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CHANGEMENT DE FONCTION DES MICROZYMAS

niques et, par suite, de leurs microzymas. En effet, nous l’avons constaté en plus d’une occasion, les microzymas isolés n’agissent chimiquement ou histogéniquement que dans des conditions déterminées de milieu, lesquelles sont naturellement réalisées pour eux et par eux dans chaque centre d’activité de l'organisme dont ils font partie.

• J’ai insisté sur le fait que dans l’œuf les microzymas sont doués de certaines propriétés déterminées et qu’ils en acquièrent de nouvelles pendant le développement embryonnaire même, tandis qu’ils construisent des cellules qui procèdent à l’édification des principaux systèmes d’organisation; et je viens de rappeler que dans les glandes ces microzymas acquièrent peu à peu la fonction qu’ils possèdent dans l’état adulte avec l’ensemble des propriétés qui les différencient! Ainsi, les microzymas morphologiquement identiques, subissent évidemment dans tous les centres d’activité, une sorte de maturation qui les fait adultes en même temps que tout l’organisme. De cet ensemble de faits résulte évidemment la notion du changement de fonction des microzymas , notion sur laquelle je vais maintenant appeler votre attention d’une manière toute particulière, car elle nous fera comprendre, ce qui est d’une importance capitale en pathologie, que le microzyma peut devenir morbide, capable d’agir morbidement, de communiquer l’état morbide qui est en lui et, ce qui est plus grave , de le conserver plus ou moins longtemps.

Remarquez d’abord que le microzyma, qui, à partir de l’ovule et dans l’œuf, est l’élément organisé, vivant, constructeur des tissus du nouvel organisme en voie de développement; qui, dans l’être développé, préside au renouvellement, au fonctionnement et à la conservation de l’organisme en chacune de ses parties, devient, après la mort, l’agent de la totale destruction de cet organisme. C’est un fait constant que les microzymas pullulent après la -mort et qu’ils se transforment, par évolution, en bactéries. Nous avons là la démonstration la plus générale du fait que j’appelle le changement de fonction. En effet, dans l’organisme sain et en vie , on ne constate jamais l’évolution bactérienne du microzyma ; je dis dans l’organisme, c’est-

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à-dire dans l’intimité de ses tissus. Mais je vous ai déjà dit que, sur le vivant, dans l’état pathologique, on peut saisir toutes les phases de l’évolution bactérienne du microzyma! J’y reviendrai.

Nous avons déjà la notion expérimentale du fait de la conservation de la fonction ; nous l’avons acquise en constatant que les microzymas du pancréas, de l’estomac, etc., agissent, à l’état libre, exactement de la même manière que dans la glande. Enfin, les microzymas buccaux évolués en bactéries agissent sur l’empois comme avant l’évolution! Mais la fonction peut aussi s’épuiser et se perdre , sans que pour cela la bactérie ou le microzvma cesse de vivre et de manifester une certaine activité dans un autre sens.

Et les deux notions du changement de fonction et de la conservation de la fonction acquise, sont corrélatives : l’une suppose l’autre. Il est d’autant plus nécessaire de les bien mettre en lumière et d’en faire comprendre la signification, que c’est là un point de vue qui est encore trop nouveau pour ne pas heurter les idées admises, et que l’on est plus naturellement porté à regarder comme identiques des formes organisées qui sont morphologiquement semblables et à considérer comme différents les êtres qui, étant de même forme, possèdent des propriétés différentes, ainsi que je vous l’ai fait voir dans la dernière Conférence, à propos de la question de savoir si les microzymas sont végétaux ou animaux!

Mais toute l’histoire des microzymas, telle qu’elle résulte de ces Conférences, ne conduit-elle pas à regarder comme démontrées deux propositions que l’on peut formuler comme ceci, savoir :

« Les microzymas, morphologiquement identiques et personnellement des ferments organisés, ont, dans chaque groupe naturel d’êtres et pour un même organisme dans chaque centre d’activité, quelque chose de spécifique qui est caractérisé par la fonction. »

« Puisque dans l’être organisé tout procède de l’oéuf au point de vue des éléments histologiques, il paraît évident que, parallèlement à l’évolution anatomique, il y a une

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évolution fonctionnelle qui aboutit pour le pancréas, par exemple, aux très remarquables propriétés de ses microzymas chez l’adulte. »

Ces deux propositions, il convient de les regarder comme fondamentales ; pour les rendre évidentes , nous allons un moment revenir sur nos pas.

