LES GLOBULES VITELL1NS
Leblanc de ces œufs, qui a pris une coloration brune, est coagulé. Dans les jaunes épaissis, foule de gros globules vitellins. Ces globules sont trouvés plus gros que ceux des œufs de pintade et de poule; c’est, du reste, la règle : les globules vitellins des œufs de tourterelle sont plus gros que ceux de poule et de pintade; on y découvre aussi plus facilement le noyau.
Et, remarque intéressante, bien que la créosote n’ait pas été employée , on n’a découvert de vibrioniens dans aucune de ces opérations.
VII. Ces expériences ont été répétées : C’est un fait général que le jaune de bœuf mis dans l’eau sucrée se conserve sans altération apparente , et que les globules vitellins s’y multiplient en devenant plus volumineux. Et ces globules volumineux augmentent encore de volume dans le liquide de Muller, et finissent par éclater en répandant leurs granulations moléculaires dans le champ , comme le montre le dessin (PI. V. flg. 3) ; et même sans cette addition ils sont quelquefois si gros qu’ils éclatent quand on les comprime sur le porte-objet.
Comme conséquence de ces expériences , je me suis servi de l’eau sucrée au 1/6 pour la recherche des globules vitellins ; ils ne s’y déforment pas comme dans le liquide de Muller, et on peut les étudier plus à loisir. Par ce moyen, j’ai quelquefois trouvé des cellules à noyau dans le vitellus de l’œuf de la poule.
Et maintenant il y a à tirer plusieurs conséquences de ces expériences variées.
La première , c’est que les microzymas vitellins évoluent difficilement en bactéries , soit hors du vitellus , soit dans le vitellus lui-même.
La seconde, c’est que l’alcool et l’acide acétique sont les produits constants du séjour de l’œuf, ou du vitellus, ou des microzymas isolés dans l’eau sucrée.
Et ces deux faits sont la confirmation de ceux que vous connaissez déjà.
La troisième, c’est que les globules vitellins se conservent indéfiniment dans une solution sucrée convenablement concentrée.
LES GLOBULES VITELLINS
La quatrième , C’est que les globules vitellins se forment dans le milieu sucré , si bien que les microzymas peuvent totalement disparaître dans le vitellus.
La cinquième, c’est que dans ce milieu sucré les globules formés ne régressent pas, sans doute parce que dans les conditions de l’expérience le milieu ne change pas assez vite.
La sixième, c’est que les globules vitellins ne sont pas identiquement les mêmes dans les œufs de différents oiseaux.
La septième , c’est que le mécanisme de la formation de ces globules est le même , physiologiquement dans l’ovule et dans l’œuf; extraphysiologiquement dans l’œuf, ou dans le vitellus isolé que l’on place dans l’eau sucrée.
La huitième enfin , c’est qu’il est probable que c’est dans le globule vitellin que les microzymas opèrent les transformations chimiques des matériaux que la circulation apporte à l’ovule ; transformations qui ont pour résultat la production de la lécithine, des corps gras, des matières albuminoïdes propres du vitellus qui n’existent pas dans le sang; des matières colorantes et du glucose , matériaux dont les uns servent à la multiplication des microzymas eux-mêmes dans les cellules qui grossissent. D’où La conséquence plus générale, que les globulesvitellins remplissent dans l’ovule, pendant son développement, le même rôle que les cellules dans les glandes et dans les autres tissus.
Sans doute nous ne connaissons pas les équations de ces actions chimiques qui s’accomplissent dans l’œuf ou le vitellus pendant qu’il se développe , mais nous savons avec certitude qu’il s’y opère des transformations chimiques, et nous connaissons les agents de ces transformations h En effet, je vous ai démontré que les microzymas vitellins sont de composition complexe et contiennent une zymase ; qu’ils agissent à la manière de ce que l’on nomme les ferments organisés et qu’ils sont facteurs de cellules ; de plus , je vous ai fait voir que le plasma dans lequel vivent ces microzymas et y fonctionnent est lui-même complexe et renferme aussi une zymase particulière , 'la lécithozymase.
