INSUFFISANCE CELLULAIRE
sitoire, et comment le noyau, qui est un des caractères sans lequel la cellule Aexiste pas, puisse se perdre. Et il y a d’autres cellules qui sont aussi transitoires que le globule sanguin : je vous l’ai fait voir. Tout le livre de M. Virchow est là pour nous montrer combien la cellule peut varier, et on peut citer des Traités d’histologie qui ont un chapitre consacré à la destruction de4la cellule. Et je n’ai pas l’intention de faire ici l’histoire des vicissitudes de la théorie cellulaire : cellules sans enveloppe formées seulement d’un noyau entouré de protoplasma ; cellules représentées seulement par le noyau, etc.
La cellule n’est donc pas l’élément anatomique essentiel, primitif des tissus, dont la physiologie et la chimie ont également besoin, et Yomnis celltola a cellula n’est pas l’énoncé d’une vérité expérimentale; c’est une hypothèse qui n’a pas été vérifiée dans toute son étendue.
A l’égard de l’activité de la cellule, M. Virchow l’a plutôt admise que démontrée ; son élude s’est concentrée sur les changements qui surviennent en elles dans les maladies, mais sans remonter à la cause de ces changements. lia bien observé que les propriétés de la cellule ne résident ni dans l’enveloppe, ni dans le noyau, mais qu’elle les doit à son contenu, dont les propriétés sont variables ; mais de la nature de ce contenu il ne sait rien, et quand il a été amené à parler des granulations ou globules moléculaires, ç’a été pour nier leur organisation et pour leur dénier toute activité.
Sans doute la cellule est un élément nécessaire de l’organisation, et elle est vivante; j’ai essayé de vous expliquer son rôle comme appareil et de vous faire comprendre qu’elle n’est chimiquement active que par les microzymas qui ont servi à la former. Sans doute elle concourt à la formation des tissus, mais il y a des tissus dont de vastes étendues sont dépourvues de cellules et qui pourtant sont vivants; comme il y a des tissus sans vaisseaux, sans nerfs- et qui n’en vivent pas moins.
M. Virchow, comme tous les histologistes anatomo-pathologistes, a vu les granulations, et il les dessine dans ses figures. Il reproduit même un dessin de Schleiden sur la for-
THÉORIE CELLULAIRE
rnation des cellules dans le contenu du sac embryonnaire du Vicia faba peu de temps après la fécondation. Dans le liquide transparent, appelé liquide formateur, blastème, cytoblastème , on voit nager des granulations que l’on désigne comme étant de la substance protéique. Autour de ces granulations qui sont plus volumineuses, se groupent des granulations plus petites provenant du blastème , c’est le nucléole; alors une nouvelle masse de granulations produit le cytoblaste ou noyau; le nucléus étant entouré de sa membrane, une nouvelle addition de granulations et de protoplasma s’entourait à son tour d’une membrane, et c’était la cellule. Mais, dit M. Virohow, cette théorie « est presque entièrement abandonnée, et il n’existe aucun fait pour en démontrer la justesse et la vérité (1). »
Mais c’était là une erreur, même à l’époque où M. Virchow prononçait ce jugement. Dans la réalité, il y a toujours eu des partisans de la formation blastématique de la cellule ; mais leur conception était erronée et M. Virchow la repoussait parce qu’elle conduisait à l’hypothèse de la génération spontanée de la cellule, voire de l’ovule lui-même. Souvenez-vous que dans le liquide du sac embryonnaire après la fécondation, Schleiden ne voyait que de la gomme, du sucre et des granulations de substance protéique ou albuminoïde, c’est-à-dire des substances chimiques et, par suite, non vivantes, non organisées. Et Schwann, qui a appliqué le système de Schleiden à la genèse de la cellule animale, ne voyait pareillement, dans le milieu où la cellule apparaît, que de la matière purement chimique ; il en était sf convaincu qu’il n’admettait pas les explications téléologiques dont la physiologie ne peut pas se passer ; il croyait que l’organisation ne se développe pas d’après un plan, une idée déterminée, mais d’après les lois aveugles de la nécessité et des forces qu’il supposait les mêmes que celles qui agissent dans la matière inorganique pour former les cristaux.
Henle s’était élevé contre le système de Schwann, d’après lequel la cellule est le résultat d’une cristallisation; et pour vous convaincre que Henle considérait les granulations
(l) Virchow , p. 8-9.