ATMOSPHÉRIQUES
D’autre part, M. Pasteur, qui nie carrément l’existence des microzymas et dont le système, soit pour expliquer la destruction ultime de la matière organique , soit l’origine des maladies , est fondé sur la notion des germes extérieurs et sur ce qu’il croit un fait , savoir, ainsi que s’exprimait récemment un de ses élèves : « que les liquides et les tissus internes des animaux ne renferment jamais ni germes ni organismes microscopiques dans leur état normal , » a des sectateurs convaincus de la vérité de sa manière de voir.
Enfin , il y a des savants qui reconnaissent l’existence des microzymas , non seulement dans l’atmosphère , mais aussi dans les tissus vivants, ebqui , ainsi que moi , les regardent comme l’état antérieur de la bactérie, mais qui sont embarrassés par une question de classification. Ils me demandent en conséquence :
« Que sont les microzymas? Sont-ils animaux ou végétaux ? »
Et la question se complique en outre des erreurs qu’ont introduites dans la science ceux-là mêmes qui, ayant reconnu les microzymas dans les liquides de l’économie et dans les tissus, les considèrent comme quelque chose d'accidentel, des microphytes qui y vivraient normalement !
Il y a là des problèmes qui ne sont pas uniquement posés pour le plaisir d’embarrasser. Les difficultés qu’ils soulèvent ne tiennent pas seulement aux convictions enracinées ou aux habitudes intellectuelles de ceux qui les aperçoivent; elles tiennent bien davantage à l’état de la science concernant 1 organisation et l’origine de la vie, ainsi que nous l’avons souvent fait remarquer. Elles ne sont pas insolubles pourtant , bien que touchant de près à celles qui se rapportent aux origines des êtres, je veux dire à la Création. Ces questions ne sont donc pas oiseuses , mais elles sont graves, puisqu’elles ont des rapports très intimes avec ce qui nous intéresse le plus : la santé et la vie, la maladie et la mort!
Il y a donc un très grand intérêt à résoudre ces difficultés et à porter la lumière dans un sujet qui ne paraît si obscur que parce que l’on n’a pas une idée suffisamment mette de la théorie du microzyma. En recherchant quelle est l’origine des microzymas atmosphériques, je parviendrai peut-être à
MICROZYMAS ET MICROCOCCUS
dissiper le malentendu qui est dans l’esprit de plusieurs savants qui, à l’inverse de M, Pasteur, cherchent le vrai sans parti pris.
Prêtez-moi votre attention la plus soutenue, et vous verrez se développer davantage les conséquences qui découlent naturellement des faits que je vous ai déjà fait connaître dans l’histoire des microzymas ; et d’abord , en résolvant un point d’histoire contemporaine , écartons un obstacle.
Plusieurs savants français, sans y prendre garde, font microzyma synonyme de micrococcus ; bien mieux les microzymas seraient les fils des micrococcus. Comment cela a-t-il pu se faire? Je vais vous le dire en vous démontrant, par les dates , qu’il y a là une erreur involontaire de la part de quelques-uns , voulue par d’autres.'
En 1871, M. Ch. Robin, un savant dont l’indépendance d’esprit et la loyauté ne sauraient être mises en doute , et qui a tant étudié les granulations moléculaires , disait :
« Les nombreux granules, très fins , de volume uniforme, que le microscope montre dans les mucus , à la surface des cellules épithéliales, linguales, intestinales, dans beaucoup de déjections intestinales, ont un aspect très caractéristique; elles ont, d’un auteur à l’autre, reçu des noms différents. A la surface des porte-objets laissés dans les macérations... à la surface des infusions, elles forment ce que Burdach appelait la couche muqueuse primordiale et Pouchet la pellicule proligère.
« Les mucus ou amas grenus ont parfois reçu le nom de zooglea ; les granules sphériques de volume uniforme qui ' composent ces amas ont été dits par Klob comme étant le Bacterium punctum, passant d’abord à l’état de Bacterium termo puis de Bacterium catenula et enfin à l’état de Leptothrix.