J’ai essayé de comprendre le sens de ces expériences , et
ET LES MICROZYMAS VITELL1NS
la portée des faits qu’elles m’ont permis de constater. Et d’abord ces faits sont d’accord avec ceux que j’ai observés concernant la formation des cellules par les microzymas de la Mère de vinaigre ou de la levûre de bière ; ils sont aussi d’accord avec les observations de M. Onimus sur la genèse des leucocytes. Et les circonstances dans lesquelles nous avons vu se former les globules vitellins , sont à l’abri des objections que le système de la panspermie pourrait élever.
Ainsi je crois fermement qu’il est démontré, d’une part, que les microzymas vitellins sont les facteurs des globules vitellins et, d’autre part, que ces microzymas se multiplient, mûrissent dans ce glëbule et redevienrlent libres par sa destruction , selon le mécanisme que je vous ai expliqué. Les microzymas se multiplient à la suite d’une véritable incubation dans le globule. Dans toute la force du terme , le vitellus, avant de devenir le siège des transformations qu’il subit lorsqu’il est placé dans de nouvelles conditions, est un appareil où s’opèrent sans cesse un développement de cellules , la multiplication et la mise en liberté des microzymas et de nouveaux produits à l’aide desquels ils formeront de nouvelles cellules , et ainsi de suite jusqu’au moment où les phénomènes de l’incubation amèneront la destruction , sans retour, des globules vitellins et où les microzymas deviendront dans de nouvelles conditions les agents de nouvelles fonctions dans l’embryon.
Nous verrons en quoi ces conclusions diffèrent de celles qui ont cours dans la science, et en quoi elles sont d’accord avec certaines observations des auteurs , concernant le développement des cellules et des tissus. En attendant, poursuivons.
Voilà l’œuf de poule constitué; que vont devenir les éléments organisés que nous y avons observés, lorsque 1 œuf sera couvé soit par la poule soit dans une couveuse artificielle ? Nous l’avons recherché , M. Estor et moi, dans un travail qui remonte à 1870 et que nous avons publié en 1872 (1).
(1) Du rôle des microzymas pendant le développement embryonnaire. Note de MM. Béchamp et Estor. Comptes-rendus, t. LXXV , p. 962 (1872).
LES MICROZYMAS PENDANT
Après avoir rappelé les faits de cellulogenèse que vous connaissez , nous annonçons que nous nous proposons d’examiner le rôle des microzymas pendant le développement des tissus, et nous démontrons leur présence dans tous les éléments anatomiques durant les premières périodes de la vie embryonnaire du poulet.
Vous vous souvenez qu’à un moment donné, on ne découvre dans le vitellus, en fait d’éléments figurés, que des microzymas , et que ces microzymas disparaissent ou sont dissous sous l’influence de l’acide acétique et 'de la potasse au dixième en solution aqueuse. Il y a quelque changement à cet égard pendant l’incubation; les microzymas qui ne sont pas dans la sphère de développement de l’embryon disparaissent encore par l’acide acétique et par la potasse ; mais dans l’embryon ils résistent généralement à l’acide acétique , et, à un moment donné , dans certains centres , aussi à la potasse. Pendant toute la période embryonnaire , d’après les expériences que j’ai rapportées , on devait pouvoir les suivre pendant le développement de chaque tissu. Et, en effet, nous les avons vus et poursuivis dans le tissu conjonctif, les globules du sang, les muscles, les centres nerveux , les glandes , etc.
Pour faire ces recherches, il est nécessaire d’avoir un grand nombre d’œufs en incubation, car il faut sortir l’embryon pour l’examiner et par suite le laisser mourir ; il faut recommencer sur un autre, pour les observations d’une période plus avancée du développement. Voici ce que nous avons observé sur quatre tissus les plus essentiels de l’organisation animale.
I. Tissu conjonctif ou substance conjonctive. C’est, à proprement parler, le tissu fondamental de l’organisme , le plus répandu , celui dans lequel sont plongés les autres tissus et qui, comme son nom l’indique, est en quelque sorte destiné à réunir, à joindre entre eux les autres éléments tissulaires. C’est le premier des tissus dans la classification de Bichat qui le nommait tissu cellulaire et qu on appelait auparavant tissu lumineux. M. Virchow a beaucoup étudié ce tissu, de même que d’autres auteurs. Leur accord n’est pas encore complet sur la signification des cellules