Il est évident, à priori, que l’œuf et la graine peuvent être étudiés comme étant le point de départ de l’organisation, puisqu’ils sont l’animal ou le végétal en puissance! C’est quelque chose de structuré, en quoi rien ne se développera si, par une action toute rcécaniqub, on y dérange l’arrangement préétabli qui y règne et qui, alors, subira une vulgaire fermentation alcoolique et acétique, au lieu de donner un poulet ou une autruche, par exemple ! Et vous vous souvenez queM. U. Gayqn, ou M. Pasteur qui a adopté sa manière de voir, a prétendu expliquer cette fermentation, que j’avais étudiée, comme le résultat de la pénétration des germes de l’air dans l’œuf, pendant qu’il chemine dans l’oviducte de la poule, avant la formation de la coquille. C’est que M. U. Gayon ne voit dans l’œuf, comme M. Pasteur, qu’une masse de protoplasma, quelque chose d’anhiste, tout comme M. Huxley. J’insiste de nouveau sur ce que, dans ce système, les éléments anatomiques du poulet, cellules, tissus divers et le poulet lui-même, grâce au concours de la chaleur et de l’air, sont le fruit de la génération spontanée. Cette conséquence est inéluctable, à moins que, poussant jusqu’au bout les conséquences de la panspermie, M. U. Gayon et M. Pasteur n’en arrivent à affirmer que l’être formé est le fruit des germes de l’air, germes de Bonnet, molécules organiques de Buffon, qui trouvent là une matrice, un moule intérieur où ils peuvent entrer en jeu ! Et n’allez pas croire que la supposition que je viens de faire soit une simple boutade, destinée à remplacer une démonstration par l’absurde, car nous verrons que M. Pasteur admet que les germes de l’air sont la cause de phénomènes pathologiques qui s’accompagnent de la formation d’éléments histologiques spéciaux.

Mais nous avons écarté l’hypothèse de M. U. Gayon, en montrant que l’ovule, dans la vésicule de Graaf , était effi-

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cacement, énormément protégé contre la pénétration que l’on suppose gratuitement.

Encore une fois, il n’y a dans le vitellus, au moment où commencent les développements embryonnaires , que des microzymas et peut-être encore quelques globules vitellins. Rappelons en quelques mots les propriétés de ces microzymas vitellins et ovulaires !

Nous leur avons reconnu certaines propriétés qui leur sont propres. Dans l’ovule encore contenu dans la vésicule de Graaf, leur composition élémentaire est un peu différente de ce qu’elle sera dans le jaune de l’œuf fécondé et arrivé à maturité ; ils fluidifient l’empois sans saccharifier la matière amylacée ; ils évoluent difficilement en bactéries ; dans l’ovule et dans le vitellus ils construisent des cellules vitellines qui disparaissent pour se reformer; ils n’ont qu’une faible action décomposante sur l’eau oxygénée ; ils ne digèrent pas les. matières albuminoïdes, etc. Enfin, l’acide acétique et une solution aqueuse d.e potasse caustique au dixième, les dissolvent ou, du moins, les rendent invisibles sous le microscope. Or, peu de temps après les débuts de l’incubation , on constate déjà qu’il en existe que l’acide acétique et la potasse caustique ne font plus disparaître sous le microscope, ils sont devenus insolubles. Un peu plus tard, quand les organes sont déjà constitués, les différences s’accentuent, et si on laisse, parle refroidissement, périr l’embryon dans la coquille et qu’on abandonne alors l’œuf dans la couveuse, sans se putréfier, en prenant seulement l’aspect macéré, on trouve dans plusieurs organes de l’embryon devenu fœtus, des bactéries à tous les degrés de développement. Donc, sans que rien d’étranger soit intervenu, les bactéries apparaissent aisément là où il n’en naissait pas auparavant. M. U. Gayon soutiendrait que ces bactéries prouvent la pénétration des germes de l’air ; mais alors pourquoi n’en aperçoit-on jamais pendant que l’embryon ou le fœtus sont en vie ? car , enfin , le milieu est le même !