» Ce sont ces granules qui sont les micrococcus de Rallier et autres, devenant bactéries et leptothrix, se développant suivant lui, en Oïdium dans les mucus, en Penicillum à l’air ; lesquels font retour au micrococcus par certaines de leurs formes de fructification —
» Suivant M. Béchamp (1867-1868), ces corpuscules (micrococcus de Hallier) qu’il a nommés microzymas et que
LES MICnOCGCCUS
l’on connaissait sous le nom de granulations moléculaires, sont capables de se développer en bactéries ou en vibrions , qu’ils proviennent d’un tissu végétal ou d’un tissu animal, pourvu que l’on réunisse de bonnes conditions — Il pense avoir démontré la vitalité indépendante des granulations moléculaires de toute origine ; de celles des poussières des rues, comme de celles des calcaires tertiaires et même des calcaires plus anciens : Il les caractérise comme micro zymas , d’après la possibilité de leur évolution en bactéries et en vibrions.... MM. Béchamp et Estor assimilent aux microzymas les granulations moléculaires que renferment presque toutes les cellules des animaux; ils les considèrent comme pouvant se transformer , de 'microzymas isolés qu’ils sont d’abord, en microzymas associés , en forme de chapelet, puis en véritables bactéries. La transformation peut aller encore au delà , et la bactérie prendre une sorte de tête ou rendement nucléaire. En un mot, le bacterium chaînette, le bacterium termo , le bacterium capitatum et le bacteridium ne seraient que les phases diverses de l’évolution des microzymas des cellules animales. Le foie serait un des viscères les plus riches en microzymas. L’être vivant rempli de microzymas porterait en lui-même ces microphytes ferments , éléments essentiels de la vie , de la maladie , de lia mort et de la destruction (1). »
Et M. Gauvet, dans sa thèse sur le protoplasma, soutenue (à la F acuité de médecine de Montpellier, disait: «Pour . Ch. B.obin , les microzymas de M. Béchamp seraient les orpuscules que M. Huilier a décrits sous le nom de rnicrotoccus , et que l’on appelait précédemment granulations (moléculaires , et dont les amas grenus constituent des jooglcas (Cohn). MM. B. Crivelli et L. Maggi ont adopté peu près la manière de voir de MM. Hallier et Béchamp ! »
(1) Ch. Robin, Traité du microscope, p. 927. J.-B. Baillière (1871).
Robin, après ce résumé très consciencieux, ajoute : « Ces vues siéront à l’état de suppositions pures tant que la nature chimique , composition immédiate de ces granules d’origine3 si diverses resra ignorée....» Mais depuis, dans un autre livre: « Leçons sur les ‘meurs , J.-B. Baillière (1874),» M. Robin a accepté la notion que le icrozyma est l’état antérieur de la bactérie , mais sans croire encore ’il fait partie constituante nécessaire de la cellule et des tissus.
LES MICROCOCCUS
Voilà comment s’écrit l’histoire contemporaine par un contemporain qui n’aurait, eu aucune peine de remonter aux sources. Aujourd’hui les disciples de M. Pasteur remplacent couramment microzyma par micrococcus et attribuent à un Allemand une découverte française.
C’est peut-être la date inscrite par M. Ch. Robin dans son livre, qui est la cause de l’erreur qui s’est si vite propagée. Cette date est prise sans doute dans quelque publication postérieure à la découverte. Mais le nom de microzyma a été écrit officiellement en 1866 ; quant à l’idée, vous savez qu’elle remonte à 1857.
Je dois à la vérité et je me dois à moi-même de vous convaincre que la théorie du microzyma ne procède en aucune façon des idées de M. Rallier. Je ne sais pas si ce savant a connu mes publications; ce qu’il y a de certaini pourtant, c’est que, en plusieurs points, dans ce qui manière de voir a de non contestable, il vérifie la déi verte que les granulations moléculaires sont vivantes.
Et pour qu’il soit bien établi que l’ensemble des idées j’ai exposées devant vous ne sont pas nouvelles, permet moi de vous lire un court passage de l’article que M. E: consacrait, avant de devenir mon collaborateur convain à l’exposé des doctrines qui respiraient dans mon en gnement à la Faculté de médecine de Montpellier et d mes écrits.
« Il est facile, disait M. Estor, de deviner les tendar de M. Béchamp ; chaque cellule (dans les animaux) vit è manière d’un globule de levüre ; chaque cellule doit modi pour son usage les matériaux de nutrition qui l’environm et l’histoire générale des phénomènes de nutrition nous seigne que ces modifications sont dues à des ferments, sait quelle émotion a accueilli les admirables travaux M. Virchow sur la 'pathologie, cellulaire ; dans les recherc du professeur de Montpellier , on ne découvre rien mo que les fondements d’une physiologie cellulaire (l). » effet, à cette date j’avais déjà posé les fondements
la théorie d’après laquelle il n’y a de vivant dans un
(1) Messager du Midi , numéro du 18 novembre 1865.
LES MICROCOCCUS
ganisme et dans les cellules , que ce qui est organisé dans le sens de structure.
