‹ Les microzymasChapitre 260 sur 389 · ET L’EAU OXYGÉNÉE · texte numérisé non relu

ET L’EAU OXYGÉNÉE

Les microzymas perdent donc, eux aussi, la propriété décomposante , et cette perte est accompagnée de celle d’une petite quantité de matière.

Et de même que la fibrine dont ils sont issus a perdu , après son action sur l’eau. oxygénée, la propriété de fluidifier l’empois et de donner des bactéries, les microzymas mis, dans les mêmes conditions, dons l’empois ne l’ont pas liquéfié et n’ont pas donné de bactéries.

On ne peut donc pas comparer absolument l’action de la fibrine à celle des métaux. Et la différence a éclaté le jour où l’on eut constaté que la fibrine perdait la propriété de dégager l’oxygène du bioxyde d’hydrogène dès qu’on la soumettait pendant quelques minutes à l’action de l’eau bouillante !

Il était d’une très grande importance , vous le comprenez bien , de savoir si les microzymas de toute origine possèdent l’activité de ceux de la fibrine. Sans doute, le tissu du foie, celui de la rate, etc., décomposent l’eau oxygénée, et on pourrait conclure qu’il en serait de même de leurs microzymas. Mais il faut se souvenir que le sang pénètre partout dans un organisme animal ; dès lors, la propriété des tissus de décomposer l’eau oxygénée ne tiendrait-elle pas aux microzymas que le sang y aurait laissés, même après l’hydrotomisation préalable? A plus forte raison doit-on se préoccuper du sang lui-même, globules rouges ou matière colorante que les tissus retiendraient, et qui , comme je vous le ferai voir, décomposent également, quoique d’une autre façon, le bioxyde d’hydrogène. J’ai donc cherché à isoler les microzymas des tissus et à comparer leur activité en déterminant le volume d’oxygène que des quantités égales dégagent d’un volume connu d’eau oxygénée dans des temps égaux. Il serait trop long de décrire en détailles expériences qui sont sous vos yeux; qu’il me suffise de vous dire que j’ai tenu compte de l’influence du mercure contenu dans les tubes où les matières réagissaient, en même temps que des poussières de mon laboratoire. Et comme il y a des microzymas si petits qu’une bonne filtration no parvient pas à les séparer des liquides qui les contiennent, dans le sérum séparé du caillot sanguin par exemple , il faut, quand on veut étudier

les liquides naturels, les faire passer plusieurs fois sur un filtre préalablement garni de sulfate de baryte récemment précipité. Alors on démontre aisément que les matières organiques du sérum, albuminoïdes et autres, ne dégagent pas d’oxygène de l’eau oxygénée. Le tableau suivant’résume suffisamment les faits que je me propose de faire ressortir.

Volume d’oxygène dégagé de 2e' d’eau oxygénée, en vingt-quatre heures, par environ lcc de microzymas en pâte ou d’un tissu animal donné.

Microzymas pulmonaires de mouton (hydrotomisé). . . 21cc,5

Microzymas du sang non défibriné, lavés à l'éther. . . 20cc,5

Microzymas du sang défibriné. ...... J 9CC,5

Microzymas de foie de mouton (hydrotomisé) frais. . . 21cc,0

Microzymas de foie de mouton (lavés à l’éther) secs. . . 15cc,o

Microzymas pulmonaires de chien (hydrotomisé) antliracosé. 29xc,0

Microzymas du cœur de chien. ...... 12cc.5

Muscle du cœur de chien, bien lavé SC0,S

Microzymas de la rate de chien 9CC 8

Microzymas de panex-éas de chien, purs, frais. . . . 3CC.4

Microzymas de pancréas de bœuf, purs, secs, anciens. . 2CC,0

Microzymas de cerveau de chien 2CC,8

Pulpe de cerveau de chien (bien lavée). .... tcc,3

Microzymas de cœur de mouton. ...... 3CC,3

Microzymas et organismes buccaux. ..... 2CC,0

Microzymas d'œufs de poule (purs, lavés à l'éther, etc.) . 3CC, 1

.Microzymas mêlés de bactéries d'urine humaine normale. . 14cc,0

Microzymas séparés du suc gastrique de chien. . . . 6CC,0

Microzymas des glandes gastriques de chieu. . . . 0CC,4

Cristallin de bœuf. . . . ... . • . 0CC,3

Humeur vitrée de bœuf. ....... 0cc,7

Cornée de bœuf. ......... 2CC,0

Procès ciliaires de bœuf. . . . . ' . . 2°c,o

Osséine ou périoste de mouton, purs, frais. . . Icc,0

Osséine, la même finement divisée. ..... 0CC,S

Ongles d’homme, bien lavés à P1C1 aq. et à l’eau. . . 0CC,4

Corne de mouton, divisée, lavée à HCl aq. et à l’eau.. . 0CC,G

Os de mouton bien lavé. ....... 0CC,8

Cartilage costal de veau, bien divisé et lavé. . . . Oco,fi

Poussières de mon laboratoire. ...... 0CC,5

Mercure seul. ......... o«.6

Ce tableau démontre que les microzymas de diverses origines ne sont pas doués de la même activité décomposante à l’égard de l’eau oxygénée. Ce sont ceux du poumon qui possèdent la plus grande énergie ; au début, la décomposition, toutes choses égales d’ailleurs , est aussi vive que par le bioxyde de manganèse; les microzymas. du sang même et

