ET I)E DIFFUSION
sont dévorées par leurs microzymas auxquels la circulation n’apporte plus rien à transformer.
Mais indépendamment de leur rôle chimique, qui ne s’explique pas sans l’enveloppe qui les constitue à l’état d’appareils séparés, de même que la coque des glandes les isole des milieux où elles sont plongées, les cellules jouent un rôle purement histologique : elles servent de proche en proche , et dans chaque centre organique , à constituer les tissus où elles sont réunies entre elles par une substance intercellulaire unissante. La genèse des cellules dans l’organisme est incessante aussi bien que leur destruction; nous en tirerons la conclusion que c’est pour cela que , dans l’état physiolog: que normal , les microzymas sont relativement peu abondants dans les liquides de l’organisme.
En m’appuyant sur les expériences concernant la formation des cellules par les microzymas de la Mère de vinaigre et par les microzymas de la levure de bière broyée, je vais maintenant essayer de vous exposer la genèse des cellules dans les organismes supérieurs. Vous allez voir que là aussi ce sont les microzymas qui interviennent comme facteurs des cellules.
Mais puisque nous n’admettons pas la génération spontanée , vous avez le droit de me demander quelle est l’origine des microzymas eux-mêmes? Comment ils naissent, ce qu’ils sont? Puisqu’ils sont capables de produire des bactéries que l’on considère comme de nature animale, sont-ils eux-mêmes des animaux ? Et comme les microzymas des végétaux évoluent aussi en bactéries, il y aurait donc des bactéries et des microzymas végétaux ! Vous voyez quelles délicates questions soulèvent ces demandes ! Pour le moment je me contente de vous rappeler que les spontéparistes, aussi bien que leurs adversaires, ont cherché les œufs des bactéries et ne les ont pas trouvés. Aujourd’hui, d’après ce que nous savons de l’histoire des microzymas , ceux qui cherchent les œufs ou les germes des bactéries, devront aussi chercher les œufs ou les semences, ou les germes des microzymas! Je vous reparlerai de tout ceci; pour le moment bornons-nous à ce que nous savons avec certitude, c’est qu’il y a des microzymas dans les tissus et
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cellules animaux , aussi bien que végétaux. Laissant donc de côté ces questions , essayons au moins de savoir comment les microzymas se multiplient ou se reproduisent dans les animaux supérieurs. Considérons-les dans l’œuf d’abord.
L’œuf, ditM. Milne Edwards (1), est dès son origine un corps doué de vie; il est le siège de phénomènes physiologiques remarquables, et il se développe par l’effet d’un travail intérieur qui a de l’analogie avec le mouvement nutritif dont les tissus de l’organisme sont le siège chez tous les animaux. De même que tous les êtres vivants, il est d’abord très petit, mais il grandit en s’assimilant des matières étrangères, et, à mesure qu’il s’accroît de la sorte, sa constitution se modifie. Bref, tout œuf est un être vivant! Après la fécondation , l’œuf est, au fond et en réalité, l’individu nouveau en puissance. Et , pour donner à ma pensée toute son étendue, j’emprunte à un Mémoire de mon savant ancien collègue de la Faculté de Montpellier et très cher ami, M. Courty (2), ce magistral énoncé : « L’œuf n’est pas l’animal, dit-il, mais il le représente ; il est ce que sera l’animal ; et ces œufs sont fondamentalement semblables entre eux. Cet œuf, qui nous paraît identique partout; ce blastoderme , qui se forme partout ou presque partout d’une manière analogue, c’est déjà un individu : c’est un homme, un mammifère, un oiseau, un reptile, un poisson, un articulé, un mollusque, un insecte ou une éponge; c’est un individu qui est lui , qui peut mourir, mais qui ne peut être que lui , et qui , s’il se développe , ne sera jamais que ce qu’il est déjà. Nous ne voyons qu’un œuf; mais cet œuf, c’est une espèce, c’est une variété, c’est une race, c’est un individu. Je dis plus : c’est déjà un individu qui aura les caractères, qui ressemblera à son père ou à sa mère , qui sera mâle ou femelle. Je le dis, non par intuition, mais par déduction. L’observation rigoureuse des faits me le démontre : cet œuf ne pourra être que ce qu’il est. Tout ce
(1) Milne Edwards, Leçons de physiologie et d'anatomie comparée, t. VIII , p. 326.
(2) C’est dans une lettre à M. Lordat, qui n’avait pas compris la portée des travaux de mon ami , que M. Courty résuma sa manière de voir, conséquence de recherches approfondies.
CONSTITUTION DE l’ûEUF
qu’il sera, il l’est déjà virtuellement , si je puis m’exprimer ainsi. Non seulement il ne dépend, comme individu, ni des milieux, ni des circonstances extérieures; mais il n’en dépend pas davantage pour les traits qui distinguent son organisation de celle de ses propres frères ; son sexe est déjà arrêté. » Il faut retenir ces notions , car elles portent avec elles la réfutation de beaucoup d’erreurs ; e t parce que, profondément expérimentales , elles résument admirablement les travaux accomplis dans le cours de ce siècle en embryologie.
Et ce n’est pas tout. Cet œuf, s’il est issu de parents affectés de diathèses, sera aussi diathésique ; l’individu qui en naîtra sera scrofuleux, syphilitique, cancéreux, etc. Certains vices des parents feront que cet œuf produira un individu qui deviendra épileptique ou qui sera affecté de quelque malformation; les monstruosités elles-mêmes peuvent déjà exister dans l’œuf!
Et, ce qu’il y a de profondément étonnant, « dans ce travail reproducteur, la formation de l’individu nouveau n’est pas la conséquence de l’extension du tissu constitutif de l’individu souche », c’est-à-dire qu’elle n’est pas quelque chose d’analogue au globule de levûre qui naît, par bourgeonnement, d’un autre globule ; non , car « la matière plastique qui y donne naissance est produite par celui-ci sans être mise en continuité de substance avec lui ; elle en est indépendante avant d’être le siège d’aucun phénomène embryogénique appréciable , et elle possède seulement l’aptitude à un développement de ce genre. Tout en étant logé plus ou moins profondément dans la substance du tissu vivant de l’individu souche , le corps reproducteur n’y adhère pas , et dès l’origine il est isolé de façon à avoir une individualité propre. Il consiste en une cellule ou vésicule membraneuse contenant de la matière organique , et quel que soit le degré de simplicité ou de complication de sa structure , il peut être désigné d’une manière générale sous le nom à’ œuf (1). »
L’œuf, cela résulte des travaux les plus autorisés, est,
(t) Milne Edwards, loc. cit., p. 321 (1863).