Or, le premier travail où M. Rallier ait employé le mot de micrococcus est du mois de mars 1867. J’ai étudié les idées du botaniste d’Iéna dans deux ouvrages qui ont pour objet les phénomènes de fermentation et des recherches parasitologiques. Il ressort avec évidence que le micrococcus est une production végétale organisée dérivant d’un champignon et aboutissant à un champignon microscopique. Mais le micrococcus lui-même est-il un végétal méritant un nom spécial? L’auteur le pense: les micrococcus étant des granulations fécondes, on pourrait, dit-il, les désigner comme des Protococcus , si mte expression n’était pas appliquée trop généralement à un groupe d’Algues. C’est pourquoi je propose la désignation de Micrococcus ; ( Man kônnte sic als Protococcus bezeichnen , wàre nicht dieser ausdruck zu allgemein auf eine Algengruppe angewendet. Ich schlctge daher die Bezeichnung Micrococcus vor (1). Voici, maintenant, si j’ai bien compris la pensée un peu vague de l’auteur, au milieu d’une terminologie difficile à traduire dans notre langue , ce qu'il dit de la formation et des transformations des micrococcus.
Ils se développent aux dépens du contenu des spores et des cellules végétatives ( vegetativen zellen ) de certains champignons par une suite de dédoublements du noyau ou des noyaux. Une fois développés et chassés hors de l’enveloppe par une cause purement mécanique , les micrococcus conservent la propriété spécifique de reproduire par la germination l’espèce de champignon microscopique dont ils dérivent et seulement celte espèce. Toutefois le micrococcus peut ne reproduire le champignon générateur que par génération alternante, suivant le sol ou le milieu ( substratum dit M. Hallier) dans lequel il est semé ; c’est-à-dire qu’il peut affecter différents états ou formes (morphen , ce que l’un des traducteurs exprime par : états allotropiques ) appartenant au même végétal, avant d’atteindre la forme spécifique caractéristique ; et ces morphen sont dépendantes des milieux où tombent les micrococcus. C’est ainsi qu’ils
(1) Hallier, Gâhrungserscheinungen , p. 108 (1867).
LES M1CR0C0CCUS
peuvent passer par l’état de pseudo-vibrion, de chaînette, de bactérie, de chaînes de bactéries et de leptothrix, etc.
Quelle que soit l’exactitude des observations de M. Hallier, que je ne veux ni attaquer ni affirmer, n’ayant jamais étudié la question à son point de vue, il est certain que les micrococcus ont été improprement confondus avec les microzymas de quelque origine que se soit. Sans doute, M. Hallier les décrit comme quelque chose de très petit, visible seulement à de très forts grossissements sous la forme d’une sphère, mais il les donne comme munis d’un appendice ou cil vibratile et agités d’un mouvement comparable à celui d’une toupie (1). Depuis que nous avons eu connaissance du travail de M. Hallier , nous avons vainement, M. Ester et moi, cherché à découvrir un cil vibratile aux microzymas de n’importe quelle origine. Les micro-coecus ne sont en définitive que des productions végétales qui, loin d’être les éléments anatomiques nécessaires de l’organisation animale , n’en sont les hôtes qu'accidentellement
(1) Il peut être utile de donner un exemple, une idée du système de M. Hallier. Soit le Penicillum crustaceum de Fries : Il se développe quelquefois sur le pain humide ou sur les contiiures sous la forme d’une moisissure grise bleuâtre , chargée de spores qui se détachent en une poussière d’un bleu verdâtre. Si ces spores tombent dans l’eau, elles s'y gonflent; leur noyau devient visible et se transforme en une infinité de granulations; la membrane enveloppante de la spore distendue éclate, et les granulations ou micrococcus sont lancées au dehors. Dans le premier temps, ils sont animés d’un mouvement très vif, comparable à celui d’une toupie, grâce à leur cil vibratile. Le corps du micrococcus s’allonge, et la nouvelle forme se dédouble , s’allonge et se dédouble encore... de là naissent des chapelets , des chaînettes, des bactéries, leptothrix, bactéridies.... Mais si les spores tombent dans un milieu albumineux, les leptothrix ne restent pas accolés en chapelets, les articles se séparent, se divisent, et il se forme de nouvelles cellules isolées, susceptibles de se diviser à leur tour. Si le milieu contient en outre du sucre, les micrococcus se transforment en d'autres cellules qui se multiplient à leur tour par gemmation , ne formant que rarement de3 chapelets ; elles sont constituées par une enveloppe et un noyau : on a alors un cnjplococcus. Les cellules de ces cryptococcus peuvent vivre et se multiplier ainsi ; mais si elles arrivent à la surface du liquide, au contact de l’air, elles germent, poussent des filaments, et la nouvelle forme est un Oïdium ou un Achorion. Ge sont là des morphen du penicillum , qui reconstituent l’espèce typp , le Penicillum crustaceum, dès qu’elles rencontrent un terrain propice, de l’humidité et de l’air! Le leptothrix buccalis, d’après M. Cli. Robin , procéderait du penicillum glaucum et pourrait y faire retour, etc.
