue de structure. Vous savez maintenant qu’on s’est arrêté trop tôt. Au delà de la cellule , dans la cellule et dans les tissus non cellulaires , il y a le microzyma, et, je vous l’ai montré, les microzymas, sous l’aspect de fines granulations moléculaires, accompagnent souvent les cellules elles-mêmes.
Il ne faut pourtant pas vous figurer que les cellules offrent toujours les apparences que je viens de décrire. Le plus souvent, les cellules encore jeunes s’offrent, sous le microscope, sous l’aspect d’une masse homogène dans laquelle on ne distingue rien de figuré. Mais presque pour toutes il arrive un moment où il est facile d’y distinguer un contenu finement granuleux qui a été noté par tous les observateurs. Cela prouve-t-il que ces cellules soient dépourvues de microzymas? Non, c’est là tout simplement un phénomène optique; si le pouvoir réfringent des microzymas contenus est sensiblement le même que celui de la substance dans laquelle ils sont plongés dans la cellule , ils ne seront pas observables; c’est ainsi que le cristallin qui n’est formé que de' tubes et d’éléments figurés, est absolument transparent. — Généralement, quand une cellule est à noyau et qu’on n’y aperçoit pas de granulations , c’est dans le noyau que les granulations apparaissent d’abord. Mais quand le noyau lui-même ne s’aperçoit pas , il arrive un moment où , dans la cellule, il se fait un travail qui fait apparaître comme un noyau, et c’est dans ce que l’on peut considérer comme tel que les granulations s’aperçoivent d’abord, puis tout le noyau devient granuleux : Quelle que soit la forme que prendra la cellule, quelles que soient ses déformations ou les expansions qui en émaneront, voilà ce que l’on verra toujours.
Dans les expériences que je vous ai citées sur la levûre mise dans l’empois ou soumise à l’autophagie , si elle est jeune , si le contenu paraît homogène , cette apparence