et l'eau oxygénée

Go 3

ceux du foie ne viennent qu’après. Je crois que la puissance qu’ils manifestent leur est propre. Mais elle s’épuise assez vite. Pour ce qui est des microzymas du muscle cardiaque et de la rate, il y a incertitude sur la question de savoir si l’activité constatée n’est pas attribuable a un reste de microzymas sanguins; il en est de même pour les miciozymas cérébraux. Mais l’activité des microzymas isolés du suc gastrique de chien est bien personnelle, de même que celle des microzymas évolués en bactéries de la vessie humaine. Enfin , si vous tenez compte que dans certaines expéiiences le volume d’oxygène dégagé est à peine égal ou inférieur au volume dégagé par le mercure seuil , vous conclurez avec moi qu’il y a des microzymas , ceux des glandes gastriques, et des tissus, tels que les ongles, la corne, l osséine, le périoste, le cartilage, le cristallin, qui ne dégagent pas d’oxygène du bioxyde d’hydrogène.

Recherchons la même propriété dans les microzymas et tissus végétaux. Voici le tableau de quelques expériences:

Action de certains microzymas et tissus végétaux sur l’eau oxygénée

Yol. HOs Durée Vcl. d’oxygène

Microzymas d’amandes douces

Tissu d'amandes douces (cotylédons et embryon) broyé

Microzymas isolés de la levure par broiement.

Autre préparation

Autre préparation

Levure de bière fraîche, bien lavée .

Levûre ayant subi l’action de HO*, encore lavée.

Pollen d’un iris

Pétales jaunes , broyés d’une liliacée.

Pétales roses, broyés, d’une crucifère.

Feuille verte broyée

22cc,2

2cs

ycc

Dans chaque expérience , on a employé le même volume de chaque substance , environ lcc.

Ces nouveaux faits permettent de conclure que la loi de Thénard est applicable aux végétaux. Les principes immédiats isolés de ces êtres ne dégagent pas l’oxygène de l’eau oxygénée; cette propriété appartient aux parties essentiellement organisées des végétaux, comme des animaux, c’està-dire aux microzymas ; mais il y a dans les végétaux comme

dans les animaux, des tissus et des microzymas qui ne dégagent pas l’oxygène du bioxyde d’hydrogène. Il y a donc là le point de départ d’une grande généralisation. Mais avant de vous le montrer, laissez-moi revenir sur une remarque de Thénard que j’ai fait pressentir. Le grand chimiste avait observé qu’un mélange de sucre ou de fécule et d’eau oxygénée finissait par réagir en dégageant un mélange d’acide carbonique et d’oxygène. Il faut tenir compte de ce fait ; c’est pour l’avoir négligé que Liebig (1) a confondu, comme Schoenbein, l’action de la matière colorante rouge du sang sur l’eau oxygénée avec celle de la fibrine. Il y a cependant entre les deux phénomènes une différence considérable, sur laquelle je dois insister pour bien faire ressortir ce qui revient à la substance organisée.

Je me suis d’abord assuré que le sérum privé de globales et de microzymas sanguins par la fdtration sur le sulfate de baryte, ne dégage pas d’oxygène de l’eau ôxvgénée. C’est ainsi que 2CC de ce sérum et 2CC d’eau oxygénée n’ont dégagé, en quatre heures, queOcc, l de gaz et après quarante-quatre heures seulement 1 cc , 2 d’oxvgène, quand le mercure seul en avait dégagé 0C% 6 dans le même temps. D’autre part, rappelez-vous deux choses : 1° que la fibrine perd peu à peu l’aptitude à décomposer le bioxyde de l’hydrogène, laquelle perte s’accompagne de la formation d’une substance soluble; 2° que l’ébullition supprime dans la fibrine cette aptitude.

Cela posé , j’ai préparé de la matière colorante rouge du sang de bœuf, par un procédé qui la fournit à l’état soluble et certainement dépourvue de toutes traces de particules organisées, puisque, en dernière analyse, on l’extrait, par voie de réaction chimique, de la combinaison qu’elle peut former avec l’oxyde de plomb. Et de la matière ainsi obtenue , j’ai isolé, par une nouvelle méthode, l’hématosine absolument pure (2). Dans ces conditions , on peut dire que l’hémoglobine et l’hématosine sont des principes immédiats

(1) Liebig , Annales de chimie et de physique (4), t. XXIII, p. 210. (1871). Dans Je même Mémoire,- le célèbre chimiste considère la matière colorante rouge comme cause de la putréfaction du 'sang , et la rapproche de la levure de bière agissant sur le sucre.