ET LES MICROZYMAS
et les hôtes nuisibles : en effet , dans scs Recherches parasitologiques ( Parasitologische untersuchungcn), M. Rallier les considère aussi comme producteurs de maladies et prétend les retrouver dans la variole, la vaccine, la scarlatine, le choléra, le typhus, etc.
Laissons lii M. Rallier et son système , nous souvenant seulement que cet auteur n’est pas hétérogéniste , puisqu’il admet qu’un cryptogame microscopique, un ferment figuré, un micrococcus procède nécessairement d’une forme organisée antérieure ; mais que , par le rôle qu’il fait jouer au protoplasma des spores ou des cellules végétatives , pour produire les micrococcus, il . se rattache indirectement, comme M. Van Tieghem et d'autres», au système spontépariste..R n’y a donc rien de commun entre les principes de M. Rallier et la théorie du microzyma.
Et maintenant, quelle que soit l’exactitude de la description des micrococcus, qu’ils soient ou non munis d’un cil vibratile, que M. Hallier les ait ou non rapprochés des granulations moléculaires, retenons encore que cet auteur a reconnu qu’une spore ou une cellule végétative pouvait se réduire en granulations actives , douées de la propriété de former des bactéries : il a donc pour sa part expliqué, d’une certaine façon, la dissémination des microzymas. Je reviendrai sur le système parasitique de M. Hallier quand nous nous occuperons du système des germes morbigènes de M. Pasteur.
L’obstacle est donc levé : il est certain que les micrococcus ne sont autre chose que les granulations issues de cryptogames microscopiques ; mettons que ce soient les microzymas de ces cryptogames : c’est le seu,l point de contact. M. Rallier n admettait pas que ses micrococcus existassent normalement, nécessairement , comme éléments anatomiques constructeurs dans ces cryptogames, pas plus dans les animaux supérieurs que dans les végétaux ; et voici une citation extrêmement précise qui prouve qu’on ne voyait , avec M. Pasteur, rien de semblable aux micrococcus ou aux microzymas dans le sang, par exemple. La citation est de M. Ch. Robin :
« M. Pasteur a montré péremptoirement, dit-il, que
MICROZYMAS
l’économie humaine est absolument close à la pénétration des bactéries de la bouche et autres organismes des poussières , etc. Les expériences de M. Chauveau tendent bien à montrer qu’il n’y en a pas dans le sang; on sait, du reste, qu’on n’en voit pas alors , tandis qu’on les voit bien dans le plasma des varioleux, des typhiques, etc., encore vivants (Coze et Feltz). Ce fait n’est pas contesté et a été souvent vérifié. Il faut, par conséquent, admettre ici soit leur génération spontanée à l’état de microzyma, passant à celui de bactérie, soit leur pénétration à la manière de ce que font les granules des poussières.... (1) »
Le terrain est déblayé, la chose est claire et, malgré mes efforts, malgré tant d’expériences vérifiées, contrôlées, on ne veut pas encore admettre les microzvmas comme étant les éléments anatomiques normaux , essentiels , nécessaires de toute organisation vivante : et des savants considérables, habiles histologistes, qui les reconnaissent comme individus, à l’exemple de M. Ch. Robin, ne les considèrent que comme des parasites nés spontanément dans le sang ou dans les tissus, ou pénétrant dans l’économie de l’extérieur. Telle est la force du préjugé et des idées reçues.
Je vais faire un nouvel effort et, remontant aux grandes lois qui régissent les êtres vivants et qui président à la pérennité de la vie sur le globe, essayer de vous convaincre que les savants ont tort.
Nous le savons , la matière , toute matière , n’est primitivement douée que d’énergies physiques et chimiques, ce que l’on appelle ses propriétés physico-chimiques ; tant que rien ne la sollicite, elle persiste, en vertu de l’inertie, dans le même état, sans que de nouvelles énergies s’y manifestent. Ces énergies physico-chimiques ne sont pas anéanties lorsqu’elle devient organique dans un être vivant; mais tout en y restant soumise elle y a acquis des propriétés, des énergies nouvelles que ne possédaient pas ses atomes. Cl. Bernard et les sectateurs de la théorie du protoplasma expliquaient ces nouvelles énergies en imaginant la constitution ■physico-chimique : des mots vides de sens, s’ils
(1) Ch. Robin, Leçons sur les humeurs , p. 255 (1874). J.-B. Baillière et fils.