SYNTHÈSE DE LA MATIÈRE ORGANIQUE
capable d’agir chimiquement ou autrement sur leur matière organique ; de façon qu’il s’efforce de se persuader qu’étant matières mortes , ces substances se conserveraient indéfiniment inaltérées si on les soustrayait à l’influence des germes atmosphériques et qu’il se rit de ma crédulité et m’accuse de m’abandonner à mon imagination lorsque j’affirme le contraire.
L’idée que l’on se faisait de la puissance de la vie était telle, pendant la jeunesse de Cuvier et même plus tard, que des Académies allemandes pensaient encore que les plantes créaient de toutes pièces les matériaux, même métalliques, de leur substance (1).
Cuvier ne pouvait pas ne pas avoir l’opinion qu’il émet dans sa lettre à Mertroud. Vous êtes en état de soutenir qu’elle est fausse. Il faut, que je vous fasse voir qu’elle l’est nécessairement, même sans la considération de la théorie des microzymas. Pour cela , il faut que je vous rappelle certains faits qui touchent aux sommets des sciences :
Grâce aux immortels énoncés de Lavoisier et surtout aux travaux de M. Dumas (2) ', qui nous les a fait connaître et qui a démontré leur réalité expérimentale, on sait que, dans le système général du monde vivant, les végétaux sont, grâce à une merveilleuse activité, le lieu où la matière minérale devient organique et s’organise. Les animaux se nourrissent immédiatement ou médiatement de la matière organique et organisée des végétaux , se l’assimilent après lui avoir fait subir quelques modifications par la digestion et en constituent leurs tissus en se l’appropriant. Les végétaux ont donc pour fonction de finalité d’opérer la synthèse de la matière organique que les animaux consomment. Les
(1) Le professeur Stohmann nous dit que l'on considérait les matières qui restent pour résidu de l'incinération ou comme produits par l’acte de la calcination , ou comme devant leur existence à une transmutation d'autres éléments opérée par la plante , grâce à la force vitale. L’Université de Gœttingue mettait au concours la question de savoir si « les éléments minéraux des plantes s y trouveraient s’ils ne leur étaient pas fournis du dehors. « C’était vers 1S40, et dix ans auparavant, environ , l’Académie de Berlin couronnait un Mémoire dans lequel on démontrait que les principes incombustibles étaient produits par les plantes en vertu des phénomènes vitaux.
(2) Leçon sur la statique chimique des êtres organisés (1841).