(2) Voir, Annales de chimie et de physique (5), t. III, p. 340 , et Mémoire sur les matières albuminoïdes.

ET l’eAU OXYGÉNÉE

absolus, no conservant plus rien de l’organisation des tissus d’où ils proviennent.

Or, -l’hémoglobine et l’hématosine pures dégagent l’oxygène de l’eau oxygénée, avec intensité et énergie; elles paraissent ainsi faire exception à l’une des lois que Thénard aurait pu déduire de ses recherches. L’exception n’est qu’apparente. Ep effet:

1° L’hémoglobine est absolument détruite par l’eau oxygénée; en même temps que la coloration rouge disparaît peu à peu, de l’oxygène se dégage vivement sans doute, mais une partie de ce gaz est absorbée. Les combinaisons qui résultent de la destruction , corrélatives à l’oxydation , de l’hémoglobine sont nombreuses, il y en a une qui devient insoluble et d’autres qui sont solubles.

2° L’hématosine décompose l’eau oxygénée avec dégagement d’oxygène , mais une grande quantité de celui-ci est absorbée. L’hématosine se décolore et se transforme intégralement en composés solubles.

Il est inutile de décrire les combinaisons qui résultent de l’action du bioxyde d’hydrogène sur l’hémoglobine et sur l’hématosine , mais il faut retenir que le dégagement d’oxygène qui accompagne leur formation , est corrélatif d’une réaction profonde qui s’accompagne d’-un dégagement de chaleur facile à constater, môme sur des masses réagissantes peu abondantes.

Mais vous pourriez vous imaginer , à cause de la perte de substance qui accompagne l’action de la fibrine sur l’eau oxygénée, que le phénomène est le même au fond, puisque dans l’un et 1 autre cas on peut constater quelque altération dans la matière organique. Et l’on pourrait d’autant plus aisément soutenir cette manière de voir, que la matière albuminoïde qui résulte du dédoublement de l’hémoglobine qui produit l’hématosine , agit fort peu sur l’eau oxygénée; de façon que l’on pourrait croire que la matière colorante rouge du sang décompose l’eau oxygénée par la portion de sa molécule qui contient l’hématosine, de même que la fibrine, ouïes microzymas fibrineux, par la molécule que Ion retrouve à l’état soluble après la réaction. Eh bien! ces suppositions sont sans fondement.

656 LES MICROZYMAS ET l’eAU OXYGÉNÉE

Ce qui distingue surtout l’hémoglobine de la fibrine et des microzymas ou des tissus qui agissent comme elle, c’est que la fibrine et les microzymas fibrineux ne décomposent plus l’eau oxygénée lorsqu’on les a soumis, pendant quelques minutes, humides, à l’action d’une température de 100 degrés et même inférieure ; tandis que l’hémoglobine peut être coagulée par l’alcool, ou par la chaleur, et chauffée ensuite jusqu’à 120 degrés, sans perdre la propriété de décomposer l’eau oxygénée et de se décolorer. Bref, dans le cas de, la fibrine, la décomposition est dépendante d’un état physiologique de la matière , tandis qu’elle est purement d’ordre chimique dans le cas de la matière colorante rouge. En voici une preuve d’un autre' ordre. Liebig, à la page même où il fait la confusion que je signalais plus haut, s’exprime comme ceci : « Laisse-t-on la fibrine du sang s’humecter pendant une heure de quelques gouttes d’acide prussique étendu, on voit que son action sur l’eau oxygénée, est aussitôt arrêtée (1). » Si l’action de l’acide cyanhydrique sur l’eau oxygénée était nulle, ce serait par un acte physiologique qu’il supprimerait le pouvoir décomposant de la fibrine; quoi qu’il en soit, en ajoutant quelques gouttes d’acide cyanhydrique étendu, à 2CC d’une solution moyennement concentrée d’hémoglobine, le dégagement d’oxygène, bien que ralenti, ne s’en manifeste pas moins, et la décoloration se produit.

Tirons tout de suite une autre conclusion physiologique de ces faits. M. Dumas nous a appris qu’il avait recherché l’eau oxygénée dans le sang sans pouvoir l’y déceler. Or, il est clair, maintenant, que le sang contient deux causes de décomposition de ce bioxyde : les microzymas et l’hémoglobine. J’imagine que personne ne sera plus habile que l’illustre^ chimiste, puisque, si l’eau oxygénée se forme, c’est pour être aussitôt utilisée et pour produire la transformation de l’hémoglobine du globule!

Une étude attentive de ces intéressants phénomènes nous a permis de reconnaître : 1° que toute matière organisée ne dégage pas l’oxygène de l’eau oxygénée; 2° Que la matière organisée qui possède cette propriété la doit à (1) Liebig , Annales de chimie et de physique (4), t. XXIII, p.210.

Page 1