DÉVELOPPEMENT
qui, quelques jours auparavant chez d’autres grenouilles, étaient remplies de filaments, n’en contenir plus que quelques-uns, en même temps que ceux-ci sont diminués notablement de longueur ; ils portent, de plus, des prolongements analogues à ceux que posséderont les filaments développés plus tard. Peu de jours après, on constate la présence de cellules remplies de noyaux granuleux, et dans l’intérieur de ces noyaux on trouve souvent des spermatozoïdes développés. Enfin, quelques jours plus tard, on ne trouve plus que des noyaux libres, sans trace de cellules spermatiques-mères. Toutes ces modifications s’effectuent dans l’espace de quinze à trente jours, après quoi le développement demeure uniforme pendant six mois.
» Il résulte donc que, chez les batraciens, les spermatozoïdes se développent en hiver dans l’intérieur des cellules spermatiques ; en été, dans l’intérieur des noyaux ; mais que , dans tous les cas, leur développement se fait par l’union entre elles des granulations contenues dans les cellules ou dans les 'noyaux. Ces granulations sont par conséquent des éléments des plus essentiels pour la formation des spermatozoïdes ; elles acquièrent un degré d’importance plus grande encore, quand on envisage les phénomènes qu’elles présentent, alors que, n’ayant pas servi à l’origine des spermatozoïdes, elles sont sorties des cellules ou des noyaux. Ces granulations, susceptibles de prendre un certain développement, tout en restant plus ou moins arrondies, se meuvent, de meme que le spermatozoïde, avec une rapidité extraordinaire. Si elles sont encore en rapport avec les tètes des filaments condensés en faisceaux, elles semblent faire effort pour les dissocier les uns des autres ; si elles sont complètement libres, elles exécutent les mouvements les plus bizarres et les plus singuliers dans tous les sens indistinctement, mouvements bien différents des mouvements browniens. Enfin, on peut constater souvent dans le sperme de la grenouille, observé en été, que les noyaux n’aboutissent pas toujours à la formation des spermatozoïdes ; de grosses granulations les remplacent, et ces granulations s’échappent du noyau en entraînant avec elles une partie de la substance de celui-ci, conservant en quelque sorte le
DES SPEUMATOZOÏDES
mouvement qu’aurait dit posséder ie spermatozoïde , s’il s’était formé à leurs dépens (PL III. fig. 4, et fig. 5) (1). »
Et Liégeois est si convaincu qu’il interprète exactement ses observations, qu’il en tire un argument contre l’hypothèse que les spermatozoïdes sont des animaux : « S’il était besoin, dit-il, de nouvelles preuves de la non animalité de ces filaments, celle-ci serait sans réplique, car il ne peut arriver à l’idée de personne de soutenir que ces granulations qui s’agitent souvent avec une rapidité étonnante et de la façon la plus extraordinaire, soient des animaux. »
Non, sans doute, ces granulations, cesmicrozymas, ne sont pas des animaux, mais elles* servent à constituer, de proche en proche, tous les tissus de l’animal. Le spermatozoïde est le produit du microzyma: tout comme une bactérie, un vibrionien ou une cellule, un noyau quelconque. Les microzymas dans les cellules spermatiques, sont virtuellement des spermatozoïdes. Liégeois m’en fournit encore la démonstration. En effet, d’après ses observations, les grenouilles ne seraient pas les seuls animaux chez lesquels les spermatozoïdes se développeraient aux dépens des granulations contenues dans les cellules spermatiques, sans qu’on puisse faire intervenir une action quelconque des noyaux, car, chez « le brochet, la carpe, les spermatozoïdes ne sont autre chose que les granulations mêmes qui existent dans les cellules ; seulement ces. granulations se sont légèrement modifiées dans leur forme primitive, en ce qu’au lieu d’être complètement arron- • dies, elles portent sur un de leurs pôles une saillie légère— (PL III. fig. 3). »
Bref, l’organisme mâle produit la matière fécondante par un mécanisme comparable à celui par lequel l’organisme femelle forme l’ovule ; et pour que l’œuf fécond se constitue, il faut qu’une certaine quantité de matière fécondante s'unisse à la matière de l’ovule.
Je n’ai pas à rechercher avec vous comment la matière fécondante, représentée par les spermatozoïdes, pénètre dans l’ovule ; qu’il me suffise de vous dire que l’on a constaté directement cette pénétration et, en outre, que les spermatozoïdes, parvenus dans la substance vitelline, y dispa-
(:l) Loc. cil., pp. 196-199.