INTRODUCTION ET RÉSUMÉ
résulte des propriétés générales de la matière. Mais, peut-on ainsi simplifier les choses ? Les expériences qui sont opposées aux hétérogénistes ont pour but de démontrer que cela ne se peut pas !
Ici , une explication devient nécessaire.
Sans doute, et l’astronomie l’affirme, à l’origine des choses il n’y avait que de la matière minérale brute et tous les êtres sont faits de cette matière ; alors les végétaux , les animaux et l’homme ont successivement peuplé la terre. Mais tous ces êtres ne sont le produit de la génération spontanée que si l’on n’admet pas qu’ils ont eu Dieu pour père et pour mère, comme s’exprime M. V. Meunier. Il n’y a plus de génération spontanée si l’on admet une cause première, souverainement puissante et intelligente! La question n’est donc pas , pour nous , de remonter à l’origine des choses , mais de savoir si la matière toute seule , peut , à volonté, créer, de toutes pièces, un être vivant, petit ou grand, un infusoire si infime qu’il puisse paraître , car, aux yeux du naturaliste :
L’insecte vaut un monde, ils ont autant coûté.
La question étant réduite à ces termes , rappelons que les antihétérogénistes attribuent aux germes de Bonnet l’apparition des êtres que les partisans de la génération spontanée font procéder des facultés génésiques de la matière , et que :
En résumé , leur méthode consiste à tuer les germes par l’application de la chaleur aux infusions que l’on veut empêcher de produire des infusoires (Spallanzani) ; à ne laisser rentrer l’air au contact des infusions bouillies qu’après lui avoir fait traverser des tubes portés à une température plus ou moins élevée (Schwann , Helmhollz , Cl. Bernard , Pasteur) ; ou de l’acide sulfurique, de la potasse caustique (Schultze) ; ou après qu’il a filtré sur une colonne de coton (Schrœder et Dusch).
Rappelons encore que tous les expérimentateurs hétérogénistes, même après Needham, se servaient de matières dans lesquelles ils supposaient que tout était mort , n’ayant
égard ni à la nature complexe de leur substance , ni aux derniers linéaments d'organisation qu’ellfcs pouvaient recéler. C’est ainsi que certaines expériences sur le lait , sur la viande, sur d’autres corps provenant des êtres organisés, n’ont fourni que des résultats discutables; voilà, surtout, pourquoi les expériences des adversaires de la génération spontanée n’ont pas convaincu ses sectateurs. Je vous montrerai que ni les uns ni les autres n’ont vu où était le nœud de la difficulté. Je me propose, dans celte conférence, d’exposer comment j’en vins à m’occuper, à mon tour, d’une question que mes études antérieures ne m’avaient pas préparé à entreprendre et comment j’ai été amené à changer de méthode ; comment enfin , ayant fait des études médicales, je me suis fait à moi-même les objections les plus sérieuses que n’ont entrevues ni Schwann, ni Helmholtz, ni Schrœder et Dusch, ni Cl. Bernard, ni M. Pasteur.
C’est en poursuivant la solution d’un problème de chimie pure que, pour la première fois , j’ai aperçu les microzymas ; que j’ai été mis sur la voie des recherches que je vais vous communiquer , et qui vous feront comprendre comment dans les sciences il y a souvent des contacts si intimes , qu’une question de chimie peut se transformer en un sujet de haute physiologie.
Vous savez que le sucre de canne , en solution aqueuse , sous l’influence des acides puissants employés en petite quantité , lentement à froid , presque instantanément à l’ébullition, s’intervertit, c’est-à-dire que la solution de dextrogyre qu’elle était à 15° c., devient lévogyre à la même température ; avant l’interversion elle ne réduisait pas le réactif cupropotassique ; elle le réduit après , parce que le sucre de canne , en fixant de l’eau, 'par une réaction chimique profonde, a été transformé dans les deux glucoses, de pouvoirs rotatoires inégaux et de sens contraires , qui composent le sucre interverti. Or, on avait prétendu que le sucre de canne pur, dissous dans l’eau pure , à froid , s’intervertissait avec le temps ; c’est-à-dire qu’une réaction aussi profonde pouvait s’accomplir spontanément, sans cause provocatrice.
J’ai commencé mes expériences, le 16 mai 1854 , dans le
laboratoire de l’Ecole de pharmacie de Strasbourg. La première série dura jusqu’au 3 février 1853 (1). Une certaine quantité de ce sucre, très pur, a été dissoute dans des solutions de concentration déterminée de chlorure de zinc ou de chlorure de calcium et dans l’eau distillée. Au moment où elles venaient d’être faites , j’ai déterminé la déviation que ces solutions imprimaient au plan de polarisation dans un tube de 200 millim. de longueur. Pour connaître l’altération subie par le sucre de canne, je déterminais à des intervalles rapprochés ou éloignés les déviations que les mêmes solutions faisaient subir au plan de polarisation dans un tube de même longueur. Les résultats sont consignés dans le tableau suivant :