Ce sont là les premiers faits qui nous montrent les microzymas changeant d’abord de propriété et même de fonction. Et à mesure que ces changements s’accomplissent en eux,

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les centres organiques se constituent de plus en plus, et le nouvel être, de l’état embryonnaire, passe à l’état fœtal et plus tard, peu à peu , devient adulte tandis que tous les centres organiques .acquièrent la plénitude de leur fonction et de leur activité; si bien que, les fonctions étant toutes définitivement établies, le nouvel appareil produira à son tour un ovule et un œuf qui reproduira les mêmes phénomènes dans les mêmes conditions et le même ordre, de façon que le cercle du développement organique est parfait !

Comparez maintenant lesmicrozymas des différents centres d’activité organique entre eux et avec ceux de l’œuf. Rien qu’à l’égard de l’eau oxygénée , vous savez combien leurs différences sont considérables : les microzymas du vitellus n’en dégagent l’oxygène qu’avec une extrême lenteur ; ceux du poumon, du sang, du foie possèdent cette propriété au maximum ; elle est moindre dans ceux du pancréas ; moindre encore dans ceux de la matière nerveuse ; nulle dans ceux des glandes gastrique, de l’os, du périoste, du cartilage, etc. Ces changements de fonction sont déjà bien significatifs. Je vais vous en signaler d’autres.

Les microzymas du pancréas sont de ceux qui établissent le plus solidement la notion du changement de fonction.

Ces microzymas n’acquièrent la plénitude de leurs propriétés et de leurs fonctions qu’assez tard. Or, puisqu’ils sont dans le pancréas dès l’état fœtal et qu’ils n’y possèdent pas l’activité qu’ils auront plus tard, on peut dire qu’il y a des microzymas pancréatiques fœtaux et qu’il y en a d’adulles. C’est de ceux-ci que je veux vous parler pour compléter leur histoire.

Leur composition élémentaire est sensiblement la même que celle des microzymas du foie, seulement un peu moins riches en carbone; mais tandis que ceux-ci sont blancs ou peu colorés, leurs cendres ne contenant que des traces de fer, les microzymas du pancréas sont bruns, et laissent à 1 incinération des cendres fortement ferrugineuses. Que cette différence dans la composition élémentaire explique les différences de propriétés, cela est possible, mais ne va pas contre la notion du changement de fonction, puisque les

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uns et les autres ont pour commune origine ceux du vitellus !

Les microzymas du foie diffèrent de ceux du pancréas, fonctionnellement, à l’égard de leur action à la fois sur la fécule cuite et sur les matières albuminoïdes. C’est là leur moindre différence ; la plus grande tient surtout à un phénomène physiologique dJune très grande importance : les microzymas pancréatiques , introduits dans le courant circulatoire, exercent sur l’organisme une influence nocive que no possèdent pas ceux du foie.

Des microzymas pancréatiques en injections intraveineuses. MM. E. Baltus et J. Béchamp (1) ont injecté à des chiens des microzymas pancréatiques purs, de ceux qui avaient servi à mes expériences; ils avaient été lavés à l’éther pour les débarrasser de toute trace de corps gras et encore à l’eau, et jouissaient de toute leur puissance digestive à l’égard des matières albuminoïdes. De cinq expériences très concordantes, il est résulté que la mort survient presque immédiatement quand la proportion de microzymas. atteint un milligramme par kilogramme d’animal. Les seules lésions constatées ont été la congesLion de lfl muqueuse digestive principalement , congestion pouvant aller, dans certains cas, jusqu’à la suffusion sanguine. On pouvait objecter que la mort était survenue, comme cela arrive quand on injecte des corps pulvérulents dans les veines : les cellules-, les leucocytes, etc., en s’agglutinant, peuvent produire des embolies capillaires dans le poumon, le cerveau, etc. Dès lors, la mort, au lieu d’être le résultat de l’influence propre des microzymas pancréatiques, ne serait due qu’à des effets mécaniques.

Les auteurs n’ont eu garde de négliger une semblable objection. Sans doute ils n’ont pas pu fournir, jusqu’ici, une explication satisfaisante du mécanisme de la mort par les microzymas du pancréas, mais ils se sont assurés qu’on ne saurait la rattacher à l’hypothèse d’embolies.

Pour bien établir que l’action des microzymas pancréatiques est personnelle, ils ont fait les mêmes opérations,

(1) De la puissance toxique des microzymas pancréatiques en injections intraveineuses. Comptes-rendus, t. XCII, p. 745.

