NOUVEAUX CARACTÈRES
caractérisées, les leptothrix même, développées dans un milieu donné, les appareils restant fermés, après quelques semaines ou quelques mois, se trouvaient réduits en microzymas. Mais nous reviendrons sur ces faits, lorsque nous considérerons les microzymas au point de vue pathologique.
Avant de tirer les conclusions qui découlent de tous ces faits concernant l’origine des microzymas atmosphériques et de répondre à la question de savoir, si les microzymas sont animaux ou végétaux , que je posais en commençant , montrons qu’indépendamment de la composition et de l’aptitude à évoluer en bactéries, les microzymas animaux et végétaux possèdent encore d’autres propriétés communes.
Action des matières organiques et organisées sur l’eau oxygénée. Thénard , ayant découvert l’eau oxygénée , en 1818, étudia avec une rare sagacité l’action décomposante qu’un grand nombre de substances , tant minérales qu’organiques ou organisées, exercent sur elle. Il fit à ce propos une très importante remarque : les substances simplement organiques y agissent autrement que celles que de son temps on appelait tissus organiques. En rappelant les découvertes de Thénard, je mettrai son langage d’accord avec la langue scientifique actuelle.
L’illustre chimiste ayant recherché « quelle quantité de bioxyde d’hydrogène peut être décomposée par les corps capables de mettre l'oxygène de ce bioxyde en liberté, » il a trouvé que certains métaux , le platine , l’or, l’argent, etc., « possèdent la propriété d’en décomposer une quantité infinie, » et que « les oxydes de manganèse , de cobalt, de ’ plomb et le charbon paraissent doilés de hvmème propriété.» Et, remarquez-le bien, le platine, l’or, l’argent, le bioxyde de manganèse opèrent la décomposition sans s’oxyder en aucune façon , sans absorber la moindre trace d’oxygène. L’oxyde d’argent décompose même l’eau oxygénée tandis qu’il se détruit. — Il y a d’autre part des composés minéraux qui n’exercent aucune action décomposante , d’autres qui s’emparent de l’oxygène pour se suroxyder , etc.
Arrivant aux substances organiques, Thénard s’exprime comme ceci : « Nous venons de voir que les matières végé-
DE LA MATIÈRE ORGANISÉE
taies (principes immédiats végétaux), du moins celles qui ont été essayées (le sucre candi , l’amidon , la gomme arabique , la fibre ligneuse , la mannite , l’acide tartrique , le citrique , l’acétique, l’oxalique, le camphre, etc.) ne faisaient aucune effervescence avec le bioxyde d’hydrogène ; il en est de même de presque toutes les matières animales isolées (principes immédiats animaux : albumine , caséine , etc. ) : la fibrine est peut-être la seule qui fasse exception ; mais il en est autrement des organes ou des tissus organiques des animaux; tous opèrent la décomposition du bioxyde à la manière de la plupart des métaux et des oxydes métalliques...; pendant la réaction, point d’azote dégagé, point d’eau ni de gaz carbonique formés..., importants résultats qui ne sauraient trop fixer l’attention des chimistes et des physiologistes. »
Et Thénard rechercha quelle quantité d’eau oxygénée pouvait être ainsi décomposée par la fibrine et par les tissus organiques des animaux : « plusieurs de ces matières, dit-il , telles que la fibrine extraite récemment du sang , les tissus du poumon, du foie, des reins , etc., ont dégagé pendant bien longtemps, et presque toujours avec la même force, l’oxvgène de l’eau oxygénée. » Cependant déjà Thénard fait observer que d’autres tissus organiques , « tels que les ongles , le fibro-cartilage des côtes , et même les tendons , la peau, ont bientôt cessé d’agir presque entièrement, sans qu’il fût possible d’apercevoir d’altération sensible. »
Il est inutile de vous donner l’explication cherchée par Thénard pour se rendre compte de la cause qui fait sitôt cesser l’action décomposante des derniers tissus étudiés par lui ; mais il est juste de dire que Thénard aurait pu formuler les deux lois que voici :
I. Les matières végétales et animales isolées , ce que, avec M. Chevreul , nous appelons les principes immédiats organiques, ne dégagent pas l’oxygène du bioxyde d’hydrogène à la manière des métaux ou du bioxyde de manganèse : la fibrine du sang fait exception.
II. Les organes ou tissus organiques , c’est-à-dire les matières organisées, décomposent l’eau oxygénée à la manière des métaux et oxydes métalliques, et sans absorber la
plus petite quantité d’oxygène, sans éprouve)', par conséquent, la moindre altération apparente, quand le bioxyde n’est pas en solution bien concentrée.
Thénard a donc découvert une propriété qui permet de distinguer la matière organisée de celle qui ne l'est point! Et n’est-il pas remarquable qu’il ait trouvé la fibrine dérogeant à la première loi , en ce qu’elle se comporte non comme un principe immédiat , mais comme une substance organisée ? Et dans le fait , puisque les microzymas isolés de la fibrine, qui n’en représentent que quelques millièmes, décomposent l’eau oxygénée , la fibrine cesse de pouvoir être rangée parmi les substances purement organiques : elle est, comme nous l’avons vu, une membrane, une fausse membrane qui contient les microzymas libres du sang.
Cependant il ne faudrait pas se hâter de conclure que les principes immédiats, qui ne dégagent pas d'oxygène du bioxyde d’hydrogène , sont absolument sans action sur ce composé. Thénard a parfaitement observé que certains de ces principes , qui ne dégagent pas d’abord de l’oxygène, en dégagent après un certain temps ; mais alors l’oxvgène est mélangé d’acide carbonique : dans ces cas là, le dégagement d’oxvgène est donc corrélatif d’un acte d’oxydation.
Enfin , Thénard , très frappé de ces curieux phénomènes, s’écrie : « mais puisque la fibrine, les tissus du poumon, de la rate, des reins, etc., ont, comme le platine, l’or, l’argent , etc. , la propriété de dégager l’oxygène de l’eau oxygénée, il est très probable que ces effets sont dus à une même force. Serait-il déraisonnable de penser, d’après cela, que c’est par une force analogue qu’ont lieu toutes les sécrétions animales et végétales? Je ne l’imagine pas : l’on concevrait ainsi comment un organe, sans rien absorber, sans rien céder, peut constamment agir sur un liquide et le transformer en des produits nouveaux ! »
Vous retrouvez dans ces pensées de Thénard comme un écho des pensées d’autrefois : lorsque Ton ne savait pas exactement en quoi consiste l’organisation, que l’on ne savait pas que la levûre fût organisée, on invoquait des forces pour expliquer les phénomènes dont on ne connaissait pas la cause ; il est certain que nous ne savons pas pourquoi
ET l.’EAU OXYGÉNÉE
l’or, l’argent, le platine, convenablement divisés, décomposent l’eau oxygénée; mais nous savons pertinemment que la le vitre , une cellule, un microzyma , perdent quelque chose pendant qu’ils transforment, font fermenter les substances sur lesquelles leur action peut s’exercer. On ne peut donc pas comparer leur activité spéciale il celle des métaux décomposant l’eau oxygénée sans rien perdre et sans rien gagner.
Avant de vous faire connaître le résultat de mes observations sur les très importantes remarques de Thénard, laissez-moi vous rappeler que la fibrine, bien qu’absolument insoluble, peut fluidifier l’empois; quej.çs microzymas fibrineux, isolés comme nous l’avons vu, opèrent la même liquéfaction ! Il y a donc corrélation entre la propriété d’agir sur la matière amylacée et celle de décomposer l’eau oxygénée. De plus , les microzymas fibrineux , isolés ou encore contenus dans la fibrine, sont capables, dans l’empois, d’évoluer en bactéries et d’agir comme ferments lactiques ou butyriques! Tout concourait ainsi à me faire admettre les belles généralisations de l’illustre chimiste! Elles restent entières, sauf les exceptions que je vous signalerai, lorsqu’il s’agira de comparer la matière organique, principe immédiat, avec la matière organisée ; mais il n’est pas possible de continuer de penser que c’est une même force qui agit, par exemple, dans l’argent divisé et dans la fibrine.
Dos modifications éprouvées par la fibrine traitée par le bioxyde d’ hydrogène. En premier lieu, il ressort de l’expérience que je vais rapporter que la fibrine ne décompose pas indéfiniment l’eau oxygénée, et qu’un peu de sa substance devient soluble.
On immerge complètement 30 grammes de fibrine humide, récente, bien égouttée, dans 00“ d’eau oxygénée pure, exempte d’acide sulfurique et contenant si peu de baryte que cette base n’était plus décelable , directement par l’acide sulfurique. L’oxygène étant dégagé , la liqueur limpide , filtrée, est mise à évaporer à l’étuve ; pendant l’évaporation on remet la fibrine avec le même volume d’eau oxygénée : la décomposition totale a duré plus longtemps : la nouvelle liqueur est mise à évaporer avec la première; un troisième
traitement de la fibrine par un égal volume de la même eau oxygénée (elle contenait 10cc, 5 d’oxygène par centimètre cube); après douze heures il ne paraissait plus se dégager de gaz, tandis qu’un peu de liqueur traitée par le bioxyde de manganèse en dégageait beaucoup. L’action décomposante était donc épuisée. La dernière solution a été mise à évaporer avec les deuxpremières. La matière, desséchée à 100 degrés, a été pesée et incinérée pour déduire la matière minérale : Résidu de l’évaporation. . 0sr,20
Cendres après l’incinération. 0Br,04 Matière organique. . . . O8', 16
Ainsi, 30sr de fibrine, contenant environ le quart de son poids de matière sèche, ont incomplètement décomposé 180cc d’eau oxygénée et ont perdu 0,Br 16 de matière devenue soluble. Je ne sache pas que Thénard ait fait une pareille détermination, et on conçoit qu’il ait pensé que la fibrine ne perdait rien en décomposant l’eau oxygénée.
Comme nous le verrons tout à l’heure , cette fibrine peut encore dégager de l’oxygène du bioxyde d’hydrogène, mais avec une excessive lenteur.
Action clc cette fibrine sur l’empois. Environ 10erde la fibrine ' ainsi traitée, qui n’avait pas perdu son aspect granuleux sous le microscope, sont mis avec 30co d’empois créosoté. Même après huit jours, à la température de 35 degrés, l’empois ne s’est pas fluidifié, et dix jours après, il n’y avait pas de bactéries; la fibrine avait conservé son aspect normal.
Ainsi, la fibrine, avec la propriété de décomposer l’eau oxygénée, avait perdu celle de fluidifier l’empois, et ses microzymas l’aptitude à évoluer en bactéries.
Des modifications éprouvées par les microzymas de la fibrine après leur action sur l’eau oxygénée. 6sr de ces microzymas, humides, en pâte bien égouttée, ont décomposé environ 1 0 0 cc d’eau oxygénée au titre de I0CC d’oxvgône par centimètre cube. L’eau oxygénée étant en léger excès, il ne se dégageait plus que rarement une bulle d’oxygène. Les microzymas. ont gardé leur forme ; la solution concentrée, évaporée à sec et séchée à 100 degrés C., a laissé, cendres déduites, 0er, 06 de matière organique.