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dans les mêmes conditions , avec des microzymas du foie. Ceux-ci avaient été isolés de la même manière que ceux du pancréas, lavés à l’eau, à l’éther et encore à l’eau. Or, à dose égale et même un peu supérieure, leur injection intraveineuse a été parfaitement inofjensive !

Voilà donc les microzymas de deux glandes voisines qui, sous ce nouveau rapport, diffèrent encore prodigieusement.

Ils ont cependant une commune origine, puisqu’ils étaient primitivement dans le même œuf. Pourtant là ils se montrent extrêmement redoutables, ici absolument inoffensifs.

Mais voici une contre épreuve extrêmement digne d’attention ; les microzymas pancréatiques , d’une puissance nocive si grande, sont capables de la perdre dans une circonstance très remarquable.

Influence cle l’évolution bactérienne des microzymas pancréatiques sur leur action nocive en injections intraveineuses. Les microzymas pancréatiques purs ayant digéré 'une certaine quantité de fibrine, le mélange a été abandonné à l’étuve jusqu’à ce que la fermentation nutritive se développât; de l’hydrogène sulfuré se dégagea, des produits de putréfaction apparurent, et les microzymas de la fibrine ainsi que ceux du pancréas évoluèrent en bactéries. Les microzymas efe les bactéries, ayant été séparés et lavés, furent trouvés privés de leur puissance transformatrice normale à l’égard de la matière albuminoïde. Or, ce mélange de microzymas et de bactéries, injecté dans les veines , à dose égale et même un peu supérieure , n’a produit aucun accident.

Il faut donc écarter l’hypothèse d’une action mécanique pour expliquer la mort par les microzymas normaux. Ce n’est pas en tant que corps étranger qu’ils ont été nuisibles et qu’ils ont tué. Mais , puisque après le phénomène de fermentation ils ont cessé à la fois d’opérer la digestion des matières albuminoïdes et d’être nocifs, ne peut-on pas supposer qu’ils ont agi, dans l’état normal, précisément en vertu de la force qui est en eux de produire la pancréazymase avec les matériaux du sang. Essayons de comprendre cela.

Injections intraveineuses de matières albuminoïdes,

INJECTIONS INTRAVEINEUSES

de, gélatine, de diastase et de pancréazymase. MM. Baltus et J. Béchamp ont pu injecter, dans les veines des chiens, des matières albuminoïdes diverses , sérum du sang , blanc d’œuf, gélatine (1), caséine, du lait (2) même, sans amener d’accidents, les doses étaient assez élevées pour que l’on pût utilement, dans quelques cas', rechercher ces matières albuminoïdes dans l’urine. Il en a été autrement de la gélatine.

Gélatine normale. Celle que les auteurs ont employée avait pour pouvoir rotatoire, à la température de 31 degrés.

L’injection de cette substance, à la dose de 0sr,54 par kilogramme du poids de l’animal, détermine, chez les chiens, des accidents qui intéressent spécialement le tube digestif et les reins et qui, au delà de 26r,5 par kilogramme, déterminent la mort.

Gélatine rendue soluble à froid { 3). Le pouvoir rotatoire de cette substance était

et l’injection, à la dose de l6r,58 du poids du chien, a déterminé promptement la mort.

Les urines éliminées ne contiennent pas de gélatine; on ne la retrouve pas non plus dans les matières vomies. Et il a été constaté que la quantité des matières albuminoïdes normales de l’urine (néfrozymase , etc.) n’a pas augmenté à la suite des injections.

Ainsi, la gélatine, substance sans action chimique sur les matières albuminoïdes , et parfaitement soluble, est capable de produire des désordres redoutables.

Diastase de l'orge germée (4). La matière, après puri-

(1) J. Béchamp et E. Baltus, Etude des modifications apportées par l’organisme animalaux diverses substances albuminoïdes injectées dans les vaisseaux. Ann. chim. pliys. (5), t. XIV. p. 512 (1S78).

(2) J. Béchamp et E. Baltus, Recherches sur la valeur thérapeutique des injections intraveineuses du lait, In Journal des Sciences médicales de Lille, 1879, et Comptes-rendus, t. LXXXVIII, p. 1327.

(3) Pour obtenir la gélatine dans l’état où elle est soluble à froid, on chauffait à 140 degrés , en tube scellé, une solution de gélatine pure.

(4) J. Béchamp et E. Baltus , Injections intraveineuses de ferments solubles. Comptes-rendus , t. XC , pp. 373 et 539,

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